Géorgie : les racines de la crise abkhaze (mars 2004)
2012-02-03

Si le territoire de l'Abkhazie faisait partie de la Colchide au Ier millénaire avant JC, s'il fut unifié avec l'Iméréthie au IXéme siècle et s'il rejoignit à nouveau la Géorgie au XVIéme siècle, il n'en a pas moins appartenu tour à tour à l'Empire romain, à l'Empire byzantin, à l'Empire ottoman et à l'Empire russe. L'ethnie abkhaze est devenue minoritaire sur le territoire abkhaze.

Au début du XXéme siècle, la déliquescence de l'Empire russe permet la proclamation de la Ière République de Géorgie et réveille l'identité abkhaze. En 1919, la Garde Nationale géorgienne, peu préparée aux missions de maintien de l'ordre, est envoyée à Soukhoumi : les débordements sont nombreux.

En 1931, les Soviétiques interdisent la langue abkhaze en Abkhazie, intègrent cette dernière plus étroitement à la Géorgie et rattachent le district de Sotchi à la Russie.

En 1991, Zviad Gamsakhourdia restaure l'indépendance de la Géorgie.

En 1992, les Abkhazes, conduits par Vladislav Ardzinba, font de même : la république autoproclamée d'Abkhazie n'est pas reconnue par la communauté internationale. La guerre éclate.

En 1993, des volontaires des peuples musulmans du Nord Caucase (dont ceux du tchétchène Bassaev) et une division de parachutistes russes se joignent aux insurgés, gagnent Soukhoumi et défont les forces géorgiennes. Edouard Chevardnadzé doit accepter la médiation de "forces de paix" russes, qui s'installent durablement en Abkhazie. De 2 à 300 000 Géorgiens sont déplacés d'Abkhazie vers l'intérieur de la Géorgie. Plus de 10.000 morts sont recensés.

En 1994, une mission d'observation militaire est constituée par les Nations Unies : le MONUG sera reconduit année après année. Afin de trouver une solution, la représentante spéciale du Secrétaire Général, Heidi Tagliavini, s'appuie sur " un groupe d'amis" (Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie), en vain.

Les Abkhazes revendiquent leur droit à l'indépendance et l'association avec la Fédération de Russie. Depuis 2002, ils disposent de passeports russes et leur ancrage à Moscou s'accentue : les Tchétchènes, jadis alliés, se retournent contre eux et n'hésitent pas à participer à un coup de main vraisemblement monté par le ministre géorgien de l'Intérieur. En février 2004, les autorités de la république autoproclamée d'Abkhazie refusent de participer aux travaux "du groupe d'amis" à Genève.

Les Géorgiens, confortés par le consensus sur l'intégrité territoriale de leur pays (rappelée une nouvelle fois par les Nations Unies début 2004), estiment que le développement économique « attirera » les Abkhazes vers la Géorgie. Mikheïl Saakachvili tente de relancer les accords de Sotchi (Poutine et Chevardnadzé, mars 2003), réouverture de la ligne de chemin de fer Sotchi- Soukhoumi- Tbilissi, réhabilitation du barrage hydroélectrique de l'Ingourie (à la frontière entre les deux territoires), retour des réfugiés géorgiens dans le district de Gali après sécurisation.

Les solutions demandent l'adhésion du peuple abkhaze et le ménagement des intérêts russes. Vladimir Poutine trouvera -t-il une monnaie d'échange avec Mikheïl Saakachvili ? Le successeur de Vladislav Ardzinba trouvera-t-il un terrain d'entente avec Mikheïl Saakachvili ? La nouvelle diplomatie de la Géorgie, décidée à normaliser ses relations avec la Russie, s'y attelle. Révolution des roses ou non, les solutions de la crise abkhaze passent toujours par Moscou.

Mirian Méloua



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