Kosovo : la grande défaite
2004-07-27

Pour le quotidien albanophone Zëri, la partition du territoire du Kosovo est près de se réaliser, après les événements de la semaine dernière. L'impuissance de l'administration internationale et de la classe politique du Kosovo plonge les citoyens du protectorat dans la peur et l'inquiétude.

Mercredi soir, le Kosovo est entré dans une phase de dégradation sociale et politique que rien ne peut expliquer. En clair, nous devons faire une différence entre ceux qui ont initié les événements de Mitrovica et ceux qui les ont suivis. Ces derniers ont fait de Pristina une ville en guerre et ont suscité une confrontation ouverte entre les Albanais et l'administration internationale civile et militaire. Au mépris des lois et de la justice, les responsables de ces affrontements ont précipité à eux seuls l'histoire et l'avenir du Kosovo.

Ce 17 mars, quinze heures d'émeutes ont suffi pour remettre en question la politique des quinze dernières années. Où en étions nous le 17 mars 1989 et où en sommes nous arrivés le 16 mars 2004 ? En ce temps-là, nous étions seuls, sans perspectives, sans pouvoir, sans avenir et encadrés par environ 40 000 soldats et policiers serbes. Mais notre situation n'est pas depuis quelques jours plus favorable.

Cette nuit du 17 mars n'est pas sans rappeler le mois de mars 1997 en Albanie, car même si les raisons des émeutes sont différentes, elles ont abouti à une même déception : celle du constat que des deux cotés de la frontière, les Albanais sont prêts à s'engager de toutes leurs forces contre eux-mêmes et contre leurs intérêts vitaux. En 1997, l'Albanie a fait voler en éclat cinq ans de développement démocratique et a fait machine arrière. En mars 2004, le même scénario pourrait se reproduire au Kosovo, effaçant les cinq années de développements d'après-guerre. Toutefois, nous ne pourrons pas revenir à la situation de juin 1999, alors que tout l'Occident nous soutenait.

En cette matinée du 18 mars, pendant le recensement des victimes et blessés, et l'évaluation des dégâts de la journée la plus sanglante du Kosovo d'après-guerre, une déplorable réalité se présentait à nous. Alors que l'idée d'intégrité territoriale du Kosovo n'a jamais été aussi improbable, celle de partition de la province semble aujourd'hui très près de se réaliser. De même, le combat politique pour l'unification de Mitrovica et pour le retour des personnes déplacées dans leur foyer du Nord du Kosovo a cédé aux soulèvements sanglants de Mitrovica dans cette matinée du 17 mars, ainsi que dans les environs de Pristina, Çagllavica (ou Caglavica, en serbe), Fushë-Kosovë (ou Kosovo Polje), Ferizaj (ou Urosevac), Gjilan, Prizren, Gjakovë (ou Djakovica) et Podujevo... Donc, toutes les régions du Kosovo ont symboliquement contribué à cette grande défaite.

Qui sait ? Même si les événements de ce jeudi semblent prouver le contraire, cette journée pourrait bien amorcer un mouvement de rassemblement et de fortification sociale. Le Kosovo d'aujourd'hui compte beaucoup de dirigeants politiques locaux que peu de personnes écoutent et qui ne sont pas à la hauteur de l'urgence de la situation. L'administrateur de la MINUK a semble-t-il totalement perdu son autorité au Kosovo. Cette province reste peuplée de citoyens qui, silencieusement, avec peur et inquiétude, voient leur avenir leur échapper.

 
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Par la rédaction du quotidien Zëri de langue albanaise
Traduit par Belgzim Kamberi

Publié dans la presse : 19 mars 2004

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