Géorgie : le jeu de "lélo" ancêtre du rugby ?
2004-07-21

Durant cinq années un entraîneur français a dynamisé une quarantaine de joueurs géorgiens de niveau international.

En 1999, Claude Saurel était sollicité pour procéder à un audit du rugby géorgien. Il y est resté. Il avait auparavant entraîné l'équipe nationale du Maroc, conduit l'équipe de Béziers au titre de champion de France, gagné ce titre dans ce même club comme joueur. Qu'avait-il trouvé entre Mont Elbrouz et Mont Ararat pour ainsi s'y fixer ? Les joueurs de "lélo" tout simplement.

Le jeu de "lélo" était joué dans les campagnes géorgiennes les plus reculées ; il donnait lieu à des joutes villageoises conquérantes et viriles. Certains le font remonter au Moyen Âge, d'autres à une époque plus ancienne. A vrai dire si le jeu à la main, l'engagement et la combativité des joueurs se retrouvent tant dans le "lélo" que dans le rugby, les règles en sont très différentes.

Donc la Géorgie intégrait l'International Board Rugby, des clubs étaient constitués (une vingtaine aujourd'hui), un millier de joueurs se formaient, une quarantaine d'entre eux s'expatriaient vers la France et rejoignait les milieux professionnels.

Béziers fut le premier à les accueillir, ainsi que les clubs du Top 16 (Castres, Grenoble et Montferrand). Les autres Divisions trouvèrent intérêt à engager ces défenseurs combatifs et durs à la tâche (Angoulême, Aurillac, Bègles, Oyonnax, Toulon, Albi, Tyrosse, Cognac). Les clubs italiens firent également appel à eux.

Au contact de ces championnats nationaux, les joueurs géorgiens s'aguerrirent et progressèrent à grands pas dans la préparation de leur condition physique. Appelés en équipe nationale, ils remportèrent en 2001 la Coupe Européenne des 6 Nations, Tournoi des 6 Nations de "2éme division".

Un clin d'oeil de l'Histoire les fit retrouver la famille Yachvili, issue de l'émigration géorgienne. Le grand'père s'était réfugié en France durant la tourmente de la deuxième guerre mondiale. Le père Michel y était né, il fut international dans l'équipe de France dans les années 70. Le fils cadet Dimitri l'est aujourd'hui. Le fils aîné Grégoire est international dans l'équipe de Géorgie, grâce aux évolutions récentes de règlement, Si Dimitri participa à la Coupe du Monde en Australie avec la France, son frère aîné Grégoire y participa avec la Géorgie.

Les résultats de la Coupe du Monde 2003 furent décevants pour la Géorgie comme pour toutes les équipes dites de "2éme division". La qualification (19éme sur 20) était un exploit. Le classement final (19éme sur 20) était frustrant, aucune victoire n'étant possible face aux grandes équipes. Pourtant les spectateurs australiens ne s'y sont pas trompés, de "standing ovation" en "standing ovation" un club de supporters de 700 personnes s'y est monté !

Pour la saison 2004, la Géorgie termine en milieu de tableau de la Coupe Européenne des Nations. Le match traditionnellement difficile avec la Russie fut remporté 9 à 3, celui sur la République tchèque avec un score plus flatteur (23 à 7). Le match nul avec l'Espagne (6 à 6) constitue une contre performance. Les défaites contre le Portugal (14 à 19) et contre la Roumanie (18 à 25) pouvaient difficilement être évitées. Pourtant la qualification à la Coupe du Monde 2007 en France demandera de meilleurs résultats, dés 2005.

Les autorités politiques géorgiennes s'intéressent beaucoup au football. Lors de sa visite en France en mars 2004, le Président Saakachvili a rencontré Michel Platini, afin en particulier de mieux connaître le nouvel entraîneur de l'équipe nationale de football de Géorgie, Alain Giresse. Pourtant l'implication du nouveau ministre de la Culture et des Sports, Guiorgui Gabachvili, dans le rugby est indispensable. Certains s'y emploient.

En effet avec ou sans Claude Saurel, la fédération géorgienne de rugby dispose de moins de trois années pour reconstituer une équipe nationale. Certains joueurs ont vieilli, d'autres ont montré leurs limites. Le jeu a évolué durant ces 5 dernières années. Deux conditions sont certainement à réunir : améliorer l'infrastructure sportive à disposition des clubs géorgiens pour faire jouer les jeunes talents au niveau national et trouver les moyens nécessaires à la fédération géorgienne de rugby pour préparer professionnellement le niveau international, comme le font les autres équipes nationales en progrès (Roumanie, Portugal, Russie, Ukraine). Deux places pour cinq, le défi est loin d'être gagné.


((Les joueurs géorgiens en France)) :
- Division 1 : Tariel Ratianadzé, Goderzi Shvelidzé, Davit Kinchagishvili et Vasso Nadiradzé (Béziers), Levan Ghvaberidzé (Grenoble), Levan Tsababdzé et Davit Ashvetia (Montferrand), Mamuka Magrakvelidzé (Montpellier),
- Division 2 : Irackli Abuseridzé (Aurillac), Georgi Chcaïdzé (Bègles), Alexander Margvelashvili et Georges Kutaraschvili (Oyonnax), Gia Labadzé (Toulon),
- Autres Divisions : Badri Khékhélachvili (Cognac), Zurab Mtchedlishvili (Domont), Ioseb Nikolaenko (Rumilly).

((Classement mondial des Nations)) :
1-Angleterre, 4-France, 15-Roumanie, 17-Portugal, 21-Géorgie, 22-Russie, 25-Ukraine, 27-République tchèque, 31-Espagne, 33-Pologne, 38-Croatie, 44-Lettonie, 46-Kazakhstan, 51-Moldavie, 52-Slovénie, 57-Serbie, 65-Lithuanie, 70-Hongrie, 86-Bulgarie, 95-Bosnie.