Une explosion de munitions en Ukraine pose le problème de l'ancien arsenal soviétique (mai 2004)
2012-02-15

Une bombe à retardement pour les pays de l'ex-URSS

Les pays de l'ex-URSS détiennent toujours des millions de tonnes d'armes et de munitions vieillissantes datant de l'époque soviétique, un très lourd héritage pour des pays en transition comme en témoignent en Ukraine les "disparitions" de missiles ou les explosions meurtrières vendredi dans un dépôt militaire.

Pour des raisons encore inconnues, un incendie s'est déclaré jeudi dans un gigantesque dépôt militaire près de Mélitopol (sud-est de l'Ukraine) contenant l'équivalent de 4.500 wagons de munitions, en partie héritées de l'URSS. De puissantes explosions en chaîne continuaient vendredi à secouer la région, projetant des éclats d'obus ou de roquettes dans un rayon de plus de dix kilomètres et provoquant la mort d'au moins cinq personnes.

Quelque 7.000 personnes ont dû être évacuées en train ou en autobus à la suite de cette spectaculaire catastrophe, la deuxième du genre à se produire en Ukraine en l'espace de quelques mois.

En octobre dernier, deux militaires qui cherchaient à découper des rails pour les revendre à un ferrailleur avaient provoqué un incendie et des explosions dans un dépôt de munitions d'Artemovsk (est) qui avaient fait des blessés.
"L'Ukraine possède au total deux millions de tonnes de munitions soviétiques dont une partie n'est plus en état de fonctionnement et attend d'être détruite faute de financement", selon un spécialiste des questions militaires, Serhiy Zhourets.

Au total, l'Ukraine a hérité de 184 dépôts soviétiques et d'une partie de l'armement des pays communistes lors de la dissolution du Pacte du Varsovie.Ce pays a cependant rendu à la Russie, qui est juridiquement l'héritière de l'URSS, toutes les ogives nucléaires qui se trouvaient sur son territoire. Mais la gestion d'un immense stock d'armes suscite bien des craintes dans un pays miné par la corruption, où le quart de la population vit sous le seuil de la pauvreté.

En mars dernier, le ministre de la Défense Evhen Martchouk avait reconnu que quelques centaines de missiles sol-air S-75 soviétiques avaient disparu en raison, officiellement, d'une mauvaise tenue des comptes.

Il a toutefois catégoriquement nié que les missiles aient pu être volés alors que son pays a été mis en cause ces dernières années dans des affaires de trafic d'armes, notamment vers l'Irak de Saddam Hussein.

Selon des experts, le trafic d'armes dans la région est surtout alimenté par la république séparatiste russophone moldave de Transdniestrie, une zone de non-droit voisine de l'Ukraine qui a gardé une grande quantité d'armes russes et abrite l'un des plus grands dépôts de munitions de l'ex-URSS à Kolbasna.
La situation n'est enfin guère plus reluisante en Russie, qui a été touchée ces dernières années par plusieurs catastrophes dans le domaine militaire. La plus dramatique aura été le naufrage du sous-marin nucléaire Koursk, fleuron de la Flotte russe, qui a sombré en août 2000 dans la mer de Barents avec ses 118 hommes d'équipage.

L'été dernier, un incendie dans un dépôt de munitions en Bouriatie (Sibérie orientale) avait causé la mort de deux personnes et entraîné l'évacuation de quelques milliers d'habitants.

La Russie a notamment un arsenal de 40.000 tonnes d'armes chimiques héritées de l'URSS, dont elle n'a détruit qu'environ 2 % faute de financement.
Les garnisons russes restent par ailleurs, comme en Ukraine voisine, fréquemment le théâtre de vols de matériel par des soldats touchant une solde misérable.


(AFP, le 7 mai 2004)