L'Adjarie dynamite ses ponts pour dissuader la Géorgie de franchir le Rubicon (2004)
2011-11-28

Le président géorgien Mikheïl Saakachvili a lancé dimanche 2 mai 2004 un ultimatum à la direction de l'Adjarie, une république autonome en conflit ouvert avec Tbilissi, après que celle-ci eut poursuivi l'escalade en faisant dynamiter le principal pont reliant son territoire au reste du pays.

"Je donne dix jours (au dirigeant adjar) Aslan Abachidzé pour se soumettre à la Constitution, cesser les violations de la loi et des droits de l'homme et commencer à désarmer" ses milices, a déclaré M. Saakachvili devant la presse à l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité.

"Si nous n'avons pas de réponse dans les dix jours, alors le président exercera son droit constitutionnel et posera la question de la dissolution des autorités locales", a-t-il ajouté, sans exclure la possibilité d'une intervention armée dans ce territoire des bords de la mer Noire.

Le président géorgien était revenu dans la journée de Poti (ouest) d'où il avait observé d'importantes manoeuvres organisées par les forces armées géorgiennes à proximité immédiate de l'Adjarie, et dénoncées comme le prélude à une intervention par les autorités de la république autonome.

Le pont sur la rivière Tchokoli, point de passage essentiel entre la Géorgie et la république autonome, a été dynamité dimanche matin par la milice adjare, et selon des informations impossibles à vérifier immédiatement, deux autres ponts ont également été détruits.

"C'est une mesure préventive (pour empêcher) une tentative d'intervention armée des autorités centrales géorgiennes", a déclaré le leader adjar Aslan Abachidzé, dont le bras de fer avec Tbilissi dure depuis la chute du président géorgien Edouard Chevardnadzé en novembre suivie de l'élection de son successeur Mikheïl Saakachvili en janvier.

Mikheïl Saakachvili a juré de mettre fin à la quasi-indépendance acquise par l'Adjarie sous la présidence d'Edouard Chevardnadzé. La crise avait connu un accès de vive tension début mars, après que M. Saakachvili eut été bloqué par des miliciens à la frontière administrative adjare, et empêché d'entrer dans la république.

La situation s'était détenue après une rencontre entre MM. Saakachvili et Abachidzé à Batoumi, la capitale adjare, lors de laquelle le dirigeant adjar avait notamment consenti à désarmer les milices, à admettre un contrôle de Tbilissi sur les douanes et les frontières, et à assurer la tenue des législatives géorgiennes le 28 mars dans sa république.

Mais M. Abachidzé, dont Tbilissi dénonce le régime "féodal", a contesté par la suite les résultats de ces élections partielles largement remportées par la coalition pro-Saakachvili, et a ordonné mardi dernier à des "conseils de sécurité" dans chaque district d'assurer la mobilisation des réservistes face à la menace d'une intervention géorgienne.

La Russie, principal soutien du régime autoritaire du leader adjar, et qui garde une base militaire héritée de l'Union soviétique dans cette région dont le port, Batoumi, a une importance stratégique pour l'acheminement du pétrole, a pour sa part mis en garde Tbilissi contre une intervention.

"Toute solution de force aura des conséquences catastrophiques", a déclaré le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexandre Iakovenko, appelant à "régler tous les problèmes par la voie du dialogue".

La Géorgie bénéficie depuis 2002 d'une assistance militaire des Etats-Unis, qui ont fourni des armements et dont des instructeurs militaires entraînent les unités d'élite de l'ancienne république soviétique du Caucase, officiellement dans le cadre de la lutte antiterroriste, au grand dam des responsables russes.

(AFP)