Les exercices de l'OTAN en Azerbaïdjan gâchés par le conflit historique entre Arménie et Azerbaïdjan
2004-09-15

Le commandant de l'OTAN-Europe a récemment pris la décision d'annuler les exercices du {"Cooperative Best Effort-2004"}, qui était censé se tenir du 14 au 26 septembre à Bakou.

L'OTAN a expliqué sa mesure par la non-observance du principe d'accessibilité des exercices à tous les pays coopérant avec l'OTAN dans ce programme de la Paix.

Ces exercices s'étaient déjà tenus en Géorgie et en Arménie. Or les autorités d'Azerbaïdjan ont refusé de délivrer des visas d'entrée aux participants d'Arménie. Ce n'est pas l'incident arméno-azéri le plus grave survenu dans le cadre de l'OTAN. Le 19 février 2004, à Budapest, durant un programme de formation de l'OTAN, un lieutenant de l'armée
arménienne avait été décapité durant son sommeil par un officier de l'armée azerbaidjanaise. Bakou avait part de sa douleur, tout en soulignant les effets pervers de la non résolution du conflit du Haut-Karabakh.

Le statu quo actuel autour du devenir du Haut-Karabakh, République autonome à population arménienne, au sein de l'Azerbaïdjan, empoisonne les relations entre ce dernier et l'Arménie, deux pays voisins qui au sortir d'une guerre remportée par l'Arménie n'arrivent toujours pas à établir des relations approfondies. Considérée par l'Azerbaïdjan et plus discrètement par la communauté internationale comme une violation de son intégrité territoriale, ou au contraire terre historique Arménienne par les Arméniens, l'évolution de cette question paralyse l'activité régionale. La présence continuelle arménienne sur ces terres justifie aux yeux de la partie arménienne le droit à l'autodétermination et à la reconnaissance de la République du Haut Karabakh dans le monde. Pour la partie azérie, il s'agit d'une occupation en violation des règles du droit international, ce dernier attirant l'attention sur le principe d'inviolabilité des frontières. Or cet incident diplomatique est la manifestation d'un problème complexe, dont les origines remontent à la fondation de l'URSS, et dont les conséquences sont nombreuses et sources potentielles d'une reprise de la guerre.

L'OTAN et les Etats-Unis font face à une instabilité qui risque de se retourner contre leurs intérêts. Ces derniers travaillent pour la paix dans la région ainsi que pour le libre échange et la facilitation du transfert du pétrole de la Mer Caspienne, où se sont installés de nombreux investisseurs étrangers. Or un nouveau conflit mettrait toutes les installations étrangères en danger de destruction, l'Arménie et le Haut-Karabakh disposant d'une capacité militaire suffisante pour atteindre Baku, à l'extrême ouest du pays. La Russie ne cache pas son aide militaire stratégique à l'Arménie, alliée plus sûre dans une région où le Kremlin semble pour l'instant être en perte de vitesse. Les Etats-Unis sont tentés de faire de même avec l'Azerbaïdjan, mais préfèrent garder une neutralité bienveillante.

Certains officiels azéris de l'armée et de la politique, relayés par des médias offensifs, font régulièrement pression sur les tentatives de règlement pacifique du conflit en menaçant l'Arménie d'une nouvelle guerre, afin de récupérer le Karabakh. Le "groupe de Minsk", structure de l'OSCE, et actuellement gestionnaire du litige arméno-azéri, tente de garder prise sur le règlement, alors que depuis peu sa légitimité est effritée par les anciens belligerants.

Si l'OTAN souhaite pacifier la région, il semble impossible de ne pas régler au préalable la question du Haut-Karabakh. Peut-être une formation tripartite Etats-Unis-Russie-Turquie apportera-t-elle un arbitrage dans les années à venir ?