Géorgie : quelle signification à l'élection controversée du nouveau président de l'Abkhazie (octobre 2004) ?
2012-03-12

Raoul Khadjimba

Le 4 octobre à 10 heures 50, la Commission Centrale des Elections de la République d'Abkhazie revenait officiellement sur les informations annonçant la victoire de Raoul Khadjimba. Elle indiquait que les résultats officiels seraient connus dans la soirée. La controverse déclenchée par le principal candidat d'opposition, le nationaliste Sergueï Bagapsh, continuait. Les autorités de Tbilissi l'avait précédée sur la légitimité même du processus.

Depuis 1992, les autorités géorgiennes n'ont cessé de contester la République autoproclamée d'Abkhazie. Aucun pays, aucune organisation internationale ne l'a reconnue.

En 1999, à Istanbul, une conférence de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) jugeait "toute élection présidentielle en Abkhazie inacceptable et illégale" et soutenait l'intégrité territoriale de la Géorgie.

Si les dirigeants abkhazes savent qu'ils ne veulent plus de la Géorgie, ils essaient d'apprendre à vivre avec la Russie.

Au cours de l'été 2004, les touristes russes ont déferlé comme les années précédentes dans les infrastructures et les hôtels appartenant aux nouvelles fortunes russes, dont le maire de Moscou.

En août, Vladimir Jirinovski, le leader politique russe ultranationaliste, venait expliquer aux Abkhazes que s'ils ne votaient pas bien aux présidentielles, leur frontière avec la Russie serait fermée, Il avait accosté dans un bateau rebaptisé pour l'occasion "Soukhoumi", selon la tradition géorgienne et non abkhaze !

Le 29 août 2004, le président Vladimir Poutine a reçu le candidat Khadjimba dans sa résidence d'été près de Sotchi, station balnéaire qui appartint longtemps à l'Abkhazie. Après l'aval du président sortant Vladislav Ardzinba et après le support de l'appareil administratif et médiatique de Soukhoumi, l'ancien premier ministre a pris stature de candidat officiel. Ancien des services russes de sécurité, ancien responsable des services abkhazes de sécurité, premier ministre de l'Abkhazie depuis mai 2003, il avait récemment abandonné ce poste pour se consacrer à la campagne électorale.

Raoul Khadjimba devait déclarer par la suite que "l'Abkhazie resterait définitivement indépendante de la Géorgie et qu'elle était prête à intégrer économiquement la Russie".

Sergueï Bagapsh n'a pas bénéficié de cet honneur. Soutenu par les mouvements d'opposition Amtsakhara et Aitara, à tendance nationaliste, il "encombrait" peut-être, avec ses vétérans de la guerre abkhazo-géorgienne.

Le 8 septembre la voie ferrée Moscou - Sokhoumi était réouverte, avec un prix du billet en roubles difficilement accessible aux Abkhazes.

Le 30 septembre, au stade de Soukhoumi, pour l'anniversaire de l'indépendance de l'Abkhazie, le chanteur "rock" russe Oleg Gamanov a ouvert son concert par un retentissant "Bonjour l'Adjarie", avant de se reprendre "Vous savez pour nous les Russes, tous les peuples du Caucase sont les mêmes. On vous aime".

La corruption et la misère ont soulevé des candidatures d'opposition, l'apprentissage de la proximité russe les a certainement encouragées.

Le 3 octobre 2004

Mikhaïl Saakachvili

a déclaré à la BBC "qu'aucun pays au monde ne pourrait accepter la légitimité de ces élections après le nettoyage ethnique qui a conduit à des milliers de morts et à des centaines de milliers de personnes déplacées". L'électorat abkhaze était annoncé à 120.000 inscrits début 2004, il avait été réajusté à 160-180.000 fin août. Le nombre de personnes déplacées hors Abkhazie, en 1992, avait été évalué à 300.000.

Le 4 octobre 2004,

Goga Khaindrava

, ministre des conflits de la Géorgie a déclaré que "l'élection présidentielle abkhaze était illégitimes, mais que si les positions russes et géorgiennes se rapprochaient, il serait plus facile de négocier avec le prorusse Raoul Khadjimba qu'avec le nationaliste Sergueï Bagapsh".

Le 4 octobre à 13 heures, la

Commission Centrale des Elections

de la République d'Abkhazie a annoncé les résultats officiels :
- Raoul Khadjimba, élu avec 52,8 %,
- Sergueï Bagapsh, 33,5 %,
- Sergueï Shamba, ancien ministre des affaires étrangères, 9,9 %,
- Iakoub Lacoba, 2,7 %,
- Anri Jerguenia, ancien premier ministre, 0,9%.

L'opposition a exprimé son désaccord. Le nombre de suffrage valides, 192.109, était supérieur au nombre prévu d'inscrits. Des partisans de Sergueï Bagapsh ont manifesté devant les bureaux de la Commission et ont demandé un recomptage.

Selon l'administration abkhaze, un quart seulement des Géorgiens résidant dans le district de Gali était enregistré et avait pu voter (ce district est le seul à conserver une majorité ethnique géorgienne - 60 % environ),

Le 4 octobre à 15 heures, la

Commission Centrale des Elections

annonçait que les annonces précédentes étaient annulées suite à la prise en compte de violations de procédures observées dans certains bureaux ; l'annonce définitive était reportée, vraisemblablement en fin de soirée (source médias géorgiens).

S'il est difficilement pensable que le candidat officiel,

Raoul Khadjimba

, ne soit élu en définitive, il est tout aussi impensable qu'une quelconque solution de la question abkhaze puisse voir le jour sans un marchandage entre la Russie et les États-Unis. Ces derniers étant eux mêmes en campagne électorale, il faudra attendre. Goga Khaindrava, pour la Géorgie, a déjà choisi son interlocuteur préféré : Raoul Khadjimba. Reste aux conseillers de Vladimir Poutine et à ceux du futur président américain à trouver des contreparties acceptables. Le concept de Fédération de Géorgie, incluant un État abkhaze pourrait rebondir.