Interview d'Alexandre-Charles Kiss, président du Conseil européen du droit à l'environnement (2004)
2012-12-11

«Il faut une vision intégrée de l'environnement»



D'origine hongroise, Alexandre-Charles Kiss a longtemps enseigné à l'université de Strasbourg, où des générations d'étudiants se souviennent de lui. Considéré dans le monde entier comme l'un des pionniers du droit international de l'environnement, il est l'auteur en particulier de «l'écologie et la loi : le statut juridique de l'environnement» (ed. L'Harmattan) et, avec Jean-Pierre Beurier, de l'ouvrage «Droit international de l'environnement» (Études internationales). Président du Conseil européen du droit à l'environnement, Directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, co-fondateur de Environnement sans Frontière, il est un acteur essentiel de la société civile dans les questions d'environnement international.



Comment voyez-vous les progrès en matière d'environnement dans les nouveaux pays membres de l'UE ?



La situation est très variable. En matière de directives européennes, des pays comme la Hongrie, la république Tchèque, la Slovénie ne devraient pas rencontrer trop de difficultés. Ils ont en effet ratifiés la Convention de Berne en 1979, qui est à la base de nombreuses directives. Il y a par contre un vrai retard dans les Etats Baltes. En Roumanie, il y a un énorme problème de traitement des eaux usées à Bucarest. Mais les gouvernements de ces pays viennent au droit de l'environnement assez facilement. La première étape de ce droit, la protection de l'environnement, est en place depuis longtemps, parfois même avant la France. La deuxième étape est l'interdiction de produits polluants. On y vient. La troisième sera l'interdiction de certaines activités humaines. Tous ces pays ont besoin des financements de l'union Européenne pour se mettre aux normes.

Quelle est la perception de l'environnement par la société civile des Peco ?



Des associations ont fait du bon travail sur des problèmes particuliers, comme la question du barrage de Gabcikovo (entre la Hongrie et l'ex-Tchécoslovaquie, Ndlr). Mais en général, on ne s'occupe pas tellement d'environnement dans ces pays. Ils cherchent surtout à rattraper leur retard de niveau de vie. Concernant les problèmes de pollution, il y a un progrès sur la pollution de l'air. Une grosse partie de cette pollution provenait de l'utilisation de lignite. Les industries des Peco étaient dans un état déplorable. Mais il reste une question de mentalité, du type «l'homme doit dominer la nature». Des générations de communistes ont vécu dans cette idée, et elle fait la gloire de certains ingénieurs. En Ukraine, par exemple, cette mentalité est perceptible dans le canal vers la Mer Noire. Et des intérêts matériels bien concrets interviennent aussi. Il faut avoir une vision intégrée de l'environnement, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?



Actuellement, je cherche à donner un contenu juridique aux résultats de la conférence de Johannesburg sur le développement durable en 2002. Lorsque j'y étais, je me suis trouvé un peu frustré car on y parlait peu de droit. Quelle est la signification juridique de l'expression «développement durable» dans différents pays? Ou bien comment donner une signification juridique du terme « partenariat »? Il y a des idées que j'ai lancées, qui ont fait leur chemin. Je suis heureux quand on les mentionne sans penser à moi, cela montre qu'elles ont été assimilées.


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