Géorgie : l'oléoduc Bakou - Tbilissi - Ceyhan évitera-t-il la vallée de Borjomi ? (2004)
2013-02-05

Initialement prévu pour une mise en exploitation en 2005, chiffré à un coût de 3 milliards de dollars, dimensionné pour le transport d'un million de barils par jour entre la mer Caspienne et la mer Méditerranée par l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, l'oléoduc voit son coût aménagé à la hausse (3,6 milliards de dollars) et son débit à la baisse (800 000 barils par jour). L'action des écologistes géorgiens interrompt sa construction durant deux semaines. La vallée de Borjomi, parc naturel, abritant des stations climatiques depuis plusieurs siècles et une source d'eau minérale réputée dans toute l'ex-URSS, serait menacée.

Outre une dizaine de pétroliers (dont le chef de file British Petroleum, et Total), la Banque Mondiale, la BERD, 15 banques internationales (dont BNP Paribas, Crédit Agricole, Societé Générale et Banques Populaires) sont parties prenantes. La construction en a été confiée au groupe britannique AMEC, et plus particulièrement à sa filiale française SPIE (Spie Capag Petrofac). Elle fait elle-même appel à une main d'oeuvre internationale (l'indienne Ponch Lloud). La presse française titrait en janvier 2004 : "AMEC SPIE anticipe une reprise dans le BTP grâce à ses chantiers dans le Caucase".

Accepté sous l'ère Chevardnadzé (en décembre 2002), conforté sous l'ère Saakachvili (en janvier 2004), l'oléoduc devrait rapporter 580 milliards de dollars de taxe à l'Etat géorgien sur plusieurs années, soit l'équivalent de son budget 2004. Il lui apporte surtout le soutien inconditionnel des Etats-Unis, à la recherche de sources d'approvisionnement devant les incertitudes du marché (Irak, Venezuela, Russie) et l'envolée du baril à 50 dollars.

En juillet 2004

, une cinquantaine d'institutions (dont Green Alternative et Manana Kochladzé, lauréate du Prix Goldman en avril 2004) intervenaient auprès de la présidence de la République de Géorgie ; elles entendaient non seulement faire sauvegarder le site, mais rappeler les risques existants dans cette zone sismique.

Le 22 juillet

, les travaux étaient interrompus dans la vallée de Borjomi, sur 17 des 1750 kilomètres de tracé.

Le 28 juillet

, Lord Browne, président de British Petroleum, intervenait à son tour auprès de Mikhaïl Saakachvili.

Quelques heures plus tard, Donald Rumsfeld, secrétaire d'Etat américain à la défense, appelait le président géorgien.

Le 7 août

, les travaux reprenaient, après que "les mesures de précaution prévues" aient été confirmées par un groupe d'experts internationaux.

Tamar Lébanidzé, ministre de l'environnement de la Géorgie, et Roussoudane Medzmariachvili, porte-parole de BP-Tbilissi, pouvaient effectuer des déclarations convergentes.

Le 20 août

, cinq policiers étaient blessés à Borjomi lors d'une manifestation demandant un changement de tracé ; deux semaines auparavant une manifestation semblable s'y était tenue.

Le 25 août

, l'Azerbaïdjan organisait un exercice de sécurité sur les ouvrages déjà édifiés, pratique régulière depuis plusieurs mois. Des officiers géorgiens participaient, ils devraient étendre cette pratique à la Géorgie en 2005.

L'équilibre est parfois difficile entre la protection de la nature (le projet de parc naturel national de Borjomi - Kharagaouli soutenu par le WWF et l'Allemagne démarre difficilement), le développement du tourisme (les hôtels, aujourd'hui occupés par les réfugiés géorgiens d'Abkhazie, accueillaient dès le XIXéme siècle l'aristocratie russe) et l'intérêt stratégique que représente l'alliance avec les Etats-Unis. La direction des "Eaux de Borjomi" et le ministre de l'environnement s'étaient opposés à ce tracé en décembre 2002, Chevardnadzé était passé outre. Il est fort probable que Saakachvili n'aie pas d'autre choix.

Mirian Meloua.