Le développement économique de la Bulgarie depuis 1989
2004-06-01

Lorsque les réformes économiques ont commencé, la Bulgarie sortait de plus de quatre décennies de planification centralisée. Jusqu'à la fin des années 80, la Bulgarie avait appliqué une stratégie d'industrialisation rapide d'une économie agraire. En dépit de nombreuses carences, le pays avait réalisé des progrès économiques substantiels durant ce laps de temps. Son revenu par habitant a augmenté à un taux annuel de plus de 4 % entre 1938 et 1989 pour s'établir à quelque 5.700 USD en termes de parité de pouvoir d'achat.

Sa forte dépendance à l'égard du « camp socialiste » a fortement handicapé la Bulgarie, qui souffrait à l'endroit de Moscou d'une forte dépendance énergétique. La spécialisation industrielle (chimie lourde, pétrochimie, armement et électronique)allait constituer un très lourd handicap.

Le processus de transition de la Bulgarie n'a commencé qu'en février 1991 : libération des prix et du commerce intérieur, stabilisation de l'inflation, du déficit budgétaire, du taux de change et de la dette extérieure, mesures structurelles et notamment privatisation et libéralisation du régime de commerce extérieur, et mise en place des institutions fondamentales de l'économie de marché. Mais le rythme de la réforme a été très lent jusqu'en 1997.

L'économie bulgare a aussi été durement affectée par des facteurs externes, notamment la perte de ses principaux débouchés dans les pays ex-socialistes, la crise financière russe, la guerre du Golfe et la guerre de Yougoslavie. Ces différents facteurs ont perturbé son approvisionnement et l'ont privée de ses marchés à l'exportation, entraînant une pénurie de devises et d'investissement.
En raison de ces différents facteurs internes et externes, l'économie bulgare est passée par une période de forte contraction jusqu'en 1997. Cette année-là, le PIB réel était tombé à 68 % du niveau qu'il atteignait en 1989. Le taux d'inflation nominal est monté jusqu'à quelque 550 % en 1997, la monnaie (le lev) s'est dépréciée d'environ 589 % en 1996 et 265 % en 1997 (en termes nominaux) et un tiers des banques ont dû fermer.

En 1997, le gouvernement remplace la monnaie par un nouveau lev (un nouveau lev = 1 000 anciens leva) et en établissant une parité fixe par rapport au deutsch mark, puis à l'euro. Cela a supprimé la possibilité de monétiser le déficit budgétaire. Cette politique monétaire rigoureuse, complétée par une politique budgétaire prudente, a permis de rétablir la stabilité macro économique; à la fin de 1998, le taux d'inflation est tombé à 1,7 %, et en 1998 le PIB réel a augmenté de 4 %.

Ces réformes n'ont pas permis de remédier au handicap persistant tout au long de la transition, qu'est la dette externe de la Bulgarie, qui s'élève à plus de 10 milliards d'euros pour un PIB de 18 milliards d'euros . De ce fait, la dette externe est la principale vulnérabilité de la Bulgarie.

La Bulgarie reste très dépendante de son rating par les agences de notation comme Standard&Poor's, Fitch et Moody's, et qui s'établit à BB+ en ce moment.

La situation macro économique de la Bulgarie s'est beaucoup améliorée depuis 1997. Le taux de croissance du PIB réel a atteint en moyenne plus de 4 % entre 1998 et 2002. Le déficit budgétaire est tombé, de 10,1 % du PIB en 1996 à 0,6 % en 2003 (ce qui est un des déficits budgétaires les plus faibles des PECO, atteint sous la pression du FMI qui exigeait dès 2004 un budget équilibré). Le taux d'inflation a beaucoup diminué et a rarement dépassé les 10 %. Le commerce international s'est développé, et la part du secteur privé dans la valeur ajoutée brute (VAB) est passée de 55,9 % en 1996 à 72,7 % en 2002. En 2002, on estimait que le PIB réel avait retrouvé le niveau de 1991, même s'il était toujours inférieur de quelque 17 % à son niveau de 1989.

La Bulgarie reste un important exportateur d'électricité (centrale nucléaire de Kozloduy) : elle en fournit à la Turquie, à la Grèce, à la Serbie et Monténégro, à l'ex-République yougoslave de Macédoine et à l'Albanie, et de ce fait elle couvre la quasi-totalité du déficit d'électricité des pays des Balkans.

Mais a pauvreté reste un problème structurel, presque 15 ans après le début de la transition. Une des principales causes d'inquiétude est le niveau élevé du chômage officiel ou déguisé qui ne diminue pas malgré la forte croissance économique. En 2002, l'emploi total était de 27 % moins élevé qu'en 1990.

