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L'importance du travail des femmes en Russie (2004)


jeudi 11 mars 2004

Selon le service de consulting de la compagne Grand Thornton, on trouve des femmes aux postes dirigeants de 89 % des sociétés russes. C'est le pourcentage le plus élevé au monde. Maria Arbatova, coprésidente du Parti des droits de l'homme et féministe bien connue en Russie, évoque ici les raisons de cette activité sociale des femmes russes, leur vécu dans l'univers impitoyable du monde des affaires. Entretien réalisé par Maria Toupoleva

"La Russie, explique Maria Arbatova, est pratiquement le seul pays au monde à avoir un pourcentage aussi élevé de femmes qui travaillent : 99 %, et ce depuis la révolution bolchevique, depuis 1917. Nous n'avons jamais connu l'image de "la femme simple décor d'une société". La femme russe a toujours exercé des professions pénibles, conduisant des engins de terrassement, fondant l'acier. Aux temps de l'Union Soviétique, elle participait à la gestion des affaires bien plus que dans de nombreux autres pays, mais n'avait pas accès aux plus hauts échelons du pouvoir. Comment l'expliquer ?"

Dans les années 60, les Américaines et les Européennes sont sorties dans la rue pour dire qu'elles ne voulaient plus rester chez elle à s'occuper de leur intérieur et de leur jardin, mais qu'elles voulaient travailler, être l'égale des hommes. Chez nous, c'était tout le contraire. Comme disent les féministes russes "l'année où les Américaines ont obtenu le droit de descendre dans la mine, les femmes russes avaient déjà obtenu le droit de ne pas y descendre".

Friande de statistiques, Maria Arbatova rappelle que "la situation de la Russie est exceptionnelle en ce sens que, suite aux guerres, aux répressions et aux révolutions, plusieurs générations ont été marquées par un rapport homme - femme de 1 pour 3. Afin de redresser la situation démographique, Staline abrogea la loi sur la pension alimentaire tout de suite après la fin de la Grande guerre patriotique. Si bien que la Russie a connu plusieurs générations d'hommes incapables d'assumer la responsabilité de leurs enfants. Pendant ce temps, les femmes ont eu l'impression que l'homme était un être à part." L'usage voulait que les femmes assument toujours le gros du travail, mais que leurs chefs soient des hommes, indépendamment des qualités de chacun. Les hommes sont aujourd'hui en nombre suffisant, certains affirment même que les migrations assureraient un certain déséquilibre en leur faveur, mais les femmes continuent de s'adresser à eux comme à des enfants malades, et de vouloir assurer la subsistance de la famille, affirme la féministe.

Puis vinrent les réformes des années 90. Et les 70 % d'hommes qui travaillaient pour la défense se sont retrouvés "hors du coup", la reconversion des industries ne progressait que lentement et les hommes ont été nombreux à noyer leur infortune dans l'alcool. Durant cette période difficile, les femmes ont pris en charge la solution de tous les problèmes relatifs à la famille et aux enfants, se sont lancés dans la petite entreprise. Elles se sont révélées mieux adaptées au marché car moins ambitieuses. Dès le milieu des années 90, les statistiques montraient que la femme russe moyenne, qui exerçait généralement plusieurs emplois en même temps, avait un revenu global de 50 % supérieur à celui de l'homme.

Mais, pendant les soixante dix années de pouvoir soviétique, le monde des grosses affaires était resté l'apanage de la nomenklatura, composée exclusivement d'hommes. C'est elle encore qui eut la haute main sur les privatisations. C'est pourquoi 92 % des biens appartiennent aujourd'hui aux hommes, contre 8 % aux femmes.

Concernant le rapport hommes - femmes, le tableau de l'économie russe est aujourd'hui le suivant : le très faible pourcentage de personnes - 1 à 2 % - qui manient l'essentiel des capitaux est constitué d'hommes d'affaires de sexe masculin. Les femmes ne sont traditionnellement pas admises en tant que partenaires dans ces sphères du gros capital. Elles n'y sont présentes qu'en qualité d'épouse des hommes d'affaires, de secrétaire, autrement dit elles font figure de "décor". Et, de l'avis des psychologues, les femmes des "nouveaux Russes" constituent le premier groupe à risque pour le nombre des suicides et des dépressions, ainsi que pour la consommation de drogue et d'alcool.

Mais il existe aussi une classe moyenne, la couche la plus large de la société, à laquelle de très nombreuses personnes estiment appartenir : l'éventail va d'une population pas très riche à une population pas très pauvre. La femme est, ici, l'élément dominant, elle constitue le point d'appui de la classe moyenne, affirme Maria Arbatova. Elle multiplie les succès, réussissant sa carrière comme elle réussit à tenir son foyer et à élever ses enfants. Un proverbe russe dit qu'elle est tout à la fois le cheval et le boeuf, la femme et l'homme. Il suffit, pour s'en convaincre de rappeler que, ces dix dernières années, les trois quarts des enfants ont été nourris et éduqués par des femmes seules, sans l'aide des hommes. Aujourd'hui encore, seuls 12 % des hommes payent une pension alimentaire.

Les féministes russes sont tout aussi promptes que les autres à condamner le sexe opposé. Pour Maria Arbatova, "les hommes considèrent qu'ils sont de droit les premiers, ils ne sont pas habitués et ne comprennent pas que le monde moderne des affaires s'édifie en fonction de critères impitoyables qui ne sont pas liés au sexe. Et ces dernières années ont montré que la femme était devenue l'égale absolue de l'homme et un partenaire à part entière. Le fait que la femme assume la responsabilité intégrale de ses enfants l'a conduite aussi à une ascension encore jamais vue dans tous les domaines de la vie sociale."

Quelle ascension ? Les femmes représentent 53 % de la population en Russie. Mais, comme il a déjà été dit plus haut, elles constituent la majeure partie des gestionnaires à l'échelon moyen.

Cette situation modifie aussi l'échelle des valeurs. Si, au début de la perestroïka, les sondages révélaient que 70% des parents souhaitaient, en premier lieu, un bon mari pour leur fille alors que 30% seulement plaçaient sa carrière à la première place, dix ans plus tard, les priorités sont interverties. La plupart des Russes ont commencé à comprendre que la femme se réalise à l'égal de l'homme, que cette exigence était dictée par la vie.

Et Maria Arbatova conclut sur cette vision du futur : "Toute l'expérience mondiale montre que la notion de capital - apanage des hommes s'érode petit à petit et, dès que la femme possèdera sa part des biens, à l'égal de l'homme, la gestion du pays cessera d'être le privilège exclusif des hommes et la société parviendra enfin à un état d'équilibre et d'harmonie."

(RIA - Novosti)



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