Jacek Kuron (1934-2004), l'homme qui a rendu le changement possible
2010-04-21

Jacek Kuron est mort le 17 juin 2004 à l'âge de 70 ans, des suites d'un cancer.

Ayant été l'un des leaders les plus populaires de la Pologne post-communiste, rebelle et réformateur, il s'est éloigné de la vie politique ces dernières années, non seulement à cause de sa maladie, mais aussi parce qu'il s'opposait au capitalisme sauvage vers lequel évoluait à ses yeux la Pologne.

Issu d'une famille communiste, il adhère au parti communiste polonais à l'âge de 18 ans, mais dès les années cinquante, il devient un opposant convaincu vis-à-vis du régime en place. Dans les années soixante-dix, il crée des KOR (Comités de défense des ouvriers), puis dans les années quatre-vingt, il est un des fondateurs du syndicat Solidarnosc (Solidarité). Il a connu plusieurs périodes d'emprisonnement, mais sa détermination à changer le système n'en a pas été affectée.

Étant l'un des conseillers de Lech Valesa, leader de Solidarnosc, il participe à la mise en place des négociations entre ce syndicat et les autorités polonaises. Celles-ci seront finalement couronnées par les élections "semi-démocratiques" de 1989. Élu député lors de ces élections, il devient ministre du Travail sous le gouvernement de transition de Tadeusz Maziowiecki.

Les réformes économiques et sociales sous forme de thérapie de choc entreprises par le nouveau gouvernement polonais au début des années quatre-vingt-dix ont entraîné la hausse du chômage et l'appauvrissement du peuple polonais. C'est avec un cœur serré que Jacek Kuron a dû expliquer à ses compatriotes la nécessité de bâtir une Pologne nouvelle. Comme Leszek Balcerovicz, auteur du programme de réformes appliquées dans les années quatre-vingt-dix, a été appelé « le chirurgien », Jacek Kuron a été appelé, quant à lui, « l'anesthésiste ».

Même au pouvoir, il a gardé son esprit d'opposant et il est resté un homme politique atypique. Tandis que ses homologues de Solidarnosc s'habituaient aux nouveaux costumes et aux cabinets, il conservait sa vieille veste en jean et distribuait lui-même la soupe aux chômeurs.

L'importance du rôle joué par Jacek Kuron au sein de la société polonaise a été reconnue unanimement par les hommes politiques actuels quelle que soit leur orientation politique. Malgré son retrait de la vie politique, il restait au premier plan par sa popularité et la confiance que lui accordait la population polonaise.