La communauté ukrainienne de France (2003)
2012-12-14

On estime aujourd'hui le nombre des Ukrainiens de souche à vingt-cinq/trente mille personnes, dont la majorité, née en France, est assimilée.

Ils sont présents sur l'ensemble du territoire français, notamment à l'Est (Thionville, Nancy, Metz, Strasbourg, Sochaux, Colmar, Mulhouse...), où ils étaient six mille cinq cents au début des années 90, à Paris et dans le Centre (Bois d'Arcy, Saint-Germain-en-Laye, Sarcelles, Melun, Orléans, Reims : 6.000 personnes), le Sud-Est (Lyon, Saint-Étienne, Grenoble, Dijon : 5.800), le Nord (Lille, Roubaix, Lens, Amiens : 3.800), le Sud-Ouest (Bordeaux, Toulouse, Lourdes, Béziers : 2.200) et le Nord-0uest (Rouen, Caen, Evreux : 1.500). Très peu d'Ukrainiens se trouvent dans l'Ouest et dans le Sud, c'est-à-dire, au bord de la Méditerranée et de l'Atlantique (environ 1000).

La présence ukrainienne en France remonte au XVIIIème siècle. Elle s'est enrichie et diversifiée à la faveur de différents flux migratoires.
- La première vague d'émigration ukrainienne se situe au lendemain de la défaite de Poltava, en 1709, avec la venue en France d'un certain nombre d'officiers supérieurs et de partisans de Mazepa.
- À la suite de la révolution de 1905, une deuxième vague d'émigration politique s'organisa en provenance d'Ukraine centrale et de Galicie. Les nouveaux arrivants créèrent la première association ukrainienne : le "Cercle des Oukraïniens à Paris". Ils se dotèrent d'une chorale, mirent en place des cours de langue et publièrent des informations sur l'Ukraine en français.
- Une troisième vague d'immigration ukrainienne eut lieu après la Première guerre mondiale. La chute de l'Etat ukrainien indépendant en 1920 provoqua le départ vers la France de dirigeants de la République Nationale Ukrainienne (UNR), ainsi que d'anciens soldats et officiers, libérés des camps d'internement en Pologne et en Russie, à partir de 1924. Toutefois, à partir de 1923, se mit en place le flux migratoire le plus important, avec l'arrivée en masse d'ouvriers ukrainiens venus travailler dans les mines, l'industrie textile, la métallurgie ou l'agriculture. Originaires de Galicie, alors administrée par la Pologne, ces émigrés économiques partirent avec des passeports polonais et se confondirent avec l'émigration ouvrière de ce pays.
- Pendant la Seconde Guerre mondiale, des milliers d'Ukrainiens qui avaient servi dans l'armée soviétique avant d'être faits prisonniers par les Allemands furent conduits en France pour des travaux forcés. Des Ukrainiens qui servaient dans les unités de l'armée allemande désertèrent pour passer à la Résistance française et créer leurs propres détachements militaires.
- Une nouvelle vague d'émigration eut lieu au lendemain de la Seconde guerre mondiale, avec la venue de près de quatre mille Ukrainiens en provenance des camps de personnes déplacées d'Allemagne et d'Autriche. Confrontés aux difficultés économiques et au chômage, certains émigrèrent aux Etats-Unis et au Canada dans les années 50.
- Depuis l'indépendance, les allées et venues entre les deux pays se multiplient. Il est, donc, plus convenable de ne pas parler d'émigration, mais de déplacements ou d'échanges (notamment, des étudiants, des filles au pair, des travailleurs clandestins). Néanmoins, par le biais des mariages ou des contrats professionnels de longue durée, un certain nombre d'Ukrainiens s'établissent chaque année en France. Il s'avère, toutefois, utile de préciser que la France ne fut jamais le centre de l'émigration ukrainienne. Les Etats-Unis, avec une communauté de près de deux millions de personnes, le Canada (entre 800.000 et un million), l'Argentine ou le Brésil, furent des pôles beaucoup plus attractifs.

La vie intellectuelle, scientifique et religieuse des Ukrainiens en France



Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la vie intellectuelle ukrainienne était concentrée autour de l'Association académique ukrainienne et de la Société Scientifique Chevtchenko en Europe. Possédant ses propres locaux à Sarcelles (avec une riche bibliothèque spécialisée de plus de 25.000 volumes), la Société Chevtchenko s'est essentiellement consacrée à la rédaction de l'Encyclopédie de l'Ukraine : 14 volumes pour la version ukrainienne et 7 volumes pour la version anglaise.

