La prostitution en Roumanie
2013-03-05

La Roumanie est surtout connue en Europe pour être un foyer de prostitution enfantine. La situation des enfants y est particulièrement inquiétante, ils sont nombreux dans les rues où ils vivent de rapines ou de la prostitution auprès de clients roumains ou occidentaux.

Ce problème grave a malheureusement occulté la situation générale de la prostitution en Roumanie qui reste assez mal connue. Les autorités font preuve d'une mauvaise foi incomparable. Le porte-parole de la police nationale (rencontré par les enquêtrices de l'ECPAT) leur a affirmé qu'« il n'y a aucune exploitation sexuelle d'enfants dans le pays ».

La situation des enfants roumains n'est pas indépendante de la situation de la prostitution. Beaucoup d'entre eux sont hébergés dans des orphelinats ou des foyers, qu'ils doivent quitter lorsqu'ils atteignent 18 ans. Beaucoup ne trouvent ni travail ni logement et sont contraints, les garçons surtout, de se prostituer.

Les filles sont en grande partie attirées par des trafiquants et envoyées à l'étranger pour se prostituer. Fait original, les Roumaines sont plutôt envoyées en Bulgarie, en Grèce, en Italie, à Chypre mais surtout en Turquie. Comme l'ensemble de l'économie, la prostitution roumaine regarde autant vers l'Occident (plutôt pour la prostitution enfantine) que vers la Turquie. Les prostituées d'origine roumaine sont nombreuses dans les maisons closes d'Istanboul.

En 1993, une étude a été réalisée auprès de 1.162 d'entre elles (ce qui implique que leur nombre était déjà largement supérieur) et a révélé leurs conditions de vie et de travail. Elles sont âgées en moyenne de 21 ans; pour un tiers, la prostitution a marqué le début de leur activité sexuelle; la majorité n'utilise pas de préservatif et n'a aucun contact avec le système de santé. Le taux de contamination par le sida (0,1 %) est exceptionnellement faible mais risque fort de grimper à un taux comparable aux autres MST (7,1 % présentent une gonorrhée, 7,3 % une syphilis). (1)

Selon la législation héritée de l'époque communiste, un enfant peut avoir des relations sexuelles dès l'âge de 14 ans.

Une réforme de la législation est envisagée, orientant la Roumanie vers un système réglementariste. Des députés ont déposé un projet de loi en ce sens au printemps 1998, précisant que cela « réduira le nombre de viols, d'abus sexuels et la propagation des maladies vénériennes...». Les personnes prostituées devront payer des impôts et se faire enregistrer, ce qui « leur garantira une couverture sociale en cas de maladie ou pour leur retraite ». Les peines encourues pour l'exercice illégal de la prostitution iraient de trois mois à trois ans de prison. (2)

Des maisons de tolérance seraient déjà construites. Mais une association d'étudiants orthodoxes s'oppose au projet qui « ne ferait qu'amplifier le phénomène, sans le régler, comme cela se constate dans les sociétés occidentales ». (3)

Notes

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(1) « Prostitution : de la Roumanie à la Turquie », Le Quotidien du médecin, n°5496, 25 mai 1993.

(2) « Roumanie : la prostitution légalisée ? », dans Prostitution et Société, n°121, avril-mai-juin 1998.

(3) (Ibid.)

(Extrait du livre La Prostitution adulte en Europe, publié par la Fondation Scelles, chez Érès. Paris, septembre 2002, [URL : www.edition-eres.com])


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Dossier réuni en novembre 2003, pour la lettre du COLISEE, par Florence Carton, avec le concours de la Fondation Scelles, auteur de l'ouvrage paru chez Èrès "La prostitution adulte en Europe".