Géorgie : les chants polyphoniques
2013-06-28

Version initiale publiée le 21 avril 2004

Les chants polyphoniques remontent à l'ère préchrétienne. Les voix humaines se substituaient aux instruments de musique peu élaborés. Une première voix assure la ligne mélodique principale, les autres voix répondent, accompagnent et donnent du volume au chant. La Géorgie, terre d'invasion des grands voisins perses, mongols, ottomans et russes, a su préserver son identité culturelle en se réfugiant dans certaines traditions fortes ... et souvent dans les hautes montagnes du Caucase comme la province de Svanétie.

La polyphonie hier



Les prières à quelques dieux païens, les départs à la guerre, les enterrements, les mariages, les naissances, le travail des champs, le travail domestique ... l'amour ... étaient accompagnés de chants polyphoniques. Ils constituaient parfois une chronique musicale des scènes de la vie quotidienne, tentative de séduction, réprimande de la belle-mère, dispute avec le voisin.

Bien que la Géorgie fût christianisée au IVéme siècle par Sainte Nino, sous le règne du roi Mirian, les chants polyphoniques d'origine païenne continuèrent à y être chantés et s'adaptèrent à la nouvelle croyance. Sainte Nino ayant confectionné la première croix chrétienne à partir de sarments de vigne, les églises géorgiennes portent souvent le symbole de la grappe de raisin : certains chants polyphoniques y font référence ("chen khar venakhi").

Il convient également de noter que les spécificités régionales ont donné naissance à des genres différenciés. Aux majestueux et lents chants de Kakhétie ("ourmouli" du conducteur de char à boeufs) s'opposent les joutes vocales de Gourie ("krimatchouli" mettant en compétition les voix masculines les plus hautes), aux chants religieux de Kartlie s'opposent les mélodies vives d'Adjarie.

Les chants polyphoniques géorgiens se sont transmis au travers des siècles essentiellement par voix orale (1). Les plus anciens enregistrements datent du début du XXéme siècle (2). Les plus récentes écritures formalisées datent de quelques années. A l'époque soviétique, dans les années cinquante, le folklore géorgien fut magnifié par l'ensemble de danseurs et de chanteurs d'Iliko Soukhichvili et de Nino Ramichvili (3).

La polyphonie aujourd'hui



I) Les ensembles choraux de Géorgie



Depuis la restauration de l'indépendance de la Géorgie, en 1991, une multitude de choeurs polyphoniques s'est formée dans le monde.

Certains choeurs géorgiens ont trouvé des producteurs à l'étranger. Les héritiers de l'ensemble

Soukhichvili

, ballet national géorgien, ont continué leurs tournées internationales à travers le monde. L'ensemble

Rustavi

a renouvelé plusieurs générations de chanteurs (4). Les ballets

Georgian Legend

(5), issus du groupe

EriSioni

, se produisent régulièrement aux Etats-Unis, en Europe occidentale et en Russie, avec une partie chorale intensifiée.

Des choeurs féminins, plus particulièrement orientés vers les chants rituels, de naissance ou de funéraille, comme

Kesane

(avec Lela Tataraidze),

Mzetamze

(avec Nato Zumbadze) et

Tutarchela

(avec Tamar Buadze), se produisent depuis une dizaine d'années en France.

Des choeurs masculins,

Simi

(avec Revaz Guelachvili) (6),

Antchiskhati

(avec Malkhaz Erkvanidze),

Basiani

(avec Guiorgui Donadze) (7),

Shavnabada

(avec Davit Tsinstadze) (8),

Shalva Chemo

et

Urmuli

effectuent des tournées souvent estivales, dans le cadre de différents festivals ; ils viennent parfois ponctuellement en France comme

Riho

(9) .

Les chanteurs s'accompagnent de différents instruments de musique, le pandouri (luth à trois cordes), le tchangouri (luth à quatre cordes), le salamouri (longue flûte à bec, initialement utilisée par les bergers), le doudouki (sorte de hautbois pratiqué dans tout le Caucase, demandant une respiration continue), le doli (tambour à double face) et le garmoni (sorte d'accordéon) apparu au XIXème siècle.

II) Les ensembles choraux de France



Parallélement à ces choeurs quasi-professionnels de chanteurs géorgiens, des choeurs de chanteurs français intéressés par la polyphonie géorgienne se sont constitués en France :

Artillac

(10) dans le Sud Ouest,

Marani

(11) à Paris,

Mzé Shina

(12) dans l'Ouest pour les voix masculines,

Irinola

et

Madrikali

(13) à Paris pour les voix féminines,

Harmonie géorgienne

(14, les choeurs du Centre culturel géorgien

LAZI

à Paris (15) et de la paroisse Sainte Thamar de Villeneuve-Saint-Georges

Tamarioni

(16) pour les voix masculines et féminines.

III) Les ateliers de polyphonie géorgienne en France



Si l'émigration géorgienne des années 1920 et 1940 a perpétué la tradition des chants polyphoniques en France (17), leurs descendants, et plus particulièrement Othar Pataridzé, ont formé au début des années soixante-dix une génération de chanteurs et de chanteuses au sein du choeur

Merani

(18).

Depuis plusieurs années, l'Association

Artillac

et Jean-Laurent Imianitoff organisent régulièrement des stages d'initiation et de perfectionnement dans le Sud-Ouest de la France.

