Russie : Les autorités sont inquiètes de la baisse du niveau de l'enseignement supérieur (2004)
2012-12-21

"Le marché de la formation des spécialistes abonde aujourd'hui en établissements d'enseignement supérieur de mauvaise qualité. Il y a un grand nombre d'Universités et d'Instituts d'Etat et privés qui ne sont pas conformes aux impératifs du temps", a déclaré, dans une interview à RIA-Novosti, Nikolai Boulaiev, président du Comité pour l'éducation et la science de la Douma (chambre basse du parlement russe).

Environ 1000 écoles supérieures d'Etat et privées, ainsi que près de 2000 filiales de ces établissements sont aujourd'hui enregistrées en Russie. Bien que ces écoles forment tous les ans 1,1 million de jeunes spécialistes (par rapport à la période soviétique, l'admission dans les établissements d'enseignement supérieur a presque triplé), la Russie manque toujours de personnel hautement qualifié. Mentionnant ce fait dans son Message adressé en mai à l'Assemblée fédérale, le président Vladimir Poutine a souligné: "L'emprise massive de la formation supérieure s'accompagne de la baisse du niveau de l'enseignement".

La Russie compte actuellement cinq fois plus d'établissements d'enseignement supérieur que l'Union Soviétique, a déclaré le 8 juillet le ministre de l'Education et de la Science Andrei Foursenko à une réunion de la direction de l'Union russe des recteurs. Où trouver les enseignants compétents pour un tel nombre d'écoles supérieures? Ces 15 dernières années, ils ne sont pas devenus plus nombreux".

"Lorsque telle ou telle profession devient à la mode, les écoles supérieures introduisent tout de suite une spécialité appropriée et prennent des étudiants. En fin de compte, nous avons un excédent de spécialistes dans tels ou tels domaines. L'offre dépasse la demande", a dit Nikolai Boulaiev. Mais les experts sont sceptiques quant à la qualité de la formation d'une bonne partie des diplômés, par exemple, des jeunes juristes, médecins, enseignants et économistes.

Viktor Sadovnitchi, recteur de l'Université Lomonossov de Moscou, estime que la cause principale de la baisse du niveau de l'enseignement supérieur est la "multiplication des établissements privés d'enseignement supérieur". Dans les années 1990, constate-t-il, le processus de leur création n'a pas été contrôlé, ce qui a sapé, dans une grande mesure, les fondements traditionnels de l'enseignement russe.

"La baisse du niveau de notre enseignement est inadmissible: cela entraîne non seulement la baisse du prestige du pays, mais aussi d'importantes pertes économiques", a dit Andrei Foursenko. D'ailleurs, les jeunes n'acceptent pas un enseignement "simplifié".

"La société russe avance d'autres exigences à l'éducation, a fait remarquer le président du Comité de la Douma pour l'éducation et la science Nikolai Boulaiev. La jeune génération actuelle veut recevoir une formation d'excellence assurant de vastes possibilités et permettant de s'affirmer dans la vie et de parvenir à un statut social et matériel élevé".

Dès cet automne, le Service fédéral de contrôle dans le domaine de l'éducation et de la science procédera à la vérification massive des Instituts privés et des filiales régionales des écoles supérieures de la capitale. "Le financement de l'enseignement doit être conforme aux critères mondiaux les plus élevés, de plus, il ne faut pas oublier les avantages nationaux acquis": cet objectif maximal pour l'école supérieure a été formulé par Vladimir Poutine. Les experts examinent scrupuleusement la qualité de l'enseignement, ainsi que les résultats acquis par les étudiants et l'état sanitaire des bâtiments d'études et des cités universitaires.

Les établissements d'enseignement supérieur qui enfreignent les dispositions des licences doivent être fermés. "Ce ne sera pas une action exceptionnelle, mais une politique conséquente", a souligné Andrei Foursenko. Il est certain que le nombre d'Universités et d'Instituts doit être réduit au cours de la nouvelle année d'études.

D'ailleurs, il se réduit déjà. Ces derniers temps, 15 écoles supérieures ont été privées d'accréditation dans le Sud et le Nord de la Russie, dans l'Oural et en Sibérie, dont deux filiales des Instituts de la capitale.

Une question se pose: quel sera le sort des étudiants de ces établissements d'enseignement ? Le Service fédéral de contrôle dans le domaine de l'éducation et de la science répond que les étudiants ne resteront pas dans la rue. Ils peuvent passer les examens dans d'autres écoles supérieures. Quant aux Universités et aux Instituts malchanceux, ils recevront une chance de se réhabiliter et d'obtenir une nouvelle licence.

Olga Sobolevskaia, commentatrice de RIA-Novosti / 23 juillet 2004