Les minorités en Arménie (2004)
2013-02-05

L'Arménie est un État monoethnique, dont la population est composée, pour 97 à 98 %, d'Arméniens et qui abrite par ailleurs 2 à 2,5 % environ de personnes appartenant à plus de 10 autres nationalités. L'Arménie est leur seconde patrie et elles participent aussi activement que possible au développement économique et culturel du pays.

Assyriens



Les Assyriens modernes sont les descendants des anciens Assyriens. De nombreuses sources attestent que l'effondrement de l'Assyrie n'a entraîné ni l'anéantissement ni l'assimilation des Assyriens. Ceux-ci ont vécu aux côtés des Arméniens pendant une longue période de l'histoire. Ils ont adopté le christianisme au premier siècle après Jésus-Christ. Après la guerre russo-persane de 1826-1828, des familles assyriennes se sont installées dans la province d'Erevan, dans les villages de Koilasar (Dimitrov) dans le marz (province) d'Ararat, à Dvin Aisor (Venn Dvin) et Arzni dans le marz de Kotaik, et à Sherior (Artagers) dans le marz d'Armavir. Des descendants de ces premiers colons vivent encore aujourd'hui dans ces villages, et on en compte par ailleurs environ 500 à Erevan.

Le nombre d'Assyriens vivant à Erevan, qui était de 1.800 en 1886, est passé successivement à environ 2.500 en 1914 et 9.000 en 1989. Au total, l'Arménie compte aujourd'hui 7.000 Assyriens.

Géorgiens



La légende des frères Kartlos et Hayos, qui renvoie aux temps les plus anciens de l'histoire géorgienne, ne relève pas de la fiction. Les plus braves et les plus sages des souverains de Géorgie, qui ont mené les guerres de libération nationale du peuple géorgien (Bagrat IV, David le Réparateur, la reine Tamara et Irakly II), ont toujours considéré d'un œil favorable les descendants de Hayos. Ils ont plus d'une fois aidé à reprendre Ani et d'autres villes arméniennes, tombées aux mains des Turcs seldjoukides. Bagrat III et le roi Gagik Ier d'Arménie ont infligé une défaite cuisante aux armées d'Amir Mamlun qui avaient envahi le pays. L'Arménie et la Géorgie ont subi ensemble, en l'absence de tout appui étranger, l'effroyable période qui fut celle des invasions seldjoukides.

Aux XIXe et XXe siècles, de grandes figures des deux peuples - Chavchavadze, Tsereteli, Grishashvili, Tumanyan, Demirchyan, Charents et d'autres - ont plaidé en faveur de la fraternité entre les Arméniens et les Géorgiens en rappelant affectueusement aux deux peuples que Hayos et Kartlos étaient frères.

La communauté géorgienne compte actuellement 110 membres, dont la plupart vivent à Erevan et un petit nombre (20 personnes) à Vanadzor. Tous comptent au moins trois générations d'ancêtres géorgiens. La plupart parlent le géorgien.

Juifs



Aux IIe et Ier siècles avant notre ère (140-50 av. J.-C.), essentiellement à l'époque des conquêtes de Tigrane le Grand, des dizaines de milliers de familles juives du Proche-Orient se sont installées en Arménie. Les implantations juives étaient nombreuses autour du Lac Van, ainsi que dans la nouvelle capitale, Tigranakert. Les rares informations dont on dispose semblent indiquer que la communauté juive dans l'Arménie du XIXe siècle n'était pas homogène mais divisée en deux sous-ethnies: les juifs kurdes et les juifs européens ou Ashkénazes. La langue parlée par les Juifs kurdes était à base d'assyrien, parsemé d'emprunts à l'hébreu ancien et de mots turcs, kurdes, persans, arméniens, voire russes.

Les Juifs européens ou Ashkénazes sont arrivés en Arménie après les Juifs kurdes, dans les années 1840 et 1850. Ils venaient essentiellement des villes et campagnes de Russie et parlaient pour la plupart le yiddish, et plus tard le russe. Selon le recensement de 1897, 924 Juifs vivaient dans la province d'Erevan et professaient le judaïsme; 799 d'entre eux parlaient le yiddish et 125 le russe. Les données du recensement effectuées par les autorités soviétiques en 1989 témoignent d'une assimilation croissante de la population juive sur le plan linguistique, 25,9 % d'entre eux considérant le yiddish comme leur langue maternelle, les proportions correspondantes étant de 68,3 % pour le russe et 5,6 % pour l'arménien.

À part Erevan, où vivent plus de 90 % de ses membres, la communauté juive arménienne est installée à Gyumri, Vanadzor, Dilijan et ailleurs. Elle est actuellement forte de 700 personnes.

Kurdes



Le terme « Kurde » s'applique aux Kurdes musulmans et à ceux des Yezidis qui se qualifient eux-mêmes de Kurdes yezidis. Les Yezidis qui sont restés fidèles à leur foi ancienne (culte du soleil) se considèrent comme une nation distincte.
Les données historiques indiquent que des tribus kurdes étaient présentes dans l'Est de l'Arménie au début du XIXe siècle. Pendant la première guerre mondiale, la très grande majorité des Kurdes yezidis ont quitté les provinces de Kars, Surmalin et Van pour s'installer dans les localités actuelles d'Aparan, Talin, Armavir, Echemiadzin, Masis, Ararat, Ashtarak, et le marzer d'Artashat, ainsi qu'en Géorgie, essentiellement dans des villes comme Tbilisi, Batumi et Telavi.
En Arménie, les Kurdes yezidis vivent dans des villages des marzer d'Aragats, Armavir et Ararat. Ils sont très nombreux dans les villages de la vallée d'Ararat où coexistent plusieurs ethnies. On en trouve aussi à Erevan, Gyumri, Vanadzor, Abovyan, Dilijan, Stepanavan et Tashir. Étant donné que les données fournies par les communautés kurde et yezidi souffrent de diverses incohérences, on ne disposera de données exactes que lorsque seront connus les résultats du nouveau recensement prévu pour la fin de 2001.

