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Géorgie : biographie de Mikheïl Saakachvili, président de la République


TEXTE ACTUALISÉ LE 21 JANVIER 2008
mercredi 28 juillet 2004, par Mirian Méloua

Le parcours personnel de Mikheïl Saakachvili, surnommé Misha par ses concitoyens et dont le prénom est parfois transcrit en français par Mikhaïl, est singulier pour un Géorgien né dans les années soixante : ses études universitaires à l'étranger et sa proximité avec la culture américaine restent des exceptions.

Son mouvement politique aurait bénéficié du soutien du milliardaire George Soros. Pour prendre le pouvoir, il n'a pas échappé à la règle "de tuer le père" qui l'avait mis en selle, Edouard Chevardnadzé.

En novembre 2007, quatre années après la Révolution des Roses, il doit faire face à des manifestations populaires qui le contraignent à une anticipation des élections présidentielles et à une démission afin de se porter candidat. Il est réélu le 5 janvier et investi pour un 2ème mandat le 20 janvier 2008.

Mikheïl Saakachvili est né le 21 décembre 1967 à Tbilissi.

Après ses études secondaires en Géorgie, il est diplômé de l'Institut de Relations Internationales à la Faculté de droit de Kiev en 1984. Il obtient ensuite un Master de droit à l'Université Columbia de New-York. En 1993, il est diplômé de l'Institut des Droits de l'Homme de Strasbourg, dans une promotion de 8 élèves. En 1995-1996, il suit la formation "Post Graduate" de l'Université de droit de Washington.

Il rejoint tour à tour l'Institut des Droits de l'Homme de Norvège, le Comité de Protection des Droits de l'Homme de Géorgie et le cabinet d'avocats Paterson à New-York.

En 1997, il est nommé "homme de l'année" par les médias géorgiens.

En août 1998, à la demande d'Edouard Chevardnadzé, il prend la direction de "l'Union des Citoyens", rassemblement politique de la majorité présidentielle.

En octobre 1999, il est élu député.

En octobre 2000, il est nommé ministre de la Justice par Edouard Chevardnadzé. Les désaccords s'accumulent, il quitte le gouvernement rapidement.

En juin 2002, il est élu président de l'assemblée municipale de Tbilissi, suite à un accord entre son parti (Mouvement National) et un parti d'oppositon de gauche (Parti Travailliste, Chalva Natélachvili).

Le premier mandat présidentiel

Les élections parlementaires du 2 novembre 2003 déclenchent des mouvements de contestation. Le départ anticipé du président Edouard Chevardnadzé s'effectue pacifiquement. Nino Bourdjanadzé (Démocrates), présidente du Parlement, est nommée présidente de la République par intérim. Zourab Jvania (Démocrates) est nommé Premier ministre. Mikheïl Saakachvili s'allie avec Nino Bourdjanadzé et Zourab Jvania, et est élu président de la République le 4 janvier 2004. Il est investi le 25 janvier en présence de Colin Powell.

Premier mandat : objectifs recherchés

Mikheil Saakachvili les résume ainsi
-  restaurer l'intégrité territoriale de la Géorgie dans les frontières reconnues internationalement, c'est-à-dire avec l'Adjarie, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie,
-  intégrer la Géorgie à l'Otan et "se rapprocher" de l'Union Européenne,
-  pratiquer un meilleur voisinage avec la Fédération de Russie, tout en observant "un chacun chez soi" et en obtenant l'évacuation des bases militaires russes situées sur le territoire géorgien,
-  reconstruire une économie libérale, avec diminution de la proportion de population vivant sous le seuil de pauvreté (plus de 50% en 2004),
-  mettre en place un état de droit en Géorgie, selon les principes des démocraties occidentales.

Premier mandat : politique intérieure

Les quatre années d'exercice de la présidence Saakachvili reflètent une orientation "nationaliste", conforme aux idées avancées en novembre 2003 et auparavant. L'abandon du drapeau de la Ière République de Géorgie (1918- 1921), restauré sous la présidence Gamsakhourdia en 1991 et maintenu sous la présidence Chevardnadzé, au profit d'un drapeau à référence "médiévale" avec croix chrétienne, flatte incontestablement une opinion publique rêvant à la grandeur passée.

Le retour de la province d'Adjarie dans le giron de la République de Géorgie, et l'évacuation des bases militaires russes d'Akhalkalaki et de Batoumi sont des succès incontestables. Restent que les solutions à la sécession de fait de l'Ossétie du Sud (1) et à celle de l'Abkhazie (2) n'ont pas progressé devant la volonté de la Russie de maintenir le statu quo.

La lutte contre la corruption (saluée par les organismes internationaux), les réformes de la police et de l'armée (rendue professionnelle avec l'appui des Américains) sont apparues comme des urgences de premier ordre. Les privatisations et les investissements étrangers ont fait progresser les indicateurs macro-économiques de la Géorgie. L'approvisionnement en gaz et en pétrole a été diversifié : la Russie n'est plus qu'un fournisseur parmi d'autres. Les rénovations urbaines, aéroportuaires ou des transports en commun sont engagées et souvent abouties. Reste que l'inflation s'est développée et a en grande partie neutralisé la croissance économique, processus durement ressenti par la population.

