Historique du conflit entre l'Abkhazie et la Géorgie (février 2004)
2012-02-03

Alors que l'Union soviétique commence à se désintégrer à la fin des années 1980, les tensions ethniques augmentent entre les Abkhazes et les Géorgiens à la mesure des avancées de la Georgie vers l'indépendance. Dès 1989, des nationalistes géorgiens manifestent à Tbilissi pour exiger l'intégration complète de l'Abkhazie dans une Géorgie indépendante. Un certain nombre d'Abkhazes s'y opposent, craignant que l'indépendance de la Géorgie amène une nouvelle période de « géorgianisation » et, à l'inverse, plaident pour ériger l'Abkhazie en république indépendante.

Le conflit devient rapidement violent, et une émeute entre Géorgiens et Abkhazes éclate à Soukhoumi le 16 juillet 1989. 16 personnes auraient été tuées et 137 autres blessées à l'occasion d'un conflit relatif aux méthodes de recrutement des universités. Après plusieurs jours de trouble, les troupes soviétiques restaurent l'ordre dans la ville, mais accusent les troupes nationalistes paramilitaires rivales de « provoquer » des confrontations.

La Géorgie déclare son indépendance le 9 avril 1991, sous la direction de l'ancien dissident nationaliste Zviad Gamsakhourdia. Le pays est profondément divisé, non seulement l'Abkhazie exprime des velléités d'indépendance, mais aussi l'Ossétie du Sud, voire l'Adjarie. Les autres minorités ethniques, arméniennes et azéries, s'agitent également. La région du Caucase flambe sous les poussées ultranationalistes. Gamsakhourdia est renversé lors d'une rébellion armée en décembre 1991 - janvier 1992.

Le 21 février 1992, le Conseil militaire au pouvoir en Géorgie annonce qu'il abolit la constitution de l'époque soviétique et restaure celle de 1921, qui régissait la République démocratique de Géorgie. Beaucoup d'Abkhazes interprètent cette proclamation comme l'abolition de leur statut autonome. En réponse, le 23 juillet 1992, le gouvernement d'Abkhazie déclare l'indépendance de la république, bien que celle-ci ne soit pas reconnue au niveau international. Le gouvernement géorgien accuse les partisans de Gamsakhourdia d'avoir enlevé le ministre des affaires intérieures de la Géorgie et de le détenir en Abkhazie. Il envoie 3.000 soldats dans la région, dans le but avoué de rétablir l'ordre, mais d'importants combats éclatent entre forces géorgiennes et séparatistes abkhazes à Soukhoumi et ses alentours. Les autorités d'Abkhazie rejettent les réclamations du gouvernement géorgien, déclarant qu'il s'agit en fait d'un prétexte pour une invasion. Après une semaine de combat, avec des pertes importantes des deux côtés, les forces du gouvernement géorgien parviennent à prendre le contrôle de la majeure partie de l'Abkhazie et ferment le Parlement régional.

Les militaires putschistes font appel à Edouard Chevardnadze, ancien ministre soviétique des Affaires Étrangères de l'Union soviétique, afin de présider un Conseil d'Etat provisoire. Il sera ensuite élu à la Présidence de la République géorgienne.

La défaite militaire abkhaze entraîne une réplique hostile de la part de la Confédération autoproclamée des Peuples montagnards du Caucase, un groupe unissant un certain nombre de mouvements séparatistes dans le Nord du Caucase (Abkhazes, Tchétchènes, Cosaques, Ossètes et autres). Des centaines de paramilitaires volontaires rejoignent les forces séparatistes abkhazes pour combattre celles du gouvernement géorgien. En septembre, les Abkhazes mènent une offensive importante qui repousse les forces géorgiennes.

Le gouvernement de Chevardnadze accuse la Russie de fournir un soutien militaire secret aux rebelles dans le but de « détacher de la Géorgie son territoire natif et le territoire frontalier entre la Russie et la Géorgie ». L'année se terminée avec la prise de contrôle par les rebelles de la plus grande partie de l'Abkhazie à l'ouest de Soukhoumi. Des nettoyages ethniques importants se produisent des deux côtés - dans des proportions différentes selon les communautés, les Géorgiens déplacés étant les plus nombreux. Près de 3000 personnes auraient été tuées pendant cette première phase de la guerre.

Le conflit demeure dans l'impasse jusqu'en juillet 1993, quand les forces abkhazes, aidées de forces spéciales russes (régiment de parachutistes héliportés et artillerie lourde) selon le pouvoir géorgien de l'époque, lancent une attaque sur Soukhoumi, alors tenue par les Géorgiens. La capitale est encerclée et sévèrement bombardée. Chevardnadze lui-même est pris au piège dans la ville. Bien qu'une trêve soit déclarée à la fin de mois de juillet, Soukhoumi tombe après une nouvelle attaque abkhaze à la mi-septembre. Après dix jours de durs combats, la capitale se rend le 27 septembre. Les forces séparatistes occupent rapidement le reste du territoire de l'Abkhazie.

Le gouvernement géorgien doit faire face en parallèle à une deuxième menace, le soulèvement dirigé par le président renversé Zviad Gamsakhourdia.

Dans le chaos qui fait suite à la défaite, presque toute la population non-abkhaze s'enfuit vers la mer ou vers les montagnes. Plusieurs milliers de personnes meurent au cours de ces événements - on pense qu'au moins 10.000 personnes ont péri - et environ 250.000 - 300 000 personnes sont forcées de s'exiler.

L'Abkhazie aujourd'hui



Le conflit abkhaze n'est pas encore résolu. Un accord de cessez-le-feu est signé le 15 mai 1994 et une force de maintien de la paix des Nations Unies (UNOMIG) est chargée de surveiller l'application de l'accord. Une force détachée de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), composée exclusivement de militaires russes, s'est vue confier une mission de maintien de la paix. Des pourparlers de paix se tiennent régulièrement depuis une dizaine d'années, mais sans grands résultats. Bien qu'aucune offensive majeure ne se soit produite au cours de cette période, des heurts transfrontaliers et des incursions armées des deux côtés ont continué à infliger des pertes. Une nouvelle constitution a été adoptée le 4 novembre 1994, qui a déclaré la souveraineté de la République de l'Abkhazie. Des élections se sont déroulées le 23 novembre 1996, mais elles n'ont été reconnues, ni par le gouvernement géorgien, ni par la communauté internationale. La Communauté des Etats Indépendants a imposé des sanctions économiques en janvier 1996 et la région a été simultanément bloquée par la Géorgie et la Russie, au moins formellement.

D'après l'Encyclopédie Wikipedia. Traduit de l'anglais par Nataliya Shchukina.