Liberté de la presse selon RSF : en recul globalement en Asie centrale et dans le Caucase (2004)
2013-12-17

Reporters Sans Frontière (RSF-Paris) et le Comité de Protection des Journalistes (CPJ-New York) ont conjointement déclaré le Turkménistan {« nation d'Asie centrale la plus répressive »}. À l'occasion de la publication de son rapport annuel 2004, RSF dresse un panorama de la liberté de la presse en Asie centrale et dans le Caucase.

Dans le rapport sur l'état de la liberté de la presse dans le monde publié par RSF à l'occasion de la journée mondiale pour la liberté de presse (3 mai), le régime du leader Turkmène Saparmourad Niyazov est dénoncé pour sa mainmise des médias et sa politique d'enfermement du pays qui s'étend jusqu'au contrôle de l'accès à Internet.

La situation des médias en Ouzbékistan est également très critiquée. Dans le pays le plus peuplé d'Asie centrale, où la censure est pourtant officiellement abolie depuis 2002, RSF rappelle qu'aucune critique du président Islam Karimov n'est autorisée. Dans ce contexte, les violences qui ont secoué la capitale Tashkent et la deuxième ville du pays, Samarcande, dans le courant de mars dernier, ont permis au gouvernement d'exercer une sévère reprise en main des médias indépendants. Les récentes déclarations de l'ambassadeur britannique en Ouzbékistan, Monsieur Craig Murray, ont fait écho de cette situation. Dénonçant les pratiques de censure du gouvernement, Monsieur Murray a également regretté l'attentisme, voire la servilité, des journalistes ouzbèques en déclarant : « Ce n'est pas que les journalistes ne peuvent pas faire leur travail, c'est qu'ils ne font pas leur travail ».

Mais si les conditions d'exercice de la liberté de presse sont comparativement meilleures dans les autres Etats d'Asie centrale, RSF dénonce une tendance générale à la restriction des libertés des médias qui peut être observée dans tous ces pays.

Au Kazakhstan, le président Nursultan Nazarbayev a renoncé in extremis à signer une loi restreignant la liberté des médias, cependant des journalistes de premiers plans font l'objet de persécutions de la part du gouvernement, notamment Sergei Duvanov (accusé de viol sur mineur, les soutiens du journalistes ont dénoncé un procès motivé par des raisons politiques : Sergei Duvanov venait de révéler l'existence des comptes bancaires secrets du président Nazarbaev et de sa famille).

Le Kirghizstan, qui bénéficie encore de la presse la plus libre d'Asie centrale, a vu sa réputation mise à mal par l'approbation d'un amendement constitutionnel restreignant la liberté de presse au début de 2003. RSF a également critiqué les pressions gouvernementales exercées contre Maya Stolitsa, directrice d'un journal d'opposition acculé à la faillite. Cependant RSF note que la naissance de société d'édition de presse financées par les Etats-Unis devraient faciliter le développement de la presse indépendante.

Au Tadjikistan, le gouvernement souffle le chaud et le froid. Les récentes propositions de réductions d'impôts faites par le président Imomali Rahmonov pour stimuler le développement des médias, doivent être mises en balance avec les pratiques courantes d'intimidation de la presse indépendante. Le gouvernement refuse en particulier de délivrer des autorisations d'émission aux stations privées de radio et de TV.

Le Caucase a également connu une recrudescence de harcèlement des médias. Les violences politiques en Arménie et Azerbaïdjan ont fourni d'excellents prétextes aux autorités pour exercer des pressions sur les journalistes.

Le gouvernement de Robert Kotcharian en Arménie doit faire face à une opposition qui conteste la légalité des dernières élections présidentielles et législatives, entachées de fraudes multiples. En avril, le gouvernement a eu recours à la force pour disperser les manifestations de l'opposition à Erevan, la capitale. A cette occasion les violences contre les journalistes ont été dénoncées par des organisations de la société civile arménienne, notamment l'organisme « In protection of Journalist » créé le 30 avril pour appeler le gouvernement à cesser de harceler les médias.

En Azerbaïdjan, la presse indépendante doit toujours subir des conditions de travail difficiles après l'élection controversée à la présidence d'Ilham, fils du défunt leader Heidar Aliev. L'opposition et les médias restent toujours sous contrôle, RSF regrettant que le régime n'ait pas honoré ses engagements internationaux en la matière.

RSF note enfin que la Géorgie est le seul pays a connaître une amélioration : l'arrivée au pouvoir du président Mikhail Saakashvili en janvier après une « révolution de velours » a levé un vent d'espoir et de liberté.

GL.