Graves mouvements sociaux dans la communauté tzigane de Slovaquie
2004-04-04

La communauté tzigane de Slovaquie, qui compte près de 500.000 personnes, est touchée de plein fouet par les mesures prises par le gouvernement en matière de prestations sociales

Adopté l'an dernier par le gouvernement chrétien-libéral du Premier ministre Mikulas Dzurinda, le nouveau régime est entré en vigueur au 1er janvier et a enregistré ses premiers effets vers la mi-février, avec le paiement des prestations considérablement réduites. Comme une grande majorité des tziganes sont au chômage depuis la fin du communisme, les prestations sociales sont pour eux d'une importance vitale. Le nouveau système controversé oblige ceux qui reçoivent une aide sociale à effectuer dix heures de travaux collectifs par semaine, sous peine d'une forte réduction des prestations. Mais, même avec ces travaux, les prestations sont inférieures à leur niveau antérieur. L'idée du ministre du Travail, M. Ludovik Kanik, est de ramener les prestations à leur montant originel (273 euros pour une famille avec cinq enfants) pour ceux qui acceptent de travailler. Dans l'esprit du gouvernement, les travaux d'intérêt public pour les communes sont destinés à réinsérer les tziganes, dont beaucoup sont tenus à l'écart du marché du travail depuis plus de dix ans.

Après avoir commencé par des manifestations pacifiques, le mouvement de protestation s'est radicalisé au cours de la semaine dernière, avec de premiers pillages de magasin, dans l'est du pays où vivent la majorité de la communauté tzigane. Puis dans la nuit de lundi à mardi à Trebisov (est), quelque 300 à 400 tziganes se sont heurtés à la police, en lançant pierres et bouteiles vides. Aucun blessé sérieux n'a été signalé mais des voitures ont été endommagées. Le gouvernement slovaque préparait mardi soir 24 février un déploiement policier sans précédent depuis la chute du communisme, pour empêcher des tziganes, excédés par leur misère, de se livrer au pillage de magasins ou d'attaquer les forces de l'ordre. Par peur des débordements, une association, baptisée Parlement des Roms, a annulé les manifestations qu'elle avait prévu d'organiser dans l'ensemble du pays mercredi matin. Son président, Ladislav Fizik, a déploré que certains des derniers rassemblements aient dégénéré en attaques contre des supermarchés. "La situation dans les villages tziganes en Slovaquie orientale est incontrôlable, ils ont faim, ils n'ont rien à manger", a souligné mercredi M. Fizik. "Nous sommes assis sur un tonneau de poudre, si on ne fait quelque chose pour résoudre cette situation, le mécontentement s'amplifiera", a-t-il ajouté.

Dans l'immédiat, le gouvernement a décidé de mobiliser la totalité des 20.000 policiers du pays, en supprimant tous les congés. Il s'apprêtait à déployer également un millier de militaires dans l'est du pays pour prêter main forte à la police. Le gouvernement envisage aussi d'augmenter très légèrement les prestations sociales.