Biélorussie : quatre ans d'impunité dans l'affaire Dmitri Zavadski (2004)
2013-12-12

Après les révélations du Conseil de l'Europe, Reporters sans frontières et l'Association des journalistes bélarusses réclament justice pour le cameraman disparu.

L'enquête sur la disparition de Dmitri Zavadski, le 7 juillet 2000, est close. Pourtant, quatre ans après les faits, les responsables de l'enlèvement du journaliste n'ont toujours pas été identifiés et l'implication éventuelle des plus hautes autorités de l'Etat n'a pas fait l'objet d'une véritable enquête.

Le corps du jeune cameraman n'a toujours pas été retrouvé et de graves zones d'ombre subsistent dans cette affaire, malgré la condamnation, en 2002, de deux membres des unités spéciales du ministère de l'Intérieur.

Reporters sans frontières et l'Association des journalistes bélarusses (BAJ) expriment leur indignation face à l'acharnement des autorités à tout mettre en œuvre afin de dissimuler la vérité sur ce crime.

"Il ne fait aucun doute que la responsabilité des autorités dans la disparition de Dmitri Zavadski est écrasante. Mener une enquête indépendante afin d'établir toutes les responsabilités dans cette affaire, y compris au plus haut niveau de l'Etat, est devenu une étape incontournable si le Bélarus veut pouvoir réintégrer un jour le Conseil de l'Europe", ont déclaré les deux organisations de défense de la liberté de la presse.

Reporters sans frontières et la BAJ se félicitent des démarches de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) qui a récemment établi l'implication des autorités dans la disparition du journaliste.

Le 28 avril 2004, l'APCE a invité l'ensemble de la communauté internationale à "exercer une pression politique maximale sur les dirigeants actuels du Bélarus, y compris au moyen de sanctions" jusqu'à l'ouverture d'une enquête indépendante sur la disparition de quatre personnalités, en 1999 et 2000 : Youri Zakharenko (ancien ministre de l'Intérieur), Victor Gontchar (ancien vice-président du Parlement), Anatoly Krassovski (homme d'affaires) et le journaliste Dmitri Zavadski.

"Les éléments réunis par le rapporteur conduisent à penser que des mesures ont été prises au plus haut niveau de l'Etat pour dissimuler les véritables circonstances de ces disparitions et à soupçonner que de hauts responsables de l'Etat pourraient être personnellement impliqués dans celles-ci", a conclu l'Assemblée.

Le rapporteur spécial du Conseil de l'Europe, Christos Pourgouridès, avait fait état, dans un rapport publié en janvier 2004, de sérieux soupçons pesant sur l'implication de trois officiels dans plusieurs disparitions, dont celle du journaliste : Viktor Cheyman, ancien responsable du Conseil pour la sécurité nationale et actuel procureur général, Iouri Sivakov, ministre de l'Intérieur de l'époque et actuel ministre des Sports et du Tourisme, et Dmitri Pavlichenko, commandant d'une unité spéciale de la police.

Reporters sans frontières et la BAJ appuient en particulier les demandes suivantes :
- la démission, au nom d'un conflit d'intérêts intolérable, du procureur général, Viktor Cheyman ;
- l'ouverture d'une enquête criminelle indépendante examinant en priorité les rôles de Viktor Cheyman, Iouri Sivakov et Dmitri Pavlichenko ;
- l'examen des responsabilités de plusieurs hauts fonctionnaires dans les entraves au bon déroulement de la justice, visant à protéger les véritables responsables du crime ;
- l'information régulière de la famille du disparu sur les avancées de l'enquête.

Début avril 2004, Svetlana Zavadskaya, l'épouse du journaliste disparu, avait reçu un courrier lui signifiant que l'enquête visant à retrouver son époux avait été fermée au motif que "l'individu disparu n'a pas été retrouvé". Le 27 février 2003, le parquet général avait déjà décidé de fermer l'enquête, avant de la rouvrir le 10 décembre, sans autre justification officielle que "la nécessité de poursuivre les recherches".

Reporters sans frontières et la BAJ ont appelé en vain le procureur général, Viktor Sheyman, à communiquer par écrit à la famille de Dmitri Zavadski les raisons qui ont poussé le responsable du dossier, Ivan Branchel, à conclure que l'enquête devait être close.

Les organisations ont également demandé que le parquet détaille quelles actions ont été menées pour retrouver le journaliste, mais aussi quelles recherches initialement prévues n'ont pas été effectuées et pourquoi.

Reporters sans frontières et la BAJ estiment que la famille est en droit de savoir si les deux membres des services spéciaux du ministère de l'Intérieur, condamnés pour enlèvement par la Cour suprême au terme d'un procès à huis clos, ont reconnu leur culpabilité et fourni des informations sur le sort subi par le journaliste après son kidnapping, ainsi que sur le lieu où son corps serait enterré. La famille ignore également si les complices de l'enlèvement, évoqués au cours du procès, ont pu être identifiés et s'ils ont fourni des informations.

Le KGB n'a pas répondu à la requête des épouses des quatre disparus, dont Svetlana Zavadskaya, demandant d'initier des poursuites contre des hauts fonctionnaires soupçonnés d'être liés à ces crimes.

Dmitri Zavadski a disparu le 7 juillet 2000, à Minsk. Ancien cameraman personnel du président Alexandre Loukachenko, il avait quitté la télévision d'Etat en 1996, pour travailler avec la chaîne russe ORT. Il avait été emprisonné pendant deux mois avec un collègue, en 1997, à la suite d'un reportage sur les défaillances des dispositifs de sécurité bélarusses le long de la frontière avec la Lituanie.

Le 16 juillet 2002, la Cour suprême du Bélarus avait confirmé une peine de prison à vie pour Valeri Ignatovitch, ancien chef des unités spéciales du ministère de l'Intérieur, et l'un de ses subordonnés, Maxim Malik, pour l'enlèvement et la disparition du jeune cameraman et pour le meurtre de cinq autres personnes.

Selon la version défendue par les autorités, Valeri Ignatovitch aurait décidé de se venger de Zavadski parce qu'il se sentait visé par les propos du journaliste qui avait affirmé, dans une interview accordée en 2000 au quotidien Belorusskaya Delovaya Gazeta, avoir rencontré des Bélarusses combattant aux côtés des indépendantistes en Tchétchénie. Le procès n'a pas permis de déterminer les circonstances exactes de l'enlèvement du journaliste, ni d'identifier ses commanditaires.

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