Les jeunes et la Nouvelle Europe
2013-10-23

Compte-rendu du colloque organisé au Sénat le 1er juillet 2004 par l'association "le Pont Neuf".

Mme Bernadette Chirac, en sa qualité de présidente de l'association Pont Neuf, insiste tout d'abord sur l'importance de la solidarité et le rôle des associations face aux individualismes. Elle passe la parole à Michel Barnier, Ministre des Affaires étrangères, qui introduit les tables rondes en Européen convaincu et convaincant, car pour lui l'Europe fait partie de l'acquis de la vie.

Il rappelle que l'appel lancé par Robert Schuman, le 9 mai 1950, s'attachait à construire la paix, et cette promesse a été tenue : partout, le monde est dangereux, sauf en Europe ; l'Européen doit donc être vigilant sans cesser d'être patriote ; l'Europe est un continent dont les limites sont fixées depuis longtemps par la géographie. Il s'agit maintenant de construire un vrai projet politique, marqué par la stabilité. Ce projet est interpellé par le monde d'aujourd'hui, par une société qui évolue ; d'importants défis sont à relever, notamment celui de la démographie, car l'Europe ne représente plus que 7% de la population mondiale contre 12% dans les années 1960.

A partir de La Constitution européenne, publication qui existe déjà de fait, il importe d'ouvrir un débat, pluraliste et républicain, afin d'édifier une « fédération d'Etats nations » - pour rappeler la formulation du Président de la République française, Jacques Chirac -, de relever le défi démocratique en abrégeant la distance entre le projet et le citoyen, d'avoir une politique étrangère commune avec les pays qui entourent l'Europe, notamment faire de la Russie un partenaire privilégié. La dimension humaniste, culturelle doit s'accroître, par l'apprentissage de deux langues étrangères, les échanges universitaires tels ERASMUS et le bénévolat.

Bernard Lecomte, journaliste et historien, modérateur des débats, invite Mme Noëlle Lenoir, ancien Ministre, Présidente de l'Institut européen d'HEC, à prendre la parole, sur « Les jeunes, acteurs de la citoyenneté européenne ». Pour elle, le Pont Neuf est en phase avec l'engagement européen de la France. Il y a un gisement formidable d'adhésion à l'Europe chez les jeunes alors que certains partis politiques ne regardent pas l'Europe avec la sérénité nécessaire ; nous vivons dans une société multiculturelle, ce n'est pas une menace, c'est un mystère. Des programmes européens (ERASMUS, SOCRATE…, ceux d'associations telles Le Pont Neuf…) prouvent que les jeunes sont prêts à conquérir l'Europe. 10 000 stages en Europe ont été lancés par le Ministère des Affaires étrangères ; les Missions locales pour l'emploi ont le désir de sortir de l'hexagone pour élargir leur champ de vision, notamment pour ce qui concerne l'environnement, la santé, la solidarité planétaire, l'égalité entre les hommes et les femmes. Le Portail européen pour la jeunesse montre ce que les jeunes sont prêts à apporter ; le Pont Neuf, grâce à l'implication de sa directrice Sophie Fouace, constitue un véritable point d'appui car les propositions présentées sont concrètes, opérationnelles. La construction de l'identité européenne passe par ce lieu de mémoire qu'est l'Europe, comme en témoigne la célébration du Soixantième Anniversaire du Débarquement.


Des personnalités françaises interviennent. Georges Mink, directeur de recherche au CNRS, ancien directeur du CEFRES de Prague (2001-2003), affirme que les jeunes résistants, anticommunistes de l'Europe de l'Est, ayant vécu un exil intérieur, ont voté l'Europe « avec leurs pieds », plus les jeunes seront engagés dans l'humanitaire, plus ils seront europhiles, plus vite les problèmes tels celui du chômage seront résolus ; l'Europe doit être attractive pour tous, pas uniquement pour des privilégiés.
Pierre Lequiller, Député des Yvelines, Président de la Délégation pour l'Union européenne à l'Assemblée nationale, rend compte des trois tribunes auxquelles ont participé 800 jeunes ; leurs objectifs : solidarité, échanges culturels, intérêts économiques, mais ils oublient le mot Paix ; les pays n'ont pas envie de perdre leur indépendance, il y a un énorme effort pédagogique à faire dans les collèges, les lycées, pour « donner flamme » à l'idée européenne, dégager le sentiment, la fierté d'être Européen tout en coopérant avec les autres pays voisins, tels ceux de la Méditerranée ; l'Europe a vocation à jouer un rôle d'équilibre dans les conflits internationaux.

