Le ministère russe de la Nature lance une offensive contre les datchas de "nouveaux Russes" (2004)
2012-12-21

La "question de la datcha", réglée depuis longtemps et avec confort pour de nombreux "nouveaux Russes" qui ont fait construire d'imposants cottages sur les rives de pratiquement toute retenue tant soi peu pittoresque aux environs de Moscou ou dans les forêts protégées, a pris au milieu de cet été, à leur grande surprise, une tournure dramatique.

Si les anciens responsables du ministère des Ressources naturelles adoptaient le "comportement de Sphinx" - impassible - face aux grossières violations des lois écologiques, le nouveau ministre, Youri Troutnev, qui a été mis à la tête du ministère à l'issu d'une récente réforme du cabinet des ministres, s'intéresse vivement à l'environnement en général mais aussi à la forêt, à l'eau et aux lotissements construits sur les rives des retenues en particulier.

D'après les anciens responsables du ministère, les violations des lois écologiques se comptaient sur les doigts d'une main. Quant aux dirigeants actuels qui procèdent à l'inventaire des cottages, plusieurs milliers d'entre eux ont été construits au mépris de toutes les normes. Et les vérifications ne sont pas encore terminées ! Plus de 2 000 pareilles villas ont ainsi été "détectées" sur les rives des réservoirs de Pestovo, d'Istra et de Pialovo.

Dans leur majorité, ces infractions se rapportent à l'époque eltsinienne : occupation non autorisée de terrains, construction dans la zone d'aliénation, rejets d'eaux ménagères dans les retenus alimentant la capitale, abattage de forêts protégées par la loi. Selon l'adjoint au directeur du Service fédéral pour la surveillance dans la sphère de l'écologie et de l'utilisation de la nature, Oleg Mitwol, le bilan de la première étape des vérifications montre déjà que près de 1 400 ha de terres publiques dans la région de Moscou ont été occupées illicitement.

La longueur et la qualité des clôtures autour des "datchas", le nombre de gardiens privés ont rendu impossibles, pour la majorité des simples citoyens, les promenades en forêt, la cueillette de baies et de champignons et la pêche dans les zones proches de la capitale. Et c'est aussi un autre grand pêché des propriétaires de villas. En d'autres termes, il s'agit de rétablir non seulement la légalité mais aussi la justice sociale.

Les autorités devront donc faire face à de nombreuses difficultés, même si la loi ( article 222 du Code civil) est explicite à ce sujet : en cas de violation, le propriétaire est tenu de démolir sa construction et à ses frais. Le problème est ailleurs : chacun des propriétaires se croit appartenir à l'élite du pays, il a des liens, de l'influence et n'est pas du tout enclin à se séparer si facilement de son nid douillet. Mais sur la retenue d'Istra, les maisons des oligarques connus Boris Berezovski, Anatoli Tchoubaïs, Vladimir Potanine et de la chanteuse pop Alla Pougatcheva sont, formellement, à démolir.

Le ministre Troutnev est résolu : "Nous avons suspendu les nouvelles concertations et l'octroi de terrains avec que ne soit mis sur pied un système compréhensible aux gens et défendant les intérêts de l'Etat". D'autre part, le ministère prépare sa "liste noire" et les papiers nécessaires pour le Parquet de la Région de Moscou. Seuls ceux qui ont acquis leurs villas il y a plus de 15 ans peuvent se sentir à l'abri : aux termes de la loi, il serait trop tard de les sanctionner.


Petr Romanov, commentateur politique de RIA-Novosti/Moscou - 16 juillet 2004