Lituanie : le processus de destitution du président Paksas est en marche
2004-04-01

La Cour constitutionnelle lituanienne a donné mercredi 31 mars son feu vert aux députés pour organiser un vote de destitution du président Rolandas Paksas en le reconnaissant coupable de trois des six accusations portées contre lui.

Le président de la Chambre Arturas Paulauskas a aussitôt annoncé que le parlement se réunirait dès lundi et devrait pouvoir organiser un "vote destitution mardi ou mercredi, s'il n'y a pas de surprise".

M. Paulauskas, appelé à endosser la fonction présidentielle intérimaire en attendant une nouvelle élection, n'a pas voulu préciser ce qu'il entendait par "surprise".

Dans un arrêt rendu en direct à la télévision nationale, la Cour constitutionnelle a jugé le président Paskas coupable de trois des six accusations portées contre lui par les différentes commissions parlementaires.

Elle a ainsi jugé que le chef d'Etat lituanien avait "gravement violé la Constitution" de son pays, en octroyant illégalement la citoyenneté lituanienne à l'homme d'affaires russe Jurijus Borisovas, principal financier de sa campagne électorale.

M. Paksas est également reconnu coupable d'avoir laissé filtrer des informations confidentielles faisant savoir à M. Borisovas qu'il était surveillé et de s'être mêlé d'affaires de privatisations.

En revanche, il n'a pas été reconnu coupable d'une autre accusation mise en avant par le parlement: avoir discrédité les institutions.

L'arrêt de la Cour, qui ne s'est pas prononcée sur les deux autres accusations, est final et ne peut donner lieu à aucun appel.
La Cour a également indiqué dans ses conclusions que le parlement ne nierait pas ni n'apporterait le moindre changement à l'arrêt rendu. Le vote de destitution doit permettre de déterminer si le président sera démis ou non de ses fonctions: selon la Constitution, les voix de 86 députés sur 141 sont nécessaires pour destituer le chef de l'Etat.

Ce vote aura eu lieu une semaine après l'adhésion de la République balte à l'Otan et à moins d'un mois de son entrée dans l'Union européenne, mettant fin à un scandale qui avait éclaté fin octobre. Il faisait suite à un rapport des services de renseignement intérieur remis au parlement et accusant la présidence de liens avec le crime organisé.

Le chef de l'Etat a toujours nié les accusations portées contre lui et répété à plusieurs reprises qu'il ne démissionnerait pas en dépit d'appels répétés de la hiérarchie politique et religieuse du pays.

Mercredi, à son retour de Washington, le Premier ministre Algirdas Brazauskas l'a de nouveau appelé à partir : "Il a le droit de démissionner avant le vote et même le jour du vote. Mais si j'étais lui, je ferai cela", a déclaré le Premier ministre, cité par l'agence balte BNS.

La semaine dernière, nombre d'observateurs avaient cru un moment qu'il franchirait le pas, étant totalement isolé.

Le président avait nommé, avant de revenir sur sa décision, M. Borisovas au poste de conseiller présidentiel pour la communication, provoquant l'ire de toute la classe politique lituanienne.

M. Paksas avait ensuite demandé "pardon" aux Lituaniens, expliquant qu'il était "sous la pression" de l'homme d'affaires russe, qui l'aurait menacé de divulguer "des choses compromettantes".

Ancien pilote âgé aujourd'hui de 47 ans, Rolandas Paksas a pourtant une longue expérience politique puisqu'il a été deux fois maire de Vilnius et deux fois Premier ministre.

Il a remporté il y a 15 mois l'élection au second tour d'une campagne électorale qui a surpris tout le monde face au favori, le président sortant Valdas Adamkus. M. Paksas a prêté serment le 26 février 2003.

(Source : AFP)