Premier mandat : politique étrangère

De janvier à juillet 2004, Mikheïl Saakachvili a rendu vingt et une visites officielles. Il a été reçu par le Conseil de l'Europe, l'Allemagne, la Russie, l'Azerbaïdjan, les Etats-Unis, les Nations-Unies, la France, l'Unesco, l'Arménie, la Slovaquie, l'Otan (Bruxelles), l'Union Européenne, l'Ukraine, la Pologne, la Roumanie, la Turquie, la CEI, l'Otan (Istanbul), l'Iran, la Grande- Bretagne et Israël. L'impulsion donnée a été résolument proaméricaine. L'envoi d'un troisième contingent géorgien en Irak (le premier avait été envoyé par Edouard Chevardnadzé) en est une illustration tactique. Les constructions, achevées, de l'oléoduc Bakou - Tbilissi - Ceyhan et du gazoduc Bakou - Tbilissi - Erzeroum en sont une illustration plus stratégique.

Durant quatre années, le rythme effréné de déplacements internationaux s'est maintenu, sans toutefois parvenir à faire admettre l'adhésion pleine et entière de la Géorgie à l'OTAN devant l'opposition farouche de la Russie.

Le second mandat présidentiel

En novembre 2007, quatre années après la Révolution des Roses, Mikheïl Saakachvili doit faire face à des manifestations de masse initiées par une dizaine de partis d'opposition, trois de ses anciens ministres et un milliardaire géorgien. D'une demande d'élections législatives anticipées, elles dérivent vers une demande de démission du président motivée par la difficile situation économique de la majorité de la population. Les manifestants sont dispersés par la force, l'état d'urgence est proclamé pour neuf jours, la chaîne de télévision d'opposition Imedi est fermée pour un mois, le Premier ministre est changé avec une nouvelle priorité "sociale", les élections présidentielles sont anticipées au 5 janvier 2008.

Les résultats sont à la mesure de ces déconvenues, Mikheïl Saakachvili, qui avait été élu en 2004 avec 95% des voix, est réélu en 2008 avec 53% des voix. L'opposition conteste la sincérité des comptages et demande un 2ème tour de srutin contre l'avis des observateurs internationaux ; elle manifeste le jour même de l'investiture du président réélu, le 20 janvier, réunissant près de 50 000 personnes à l'hippodrome de Tbilissi.

Second mandat : perspectives

Le second mandat de Mikheïl Saakachvili commence difficilement : la contestation de son autorité s'est installée depuis novembre 2007, les élections législatives de mai 2008 ne lui donneront certainement pas la majorité confortable actuelle, la communauté internationale l'a mis en observation, la fin de mandat de Georges Bush en décembre 2008 commence à donner des ailes à ses détracteurs.

Le risque est qu'un éventuel échec du second mandat présidentiel ne conduise à l'échec de la transition en Géorgie, pays encore mal en point sur le plan économique et sur le plan social.

Les Etats-Unis et l'Union européenne ne le souhaitent pas pour des raisons géopolitiques, ce qui explique qu'ils aient fermé les yeux sur les irrégularités du premier tour des élections présidentielles. De là à considérer que le nouveau président de la Géorgie est doublement en sursis, vis-à-vis des Géorgiens qui attendent maintenant de toucher les dividendes de la Révolution des Roses et vis-à-vis de la communauté internationale attentive au moindre accroc, il n'y a qu'un pas.

D'ailleurs si Vladimir Poutine ne s'est pas rendu à l'invitation de Mikheïl Saakachvili pour son investiture, il a délégué Sergueï Lavrov : le ministre russe des Affaires étrangères attendait visiblement des paroles d'apaisement concernant les relations bilatérales russo - géorgiennes, il les a entendu. Les Etats-Unis et l'Union européenne n'y sont certainement pas étrangers.

Reste que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud s'immergent de plus en plus dans l'influence russe. La place que Mikheïl Saakachvili laissera dans l'histoire de la Géorgie, et il y est plus sensible que tout autre, dépendra de la manière dont il résoudra cette situation.

L'homme

Mikheïl Saakachvili est marié avec la néerlandaise Sandra E. Roelofs, rencontrée en 1993 lors de leurs études à Strasbourg. Ils ont deux enfants.

Les qualités d'homme d'Etat de Mikheïl Saakachvili sont indéniables, la tendance à un certain autoritarisme également. La connaissance des langues géorgienne, russe, anglaise et française qu'il possède, et à laquelle s'ajouterait celle de la langue ossète et de la langue abkhaze (révélée lors du discours à la nation le 26 mai 2004) en font un redoutable négociateur.

Sa volonté de relever les défis, la vitesse de ses analyses et de ses décisions, son sens inné de la communication ont séduit les médias internationaux.

Dans son bras de fer avec Vladimir Poutine, concernant en particulier la candidature de la Géorgie à l'OTAN, l'appui personnel de George W. Bush (et de Colin Powell) lui a été acquis, ainsi que celui de Tony Blair.

Gerhard Schröder et Angela Merkel l'ont soutenu dans une moindre mesure, les intérêts allemands en Russie et en Géorgie se dimensionnant très différemment. Il en a été de même pour Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy (rencontré plusieurs fois à titre privé).

Sa proximité personnelle avec les dirigeants de l'Europe de l'Est (Ukraine, Pologne, Estonie, Lituanie, Lettonie, Moldavie) ou ceux des pays turcophones (Asie centrale, Azerbaïdjan, Turquie) obéit à une stratégie d'internationalisation du rôle de la Géorgie dans cette partie du monde. Selon ses propres propos "La Géorgie n'est qu'un petit pays, mais qui prend une grande place dans le Sud Caucase".

*

Sources multiples .

-  biographie officielle

-  médias géorgiens dont Civil Georgia

-  médias français.

Notes

(1) Géorgie : Mikheïl Saakachvili propose un plan de paix pour l'Ossétie du Sud

(2) Géorgie : Mikheïl Saakachvili propose un plan de paix pour l'Abkhazie

Voir aussi Géorgie : premier bilan du nouveau pouvoir, à l'aune de la liberté d'expression



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