L'Institut national de statistique (NSI) estimait qu'en décembre 2001 19,5 % de la main-d'œuvre étaient au chômage. En outre, le chômage est très irrégulièrement réparti dans le pays, puisque le taux de chômage est inférieur à 5 % à Sofia et beaucoup plus élevé dans les campagnes et dans certaines villes industrielles.
Toutefois, l'évolution très récente de l'emploi est plus encourageante. En 2002, l'emploi total a augmenté pour la première fois depuis le début des restructurations, ce qui est probablement lié à la vigueur de la croissance : en décembre 2002, le taux de chômage était tombé à 16,8 %, en baisse de 2,7 points par rapport à l'année antérieure et le secteur privé était le principal créateur d'emplois. On estime que le taux de chômage officiel était tombé à 15,6 % à la fin de mars 2003.

Outre le chômage, le problème de la pauvreté n'est pas négligeable, même si la situation s'est quelque peu améliorée depuis la crise du milieu des années 90. D'après une estimation, en 1996, 88 % de la population vivaient en dessous du "minimum social" (ce qui correspond au revenu moyen) et 29 % avaient un revenu inférieur au minimum essentiel, même compte tenu des prestations en nature.
La privatisation massive des moyens de production a assurément encouragé l'usage de biens publics à des fins privées. Dans l'espace balkanique, les incidences de ces mutations ont été aggravées par les conflits en ex-Yougoslavie et les embargos internationaux - un environnement favorable au développement d'activités illicites.

Le tourisme en plein développement



La Bulgarie occupe une position géographique stratégique dans le transit entre l'Europe Avec l'adhésion future de la Bulgarie a l'UE, les ports bulgares de la Mer Noire faciliteront les échanges économiques de l'UE avec le Sud de la Russie, le Nord de la Turquie et pourront acheminer les importations de l'UE de pétrole et de gaz naturel en provenance de la région Caspienne.

Un autre potentiel de la Bulgarie est constitué par ses ressources naturelles qui se prêtent très bien au tourisme, notamment des plages sur la mer Noire, plusieurs sites montagnards pouvant être équipés pour le ski, des paysages préservés et des sites culturels et un climat continental tempéré.

Le poids économique du tourisme a augmenté ces dernières années. L'année 2002 lui a été excellente, il a enregistré une croissance du nombre de touristes de + 8 %, deuxième plus forte croissance européenne après la Turquie (+ 13 %) et avant la Croatie (+ 6 %). Le nombre de touristes devrait ainsi avoir dépassé 3,4 M.
Les besoins d'investissements portent, d'une part sur la mise à niveau de la plupart des infrastructures existantes (balnéaire, sports d'hiver, thermalisme), construites dans les années 60 et 70 ; d'autre part sur la création d'une véritable offre en haut de gamme, jusqu'à présent inexistant ; enfin sur une éventuelle diversification géographique : 60 % de la capacité hôtelière en Bulgarie sont situés le long de la Mer Noire et seulement 7 % dans la capitale et 7 % dans les stations de ski.

Un taux de croissance de près de 5 %



Les principaux avantages compétitifs de la Bulgarie sont l'abondance de sa main d'oeuvre qualifiée et bon marché, et le fait que le pays soit reconnu comme un marché émergent.

Le gouvernement projette pour la période 2003-2005 un taux de croissance annuel réel du PIB de 5,17 % par an en moyenne. La consommation intérieure augmente très vite et apporte une contribution majeure à la croissance du PIB. Le taux de croissance du PIB réel a atteint en moyenne presque 5 % entre 1998 et 2003 et selon les prévisions la Bulgarie atteindra avec ces taux de croissance son niveau de PIB de 1989 en 2010.

Enfin, le commerce extérieur avec l'UE a été un des principaux moteurs de l'économie bulgare et devrait le rester, si bien que l'évolution de la conjoncture internationale est très importante pour la Bulgarie. Le gouvernement considère que les exportations et le tourisme sont essentiels pour la croissance future du pays. Toutefois, leur vigueur dépendra du redressement de l'économie mondiale et en particulier de celle de la zone euro et de la perspective d'adhésion à l'UE en 2007.

Tiré d'un mémoire de M. Adrian Georgiev, Le développement économique de la Bulgarie depuis le debut de la transition (1989 - Licence d'Économie Internationale, option Développement, 2004. Résumé de Fabrice Pozzoli - Montenay.