Fête nationale de la Géorgie à Tbilissi : une occasion pour le nouveau président de montrer la puissance militaire du pays
2013-12-08

Le président Mikhaïl Saakachvili effectue une démonstration de force.

A qui était destinée cette fête du 26 mai 2004 à Tbilissi, - aux citoyens géorgiens, - aux régions sécessionnistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, - aux pays voisins qui n'oublient pas que la souveraineté territoriale de la Géorgie repose sur le droit international, - aux pays facilitateurs de l'intégration de la Géorgie à l'OTAN ? Objectifs atteints : le télégramme de félicitations est arrivé de Moscou, avec la signature de Vladimir Poutine.

Les différents chefs d'Etat soviétiques n'en reviendraient pas : leur lointain successeur Vladimir Poutine a félicité Mikhaïl Saakachvili le 26 mai 2004 pour la fête nationale géorgienne.

26 mai 1918



Quatre-vingt six ans auparavant, un Comité National dont le porte parole était Noé Jordania, avait séparé la Géorgie de la Russie soviétique, restauré l' indépendance et instauré une Ière République. Les accords de Moscou, conduits par Grigol Ouratadzé pour la Géorgie et par Karakhan pour la Russie reconnaissaient quelques mois plus tard cette nouvelle situation. Mais, mais une fois libérée de la pression de l'armée "blanche", l'armée "rouge" entrait à Tbilissi en février 1921.

En 2004, la présence de la fille de Noé Jordania, venue de Paris, et de son fils, venu de New York, pour la 1ère célébration de la fête nationale sous la présidence Saakachvili, sonnait comme un symbole.

26 mai 2004.



Cinq mille hommes de troupes (8 000 selon certaines sources), 100 véhicules blindés, des éléments d'artillerie lourde et des lance-missiles Grad, des avions d'attaque au sol type Su-25 Frogfoot, des hélicoptères Mi-14, Mi-42 ou américains de type Huey, rien ne manquait au défilé militaire de Tbilissi qui aurait coûté entre 300 et 350 000 dollars.

Les vedettes militaires géorgiennes paradaient à Batoumi, dans un port contrôlé depuis quelques semaines par le pouvoir central.

A qui s'adressait le message ?
- Aux bâteaux de pêche qui oeuvrent dans les eaux territoriales géorgiennes de la Mer Noire, ukrainiens, russes ou turcs arraisonnés sans ménagement depuis peu et libérés contre paiement d'amende en centaine de milliers de dollars,
- Aux flottes commerciales comme ce pétrolier grec, en route pour la région dissidente d'Abkhazie sans déclaration de douane à Poti, taxé d'une centaine de milliers de dollars lui aussi,
- Aux bandes, aux milices et aux groupes armés de l'intérieur, qui faisaient régner "leur" ordre il n'y a pas si longtemps, et vivaient de trafic et de racket,
- À leurs homologues de l'extérieur, parfois qualifiés de terroristes par le grand voisin du Nord, qui ignoraient les tracés de frontière,
- Aux unités militaires constituées en Abkhazie et en Ossétie du Sud, parallèlement aux "forces de paix" de la CEI, essentiellement russes,
- Aux troupes stationnées au Sud Caucase du grand voisin du Nord, s'il leur venait l'idée de "déborder" de leurs consignes officielles ?

Certainement à tous ceux-là et à beaucoup d'autres.

Certes ces régiments entraînés par des instructeurs américains constitueraient une résistance peu crédible face à l'armée russe, mais l'attente ne sera pas longue : l'intégration de l'armée géorgienne aux forces de l'OTAN constituera pour Mikhaïl Saakachvili, comme elle devait l'être pour Edouard Chevardnadzé, la meilleure dissuasion à toute intervention extérieure.

Renouveau en marche



Guela Bejouachvili, ministre de la défense, avait fort opportunément annoncé le 23 mai le relèvement des soldes mensuelles, au 1er Août 2004 pour tous les civils du ministère de 10 à 50 dollars, au 1er janvier 2005 pour les jeunes officiers de 100 à 200 dollars.

Mikhaïl Saakachvili annonçait à son tour l'envoi d'un nouveau contingent géorgien en Irak, 156 hommes iront rejoindre les 159 hommes déjà présents sur le terrain des opérations.

Si les drapeaux, hymnes et emblémes nationaux intaurés par la Ière République en 1918 et conservés par les présidents Gamsakhourdia et Chevardnadzé après 1991 ont été balayés par le président Saakachvili en quelques semaines, la fête nationale géorgienne est restée au 26 mai.

A moins qu'une nouvelle date ne s'y substitue, par exemple celle de la réintégration territoriale de la dernière région en sécession !