L'Association

Marani

, initialement sous l'impulsion de Frank Kane, aujourd'hui sous celle de Bertrand Lambolez, propose des formations sur deux journées, généralement dans les locaux de l'Eglise géorgienne Sainte Nino de Paris. Ces formations sont animées par des maîtres de chant géorgiens venus de Tbilissi.

L'Association

Mzé Shina

, initialement sous l'impulsion de Laurent Stephan, aujourd'hui sous celle de Denise et Craig Shaffer, propose des initiations à la polyphonie géorgienne, dans l'Ouest de la France, mais également dans les autres régions françaises selon leur tournée de concerts.

L'Association

Le Chant du Voisin

sous l'impulsion de Cati Delolme, propose ponctuellement des initiations à la polyphonie géorgienne, dans le Sud-Est de la France, avec maître de chant venu de Géorgie.

IV) L'inscription au patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l''UNESCO



Le 18 mai 2001, l'UNESCO inscrit les chants géorgiens au patrimoine oral et immatériel de l'humanité (19).

V) Le Symposium international de polyphonies de Tbilissi



Depuis quelques années, et afin de réunir tous ces ensembles vocaux le Conservatoire d'Etat de Tbilissi et le Centre international de musique populaire géorgienne organisent un symposium, alternant concerts et conférences. Il a lieu une année sur deux (20).

En 2002, du 2 au 9 octobre, des ensembles originaires du Japon (

Yamashiro Gumi

), d'Australie (

Gorani

), des Etats-Unis (

Kavkasia

), du Canada (

Darbazi

), de Grande-Bretagne (

Maspindzeli

), des Pays Bas (

Biti Dobre

), de Turquie (

Matchakhela

) et de France (

Irinola

) se sont produits, ainsi que des ensembles géorgiens de Tbilissi (

Antshiskhati, Basiani, Mzetamze, Rustavi,

...) et de diverses provinces (comme

Guria

).

En 2004, du 23 au 30 septembre, le symposium s'est en partie déroulé à Ozourgueti en Gourie. Cette région du Sud Ouest présente une richesse particulière sur le plan vocal, alliant le traditionnel "krimatchouli" aux puissants chants d'incantation comme "batonebo" pour la guérison des enfants malades. Le choeur français

Mze Shina

y a participé.

En 2006, du 22 au 29 septembre, les choeurs géorgiens professionnels et les choeurs "familiaux" comme il en existe encore dans toutes les régions de Géorgie (familles

Abesadze, Gogolashvili, Pirtsxalava, Sikharulidze, Urushadze,

...) ont accueilli un nombre grandissant de choeurs étrangers. La France était représentée par

Irinola

et

Marani

.

En 2008, du 15 au 19 septembre, malgré la guerre russo-géorgienne d'août, la plupart des experts internationaux invités (Allemagne, Australie, Espagne, Estonie, France, Lettonie, Slovénie) ont tenu leur conférence. La plupart des concerts ont également été donnés.

En 2010, du 4 au 6 octobre, l'ensemble vocal français -originaire du Sud Ouest- "Le Remède de Fortune" y a participé.

En 2012, le 6ème symposium s'est tenu du 24 au 29 septembre, à Tbilissi.

Notes



(1) [URL : 2855]

(2) "Drinking Horns and Gramaphones", 1902 -1914, The First Recordings in the Georgian Republic (Traditional Crossroads 80702-4307-2, USA).

(3) [URL : 2381]

(4) Le chanteur emblématique de l'ensemble Rustavi, Hamlet Gonachvili, virtuose des chants kakhétiens, a disparu tragiquement en 1985. Voir Rustavi aujourd'hui [URL : http://www.singers.com/world/rustavi.html].

(5) [URL : 2349]

(6) [URL : 2371]

(7) [URL : 3164]

(8) [URL : 3102]

(9) [URL : 4372]

(10) [URL : 2425]

(11) [URL : 2424]

(12) [URL : 2423]

(13) [URL : 2604]

(14) [URL : 2713]

(15) [URL : 3163]

(16) [URL : 4719]

(17) Dans les années 1950, époque à laquelle la communication entre les diasporas à l'étranger et la Géorgie était impossible, l'actrice française d'origine géorgienne Maria Mériko et Victor Homériki enregistraient à Paris un disque 78 tours : "Oh ! Marguarita tchemo lamazo".

(18) Le choeur

Merani

était essentiellement composé de descendants d'émigrés géorgiens en France : il donna plusieurs concerts publics en France et en Grande-Bretagne, accompagné de danses traditionelles géorgiennes. Othar Pataridzé, et sa soeur Goulnara, s'étaient formés aux chants polyphoniques par tradition orale auprès des anciens : Choura Nakaïdzé avait animé le choeur de la paroisse Sainte Nino, Sergo Kokheïdzé avait transmis son savoir faire au pandouri, mais aucun d'entre eux ne disposait de formation musicale ou de partitions.

Photographie du choeur

Merani

:

[URL : http://www.samchoblo.org/agf_merani.htm].

(19) UNESCO : inscription au patrimoine de l'humanité

[URL : http://www.unesco.org/bpi/intangible_heritage/indexf.htm].

(20) Site polyphonie géorgienne, en langues géorgienne et anglaise
[URL : http://www.polyphony.ge].





Voir aussi

:

- [URL : 3605]

- [URL : 2944]

- [URL : 2923].