Russes



Les relations russo-arméniennes remontent à plusieurs siècles. Au vu des recensements, c'est en 1979 que la population russe d'Arménie a atteint son plus haut niveau, avec 70 300 habitants. L'émigration russe d'Arménie en Fédération de Russie s'est amplifiée dans les années 1980, si bien qu'en 1989, le nombre de Russes était tombé à 51.000. Depuis le début de 1990, le processus s'est considérablement accéléré, et ils ne sont plus actuellement que 12.000 à 13.000, sur lesquels environ 5.000 sont des « Molokans », déportés en Transcaucasie au XIXe siècle en raison de leurs convictions religieuses. La plupart des Russes vivent dans la capitale, Erevan, mais on en trouve également à Gyumri, Vanadzor, Razdan, Sevan, Dilijan, Fioletovo, Lermontov et ailleurs.

Allemands



Ce sont les dirigeants d'une communauté religieuse du Wurtembourg qui sont à l'origine de l'implantation d'Allemands dans le Caucase, y compris en Arménie. Les pasteurs protestants de cette communauté annonçaient la fin proche du monde, la destruction de l'humanité tout entière et le retour du Christ, qui instaurerait un « royaume millénaire de paix et de justice », tout ceci devant se réaliser en 1836. Le salut se trouvait en Transcaucasie, près du Mont Ararat, où serait fondé le « royaume millénaire ».

Actuellement, les Allemands sont dispersés dans tout le pays. En 1999, sur les 97 familles que comptait la communauté allemande, 56 vivaient à Erevan, 13 à Vanadzor, et 2 ou 3 dans chacun des marzer de Guymri, Oktemberyan, Abovyan, Garni, Byurakan, Noemberyan, Artashat et Akluryan. Les Allemands qui vivent dans les villes ont en général un niveau élevé d'instruction, alors que ceux qui habitent la campagne sont pour la plupart des paysans. Il y a lieu de noter que la très grande majorité des Allemands d'Arménie parlent le russe.

Polonais



On fait en général remonter l'apparition des Polonais en Arménie à la deuxième moitié du XIXe siècle. Les Polonais sont de vaillants combattants, et beaucoup ont servi dans les rangs de l'armée tsariste et participé à des opérations militaires en Transcaucasie et en Turquie. Ils ont épousé des femmes arméniennes. Pendant le génocide de 1915 dont ont été victimes les Arméniens dans l'empire ottoman et l'ouest de l'Arménie, ils se sont réfugiés en Arménie orientale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des Polonais du sud de l'Ukraine, de Lvov, de Brest et d'ailleurs ont été évacués en Arménie. Après la guerre, on enregistra un afflux de main-d'œuvre qualifiée en provenance des ex-Républiques de l'URSS; beaucoup de ces travailleurs étrangers avaient épousé des Polonaises, ce qui est également le cas de nombreux Arméniens. Les Polonais d'Arménie sont dispersés dans tout le pays. On en compte 210 à Erevan, et environ une centaine dans divers marzer du pays.

Ukrainiens



Les premières implantations ukrainiennes en Arménie remontent au milieu du XIXe siècle. L'incorporation de l'Arménie dans l'URSS, et l'essor de l'industrie, de la science et de l'éducation qui s'ensuivit provoquèrent une seconde vague d'immigration. Au cours de cette période, l'Arménie enregistra un afflux important d'Ukrainiens, parmi lesquels des spécialistes dans divers domaines, des techniciens et des enseignants.

En 1989, l'Arménie comptait 8.341 Ukrainiens. Leur nombre actuel est estimé à 3.500 environ. Ils sont installés un peu partout en Arménie : à Erevan, Abovyan, Vaik, Stepanavan, Kapan, Armavir, Razdan, Charentsavan, Echmiadzin, entre autres. La moitié d'entre eux ont fait des études supérieures et 10 % ont un emploi. Étant donné que beaucoup d'entre eux sont arrivés en Arménie dans les années 30 et 40, plus de la moitié sont aujourd'hui retraités.

Grecs



Avant 1991, de 10.000 à 12.000 Grecs vivaient en Arménie. Il s'agissait de personnes ayant un niveau d'éducation très élevé: chaque famille comptait deux ou trois membres ayant fait des études supérieures. Les mariages mixtes étaient courants. Les familles étaient généralement bilingues et parlaient à la fois l'arménien et le grec, les enfants étant éduqués en russe ou en arménien.

La population grecque a elle aussi subi les effets des tendances migratoires des années 90. Nombre de ses membres ont quitté l'Arménie pour rejoindre leur famille en Grèce. Environ 6 000 Grecs vivent aujourd'hui en Arménie, essentiellement à Erevan, Stepanavan, Alaverdi, Vanadzor et Hrazdan (village d'Ankavan).

Biélorusses



Les Biélorusses, actuellement au nombre de 100 environ, constituent la plus petite communauté minoritaire d'Arménie.

(Extrait du rapport du CERD (Comité pour l'élimination de la discrimination raciale), agence spécialisée de l'ONU/ Arménie/13 mai 2002. Ce rapport a été élaboré par le Gouvernement arménien. Original en anglais.)