Pour Dominique Reynie, Professeur des universités, Directeur de l'Observatoire interrégional du politique, en faisant des études, on devient de fait pro-européen ; l'éducation est ce que l'Europe fait de mieux, notamment dans la formation des élites ; au-delà, il y a une attente majeure des jeunes qui est celle de repenser la solidarité, penser la justice sociale dans le temps, accepter de mettre en place une société égalitaire pour ceux qui vivront dans l'Europe.

Richard Descoings, directeur de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, conforte ses propos : il faut mettre l'école au cœur des projets éducatifs dans chacun des pays de l'Union sinon nous risquons de déconstruire l'Europe de demain. Edmond Viviand, Directeur des Actions et de la Coopération internationale de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris, évoque de nouveaux horizons pour l'emploi, l'espoir d'une reprise de la croissance économique et d'un équilibre, à condition que les règles soient acceptées par tout le monde ; l'économie libérale marchera quand les tribunaux de commerce fonctionneront dans tous les pays de l'Union. Philippe Ryfman, professeur associé à l'Université de Paris I, directeur du DESS Développement, Coopération internationale et Action humanitaire, confirme que l'Europe possède la culture de l'engagement ; c'est elle le premier contributeur mondial pour l'aide humanitaire. Le Tchèque Marcel Drlik, pédiatre, ancien boursier du Pont Neuf, médecin humanitaire en Centre-Afrique, parle de son expérience qui émeut les participants, ajoutant que « l'Afrique a besoin de quelqu'un qui chemine auprès d'elle ».


Des jeunes, venant de Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie, certains boursiers du Pont Neuf, confortent ou contrebalancent leurs propos. Jaromir Levicek, membre de la Représentation de la Commission européenne en République tchèque, pense qu'il faut légitimer davantage l'Union européenne auprès des jeunes, les attirer vers la fonction publique. Dominika Tomaszewska, Polonaise, doctorante à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, déplore que le militantisme européen des jeunes soit bloqué dans son pays par les partis politiques qui empêchent leur entrée, alors que les jeunes qui connaissent les institutions constituent une réelle valeur ajoutée en apportant leur contrat de compétence, leur rôle de conseil, tant auprès des élus locaux que nationaux. Borbala Balla, Hongroise, étudiante à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, énonce les opportunités d'éducation en Europe, rappelle la Déclaration de Bologne de 1999 qui harmonise les cycles de l'enseignement supérieur. Peter Karandysovsky, Slovaque, diplômé du CELSA (Ecole des Hautes Etudes en sciences de l'information et de la communication de la Sorbonne-Paris IV), montre que sa formation à l'étranger a été une opportunité pour son intégration professionnelle dans l'Usine Peugeot-CSA de Trnava, en ajoutant que les Français ont trouvé sur place une main-d'œuvre hautement qualifiée.
La Russe, Maria Frolova, Secrétaire générale du Club du CEPII (Centre d'études, de perspectives et d'informations internationales) pense que la culture doit être un moteur très puissant dans les échanges bilatéraux, les projets éducatifs, entre la Russie et l'Europe ; que la mobilité des jeunes doit être favorisée. Cette entreprise commune est à sa phase de réflexion. Notons une intervention remarquée de l'assistance, celle de Marianna Zentchenko-Lankaya qui souhaite la création d'un théâtre européen.
Madame Jacques Chirac conclut qu'il est nécessaire de saisir la réalité de cette nouvelle Europe avec ces espoirs, ces bâtisseurs de foi.

Danièle Monmarte, Vice-Présidente du COLISEE