Les minorités ethniques de Géorgie (2004)
2013-02-05

Les plus importantes minorités linguistiques parlent l'arménien, le russe, l'azéri, l'ossète, l'abkhaze, le grec, le kurde et le turc. Soulignons que les combats qui ont fait rage en Ossétie du Sud en 1991, suivis par le conflit en Abkhazie en 1992 et 1993, ont entraîné des déplacements massifs (au moins 270.000 personnes) de Géorgiens, d'Ossètes et d'Abkhazes, ainsi que de Russes, d'Arméniens et d'autres minorités ethniques.

- Les

Arméniens

(langue indo-européenne) constituent la plus importante minorité ethnique de Géorgie avec une population de quelque 450.000 personnes. Ils sont géographiquement assez fortement concentrés à Tbilissi, où vivent 200.000 d'entre eux, ainsi que dans la région de Javakheti (Akhalkalak et Ninotsminda), près de la frontière arménienne. Dans cette région du Sud, se trouvent les descendants des réfugiés arméniens d'Anatolie occidentale venus pendant les guerres russo-turques (XIXème siècle) et également avant la Première Guerre mondiale. Par ailleurs, quelque 100.000 Arméniens vivaient en Abkhazie avant le conflit qui a éclaté après l'indépendance de la Géorgie. De petites communautés arméniennes se sont dispersées dans les plaines géorgiennes.

- Les

Russes

(langue slave) forment le second groupe groupe minoritaire (372 000), mais eux-mêmes ne se considèrent pas comme une minorité. Ils sont répartis un peu partout dans les grands centres urbains industriels, notamment dans les régions de Samtskhe-Javakheti (ou Meskhétie au sud), de l'Abkhazie au nord-ouest, de la Kakhétie au sud-est, ainsi que dans les villes de Tbilissi et de Rustavi. Contrairement à certaines autres communautés, les Russes ne parlent pas le géorgien, ce qui leur cause de nombreux problèmes depuis l'indépendance. Beaucoup ont quitté le pays pour la Russie, principalement à Moscou et dans les régions centrales du pays.

- Les 300.000

Azéris

ou

Azerbaïdjanais

(langue altaïque) résident surtout au sud de la Géorgie, principalement dans les zones de Marneuli, Bolnisi, Dmanisi et Gardabani, où ils forment des majorités locales, mais aussi dans la région de Tsalka (un peu plus au nord), la ville de Rustavi, ainsi que dans d'autres agglomérations de la Kakhétie. La plupart des Azéris sont de confession musulmane de rite chiite (peu de sunnites).

- La majorité des 165.000

Ossètes

(langue indo-iranienne) de Géorgie ont vécu, jusqu'à récemment, à l'extérieur de l'ancienne région autonome d'Ossétie qui avait été créée en avril 1922 après l'invasion soviétique. Aujourd'hui, la plupart des Ossètes habitent dans la république autonome d'Ossétie du Sud, précisément dans la région de Tskhinvali, bien que d'autres vivent à Tbilissi, Gori, Khashuri et à Rustavi. Les Ossètes sont parmi les derniers descendants des grands peuples nomades d'origine iranienne, comme les Squithiens, les Sarmats et les Alans. Les Ossètes de Géorgie ont beaucoup fait parler d'eux, depuis qu'ils se sont soulevés contre l'État géorgien afin que leur république autonome (Ossétie du Sud) soit être réunie à l'Ossétie du Nord au sein de la fédération de Russie. D'ailleurs, à l'heure actuelle, on assiste à un fort processus de migration causé par la guerre civile vers l'Ossétie du Nord en Russie. Des Tchétchènes et des Avars habitent près de la frontière avec le Daghestan et la Tchétchénie.

- On compte approximativement quelque 100.000

Abkhazes

(langue caucasienne) en Géorgie. La plupart d'entre eux habitent l'Abkahzie, la région autonome qui a autoproclamé son indépendance. Malgré la répression dont ils ont été victimes sous le régime soviétique, ils ont su préserver leur culture caucasienne traditionnelle et leur héritage historique. Certains sont musulmans, d'autres chrétiens. À l'exemple des Ossètes, les Abkhazes réclament leur rattachement à la fédération de Russie, mais ils sont minoritaires dans leur propre république autonome.

- Les 100.000

Grecs

de Géorgie sont d'origines diverses, bien qu'ils soient presque tous de confession grecque orthodoxe. On distingue des «Grecs turcophones» et des «Grecs hellénophones», notamment dans les régions du sud-ouest de Tbilissi (à Tsalka et à Tetritskaro), ainsi que dans d'autres plus grandes villes, et autour des rives de la mer Noire en Géorgie occidentale, principalement en Abkhazie et Adjarie. La plupart d'entre eux ont immigré d'Anatolie au XIXe siècle. La Fédération des communautés grecques compte 23 communautés dans toutes les régions de la Géorgie.

- Le nombre des

Ukrainiens

en Géorgie était de 52.000 lors du recensement de 1989. Aujourd'hui, ils pourraient être d'environ 41.000. Ils sont principalement concentrés dans la capitale Tbilissi (env. 16.000), en Abkhazie (env. 11.000) et en Adjarie (env. 6.000). Les premiers Ukrainiens sont arrivé en Géorgie au cours du XIXème siècle et se sont installés près de la mer Noire et dans la capitale. Depuis 1990, beaucoup d'Ukrainiens ont quitté l'Abkhazie en raison du conflit.

