Deuxième journée de violence au Kosovo
2004-07-27

Les violences interethniques qui ont éclaté mercredi entre Serbes et Albanais se sont poursuivis pour une deuxième journée consécutive, alors que plusieurs habitations et lieux de culte serbes étaient détruits par le feu sur l'ensemble du territoire du Kosovo. L'OTAN a promis mille hommes supplémentaires pour stabiliser la situation, tandis que la tension monte dans les grandes villes de la Serbie voisine.

Au lendemain d'une journée qui a fait au moins 22 morts et plus de 500 blessés, selon le dernier bilan - encore provisoire - des Nations unies, plusieurs Serbes quittaient les villes et villages les plus exposés, parfois sous la protection de la KFOR, alors que de nombreuses églises orthodoxes et monastères ont été détruits par les flammes.

Les violences ont éclaté mercredi, notamment à Mitrovica, suite à la noyade de trois jeunes Albanais qui auraient été poussés par de jeunes Serbes dans la rivière Ibar, qui marque la « frontière » entre les secteurs serbe et albanais de la municipalité. Mercredi matin, des manifestants albanais tentaient de pénétrer dans le secteur serbe de la ville, alors que les premiers échanges de coups de feu survenaient. Au même moment, près du village serbe de Caglavica, non loin de Pristina, des manifestants albanais s'apprêtaient à percer un barrage érigé par la population locale pour protester contre l'attaque d'un adolescent serbe par balles, la veille. Rapidement, la situation s'est envenimée sur l'ensemble du territoire du Kosovo.

A Obilic, petite ville « mixte » près de Pristina, « il n'y a plus de Serbes », a déclaré à l'agence B92 Mirce Jakovljevic, un résident. « Ils sont tous à Plemetina maintenant. La rue Cerska est en feu».

Dans la capitale, Pristina, la situation est extrêmement tendue, mais plus calme que mercredi, selon un correspondant de B92 sur place. Des manifestations pacifiques ont eu lieu, ainsi qu'à Gnjilane et Urosevac.

Plusieurs églises orthodoxes ont été incendiées. Le monastère de Prizren, notamment, a été totalement détruit par les flammes. Au total, quatorze lieux de culte auraient été jusqu'à maintenant complètement détruits.

A Bruxelles, l'OTAN s'est engagée à déployer mille soldats supplémentaires sur le territoire du Kosovo. 350 d'entre eux seraient déjà arrivés sur place. Des contingents britanniques (750 hommes), américains et italiens devraient être dépêchés sur place. L'aéroport de Pristina est fermé au trafic aérien, tandis que la KFOR et la police onusienne tentent de protéger les civils serbes de Pristina vers des lieux plus sûrs, dans un climat extrêmement chaotique.

Manifestations violentes en Serbie



Le Premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, a qualifié de « pogroms et de nettoyage ethnique » les événements survenus mercredi, critiquant l'action « inadéquate » des autorités internationales en charge du territoire. Il a appelé la population serbe à se rassembler pacifiquement demain midi, en soutien aux populations serbes du Kosovo.

Des manifestations ont eu lieu mercredi dans les grandes villes de Serbie : Belgrade, Novi Sad, Nis. Dans cette dernière ville, la mosquée du centre-ville, construite en 1720, a été incendiée peu avant 23 heures. Les manifestants ont entravé l'action des pompiers qui n'ont pas pu maîtriser l'incendie. La circulation était par ailleurs bloquée dans le centre-ville par plusieurs centaines de personnes et des chauffeurs de taxis. A Novi Sad, plusieurs centaines de citoyens se sont rassemblés après 22 heures devant le siège du gouvernement provincial où l'on pouvait entendre les slogans suivants, « Nous ne donnons pas le Kosovo »,

« Réveille-toi, Serbie »

.

Dans la capitale, plusieurs milliers de personnes ont bloqué la circulation dans la rue Knez Milos aux abords du siège du gouvernement et du ministère des Affaires étrangères et ont demandé à être reçus par le Premier ministre, Vojislav Kostunica. La mosquée du centre de Belgrade a également été attaquée et incendiée par de jeunes extrémistes qui s'en sont pris aux forces de l'ordre.


(Alexandre Billette, LE COURRIER DES BALKANS/jeudi 18 mars 2004)
-