La Serbie en quête d'un président démocrate (2004)
2012-05-12

La Serbie est sans Président depuis décembre 2002, date de l'expiration du mandat de Milan Milutinovic, actuellement en détention à La Haye. Pour la troisième fois consécutive en treize mois, après les scrutins des 13 octobre et 8 décembre 2002, qui tous deux avaient vu la victoire de Vojislav Kostunica, ancien Président de la République de la Fédération de Yougoslavie et candidat du Parti démocratique de Serbie (DSS), l'élection présidentielle serbe avait été invalidée, faute d'une participation suffisante. Un nouveau scrutin est fixé pour le 13 juin (deuxième tour le 27).

Le résultat s'annonce incertain, d'autant que 13 candidats sont en lice et que les formations démocrates sont très divisées. Le risque est grand que cette dispersion et cette division profitent au candidat radical, Tomislav Nikolic. Le 16 novembre 2003, ce dernier avait recueilli 45 % des suffrages exprimés à l'élection présidentielle, devançant largement Dragoljub Micunovic, candidat de la coalition au pouvoir à l'époque - Opposition Démocratique de Serbie (DOS), regroupant une quinzaine de formations politiques - qui avait obtenu 36 % des voix.
Le deuxième tour se jouera probablement entre Tomislav Nikolic et celui des deux principaux candidats démocrates qui sera arrivé en tête, à savoir Dragan Marsicanin ou Boris Tadic :
- Dragan Marsicanin est le candidat de la coalition au pouvoir, rassemblant le Parti démocratique de Serbie (DSS), le G17+ du vice-Premier ministre Miroljub Labus et le Mouvement du renouveau serbe-Nouvelle Serbie (SPO-NS) de l'écrivain Vuk Draskovic, devenu ministre des Affaires Étrangères de l'État commun. La logique voudrait qu'il arrive en tête, dans la foulée de la victoire obtenue en décembre 2003, où la coalition avait totalisé (d'une manière séparée, il est vrai) environ 42 % des suffrages.
- Boris Tadic, ancien ministre « fédéral » de la Défense et leader du Parti démocratique (DS) après l'assassinat du Premier ministre Zoran Djindjic, le 12 mars 2003, a déclaré se présenter pour tenter de « stopper la montée du nationalisme », visant ainsi non seulement la candidature de Tomislav Nikolic ou d'Ivica Dacic (leader du SPS, ancien parti de Slobodan Milosevic), mais aussi celle du représentant de la coalition au pouvoir. Sa formation est dans l'opposition, faute d'être parvenue à s'entendre avec le DSS du Premier ministre Vojislav Kostunica nommé après les élections législatives du 28 décembre 2003. Tadic envisage ce scrutin comme un « troisième tour » des élections de décembre et compte rassembler les déçus du Gouvernement Kostunica. Mais il devra compter avec d'autres candidats démocrates ayant le même objectif, tels que Vladan Batic, leader du Parti Démocrate Chrétien ou Ljiljana Arandjelovic, directrice de la radio et télévision Cuprija et candidate du Parti Serbie Unie.

Tout dépendra du report des voix au deuxième tour. Il n'est pas sûr que toutes les formations démocrates appellent à voter en faveur du candidat arrivé en tête, et surtout, il n'est pas acquis que leur électorat les suive - les scrutins précédents le démontrent. Une victoire de Tomislav Nikokic n'empêcherait pas la poursuite des réformes menées par le gouvernement de Vojislav Kostunica : les compétences du Président sont limitées en Serbie , surtout depuis la création de l'Etat de Serbie-et -Monténégro. Mais elle porterait un coup sérieux à l'image du pays, elle rendrait plus difficile un rapprochement avec l'Union européenne et la communauté occidentale, et surtout, elle encouragerait les velléités séparatistes du Monténégro.

Hervé Collet.