- La plupart des 33.000

Kurdes

de Géorgie sont des musulmans de confession yézidie. Ils parlent généralement la variété du kurde dite kurmanji. Ils sont les descendants de réfugiés ayant échappé la répression religieuse sous l'Empire ottoman. Ils vivent principalement à Tbilissi et à Rustavi. Bien que les Kurdes soient urbanisés et bien intégrés socialement, ils ont su préserver leur identité ethnique, leur langue et leurs traditions culturelles. Comme les Kurdes (et les Assyriens) n'ont pas d'État voisin ou de patrie abritant leurs frères, ils se trouvent en Géorgie dans une situation moins favorable que d'autres minorités.

- On compte aussi quelque 14.000

Assyriens

(juste 6.000, selon le gouvernement), dont seulement 3.000 parleraient encore le néo-araméen (langue chamito-sémitique). Les autres parlent plutôt le russe comme langue maternelle, sinon le géorgien. La plupart des locuteurs de l'assyrien sont des gens assez âgés. Les Assyriens ont employé deux langues au cours de leur histoire: l'assyrien antique, appelé akkadien, et l'assyrien moderne, soit le néo-araméen soit le néo-syriaque. L'akkadien a été écrit avec un système d'écriture cunéiforme vers 750 avant notre ère. Puis l'araméen a fini par supplanter l'assyrien antique en raison de la percée technologique de l'alphabet araméen dans l'écrit. L'araméen a été la deuxième langue officielle de l'Empire assyrien en 752 avant notre ère. On en trouve non seulement dans les régions regroupant la Géorgie, l'Arménie, la Turquie, la Grèce et une partie de la Russie, mais aussi au Liban, en Syrie et en Irak.

- La question des

Turcs meskhètes

appartient à l'histoire soviétique. En 1944, environ 100.000 membres de la population indigène du sud de la Géorgie (la région Samtskhe-Javakheti) furent déportés par Staline à la suite d'une répression politique. Les Meskhètes sont maintenant concentrés principalement en Azerbaïdjan et dans le nord du Caucase (dans les régions de Stavropol et de Krasnodar en Russie). Les Turcs meskhètes tentent toujours de retourner dans leur patrie, mais la Géorgie est à peine capable dans les conditions présentes de rapatrier un si grand nombre de personnes. Même si le gouvernement géorgien a officiellement reconnu ce droit par un décret du président Chevardnadzé, seuls moins de 1000 Meskhètes ont été rapatriés et ont pu obtenir la nationalité géorgienne. En fait, le rapatriement est freiné par des obstacles bureaucratiques ainsi que par la résistance de certaines municipalités. Ceux qui n'ont pas la citoyenneté géorgienne risquent d'être contraints de partir, car ils sont considérés comme des «immigrants illégaux». Les nouveaux rapatriés éprouvent généralement des difficultés à s'intégrer en raison de leur maîtrise insuffisante de la langue géorgienne, des problèmes pour reprendre leurs noms de famille d'origine ou pour obtenir la nationalité géorgienne. La plupart des Turcs meskhètes parlent le russe et le turc, peu connaissent le géorgien.

- Il est difficile de présenter des données statistiques exactes concernant le nombre de

Polonais

en Géorgie, en raison du manque d'informations démographiques. Lors du dernier recensement, beaucoup de Polonais auraient adopté une autre nationalité dans l'émission de leurs passeport. On estime actuellement à 2000 le nombre des Polonais en Géorgie. Tbilissi demeure toujours le centre principal des résidents polonais, mais un nombre non négligeable vit à Kutaisi, Batumi, Rustavi et Ahaltsikhe.

- Les

Juifs

constituent l'une des minorités les plus anciennes de Géorgie. Conformément au recensement de 1989, il y avait 24 795 Juifs dans le pays et vivaient principalement à Tbilissi, Kutaisi et Oni. À l'heure actuelle, la plupart des Juifs ont quitté la Géorgie pour Israël. Les Juifs géorgiens parlent le géorgien, les Juifs russes, le russe, mais une minorité parle le yiddish.

- Quant aux

Tsiganes (Roms)

, leur situation est assez mal connue. S'appuyant sur le recensement de 1989, le gouvernement géorgien avance le chiffre de 1200 personnes, mais des organisations non gouvernementales estiment qu'il y en aurait un nombre considérablement supérieur. D'après certaines sources, les membres de ces communautés seraient défavorisés dans des secteurs aussi essentiels que l'éducation et l'emploi, sans compter des problèmes importants dans leurs relations avec la police et les fonctionnaires. Certains parlent le tsigane, une langue indo-iranienne, mais d'autres parlent le russe ou le géorgien.

La plupart des minorités linguistiques parlent le russe comme langue seconde, non le géorgien. Ainsi, en 1989, moins de 3 % des Abkhazes, moins de 10 % des Azerbaïdjanais et environ 20 % des Arméniens vivant en Géorgie déclaraient parler couramment le géorgien. De fait, le russe est, après le géorgien (langue officielle), la langue la plus répandue dans le pays. Le russe sert de langue des communications inter-ethniques, surtout de la part des Azéris, des Arméniens et des Géorgiens. La quasi-totalité de la population est encore bilingue (russe/langue maternelle), mais une tendance semble se dessiner pour l'abandon du russe en faveur de l'anglais considéré maintenant comme plus prestigieux. Toutefois, l'abandon du russe attire des critiques, car les enfants ainsi éduqués se révèlent incapables de communiquer avec leurs voisins du Caucase.

Trésor de la langue française au Québec


- Contact : Jean-François Smith (
- Université Laval - Faculté des lettres
- Département de langues, linguistique et traduction
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(Dernière mise à jour: 12 mai 2004)