La Bibliothèque ukrainienne a été créée en 1926, à l'initiative de Symon Petlura, le Président de la République ukrainienne en exil en France. Un musée y fut également créé. Elle a été, et est encore, l'un des lieux de la lutte culturelle et politique en faveur d'une Ukraine libre et indépendante. Ses activités dépassent la simple collection d'ouvrages et d'archives puisqu'elle organise depuis sa fondation des conférences et des expositions. Depuis la restauration de l'indépendance, la Bibliothèque a élargi son champ d'action et nombre de ses activités sont liées à l'Ukraine. Maintenant les lecteurs, les chercheurs et les étudiants y viennent du monde entier, mais les bibliothécaires font également un énorme travail de recherche de documentation pour ceux qui ne peuvent venir consulter sur place. Aujourd'hui, la Bibliothèque ukrainienne Symon Petlura reste la seule institution culturelle dela communauté en activité en France.

Outre le plus ancien journal ukrainien en Europe occidentale, "Oukrainske slovo" ("La Parole ukrainienne"), édité en France jusqu'à aujourd'hui, on peut également mentionner l'apparition en 2001 du journal "Katchka" ("Le canard ukrainien"), proposé en français par l'Union des Etudiants Ukrainiens en France.
Environ deux-tiers des Ukrainiens en France sont rattachés à l'Eglise gréco-catholique ukrainienne, les autres font partie pour la plupart de l'Eglise ukrainienne orthodoxe autocéphale. La Paroisse gréco-catholique, fondée en 1942 (cathédrale Saint-Volodymyr le Grand), se situe au 186 boulevard St. Germain, tandis que la Paroisse orthodoxe de Saint-Simon se trouve au 6, rue de Palestine (dans le bâtiment que la Bibliothèque S. Petlura).

Les associations ukrainiennes en France



Il existe, aujourd'hui, près de 100 associations directement intéressées à la culture et au développement de l'Ukraine, dont les deux-tiers sont des créations françaises. Apparues pour la plupart à la faveur d'un jumelage ou du fait d'une sensibilité particulière à l'égard des problèmes de l'après-Tchornobyl (une cinquantaine d'associations ont des activités exclusivement humanitaires), elles n'ont souvent aucune relation avec la communauté, qui dispose de ses propres structures.

La vie associative des Français d'origine ukrainienne a été initiée, durant l'entre-deux-guerres, par l'émigration politique des années 20. Depuis 1997, le "Comité représentatif de la communauté ukrainienne en France" coordonne et représente une vingtaine d'associations (basées essentiellement dans la région parisienne) auprès des autorités françaises. Parmi elles, on peut mentionner "L'Union des Femmes Ukrainiennes", "L'Union des Etudiants Ukrainiens en France", "L'Union de la jeunesse ukrainienne", "l'Agence Française pour la Valorisation des Synergies avec l'Ukraine" (AFVSU), etc.

Les objectifs de ces associations ne sont guère différents de ceux qui animaient les associations des générations précédentes (aide à l'Ukraine, promotion de sa culture et de sa langue, réhabilitation de son histoire trop souvent déformée, volonté de faire connaître l'Ukraine auprès du public français). Il s'agit également de promouvoir les échanges culturels, commerciaux et industriels entre les deux pays et de soutenir le développement pro-européen de l'Ukraine. À cet égard, on peut évoquer l'Action "Pour une Ukraine européenne !", menée par l'Union des Etudiants Ukrainiens de France à Strasbourg (avril 2001), qui avait pour objectif de se prononcer contre l'exclusion éventuelle de l'Ukraine du Conseil de l'Europe et, en même temps, de soutenir l'opposition démocratique ukrainienne. Cette année, une Commission spéciale, crée par le Comité représentatif, est chargée de préparer la commémoration du 70e anniversaire de Holodomor (la Famine-Génocide ukrainienne de 1932-1933).

(D'après une étude rédigée en 1995 par Marion Michaud, stagiaire du COLISEE, mise à jour par Volodymyr Poselskyy).