Histoire du conflit arméno - azerbaïdjanais à propos du Haut-Karabagh
2004-07-23

Le Caucase a été le théâtre, au cours des siècles, de nombreux mouvements de population, qu'il s'agisse d'immigration "naturelle" ou de "déportation", ce qui explique l'histoire tourmentée des Etats de cette région formellement reconnus par la communauté internationale. Mais il est un fait avéré que l'implantation massive des Arméniens dans le Haut Karabagh est assez récente. Elle est en grande partie la conséquence de l'inclusion du Khanat (division administrative de l'Empire ottoman) du Karabagh dans l'Empire russe par les traités de Gulistan en 1813 et de Turkmenchai en 1828. La Russie tsariste a conduit une politique d'installation de colons arméniens dans la région. D'abord minoritaires, ceux-ci sont devenus peu à peu majoritaires dans ce territoire, à l'exception du district de Shousha (91, 7 % d'Azéris lors du recensement de 1989). En 1910, d'après les données officielles russes, les Azéris formaient 79 % de la population (64 % en 1917). Ils n'étaient plus que 21, 5 % en 1989.

Peu avant l'éclatement de l'URSS, à la faveur de la PerestroÏka ambiante, des mouvements séparatistes ont fait surface dans tout le Caucase, et en particulier en Arménie, au Haut Karabagh et au Nakhichevan (où vivaient et où vivent encore des communautés arméniennes. Au moment de l'éclatement de l'Union soviétique, la Russie, voyant qu'elle ne pouvait pas contrôler l'Azerbaïdjan, s'est lancé d'une manière plus active aux côtés des Arméniens, en les soutenant politiquement et militairement.

Chronologie rapide du conflit



Les points de repère chronologiques ci-après ont été établis sous la responsabilité du Colisée, sur la base :
- De deux documents officiels émanant respectivement de la République d'Azerbaïdjan et de la République autoproclamée du Haut Karabagh
- De recoupements avec des sources indépendantes

1987



Au cours du dernier trimestre, un certain nombre d'arméniens commencent à demander le rattachement de la Région autonome du Haut Karabagh (NKAO) à la R.S.S. d'Arménie

1988



Janvier-février.

Importantes manifestations dans les deux pays, à Erevan pour demander le rattachement du Haut-Karabagh à l'Arménie, et à Bakou et Soumgaït pour affirmer que le Haut-Karabagh "est partie intégrante de l'Azerbaïdjan".

28-29 février.

Massacre d'arméniens à Soumgaït (ville d'Azerbaïdjan située à quelques kilomètres de Bakou). Cet événement précipitera le conflit. La partie arménienne attribue la responsabilité de ce massacre aux Azerbaïdjanais, ce que nie le gouvernement de Bakou. De nombreux indices incitent à y voir la main du KGB russe et de certains extrémistes, dans le but de justifier le séparatisme arménien.

28 Mars.

Le Soviet suprême de l'URSS refuse la demande de réunification du Karabagh à l'Arménie et adopte des réformes socio-économiques, éducatives et culturelles pour la région autonome du Haut Karabagh pour la période 1988-1995

Novembre.

Par peur ou par force, plusieurs centaines de milliers de personnes quittent l'Arménie et l'Azerbaïdjan dans les deux sens. Chacune des parties en présence parle de "déportation" ou de "pogroms".

1989



Toute l'année est marquée par des actions armées que les Azerbaïdjanais qualifient de "terrorisme" et les Arméniens de "résistance".

12 Janvier.

La commission du Soviet de l'URSS qui s'occupe du problème du Haut Karabagh décide de donner au NKAO un statut administratif spécial directement rattaché à Moscou.

Août.

Début du blocus imposé par l'Azerbaïdjan à l'Arménie et au Haut Karabagh.

28 Novembre.

Le Soviet suprême de l'URSS annule le statut administratif spécial du NKAO.

1er Décembre.

Les parlements d'Arménie et du NKAO décident, durant une séance commune de proclamer le rattachement du Haut Karabagh à l'Arménie.

1990



Des opérations de guérilla se poursuivent durant toute l'année.

15 Janvier.

Le Soviet suprême de l'URSS proclame l'état d'urgence dans le Haut Karabagh. En même temps, il envoie des troupes pour "calmer les agitations anti-arméniennes" en Azerbaïdjan.

20 janvier.

Les troupes soviétiques entrent à Bakou, et font 124 morts et 737 blessés selon la partie azerbaïdjanaise. Ce jour, aujourd'hui encore, est célébré comme une journée de deuil.

27 Août.

Le parlement d'Azerbaïdjan dissout la région Autonome du Haut Karabagh.

1991



2 septembre.

Auto-proclamation de la "République du Haut-Karabagh" par la séance commune du Conseil régional de Chahoumian et du Conseil de département de la Région autonome du Haut Karabagh. Les frontières du nouvel Etat correspondent aux frontières de l'ancienne région Autonome du Haut Karabagh et de la région de Chahoumian. Cette déclaration sera confirmée le 6 janvier 1992 par le "Parlement" élu le 28 décembre 1991.

10 décembre.

99 % des Arméniens du Haut-Karabagh se déclarent par référendum en faveur de l'indépendance du territoire.

1992



Nuit du 25-26 février.

Khojaly (petite ville de 7.000 habitants du Haut-Karabagh), massacre de centaines d'Azerbaïdjanais par les troupes arméniennes, qualifié par Human Rights Watch de "plus grand massacre dans l'histoire du conflit " (800 morts selon la partie azerbaïdjanaise, dont des femmes et des enfants).

Mai.

Les districts de Shousha et de Latchin, peuplés en grande majorité d'azerbaïdjanais et situés en dehors du territoire du Haut-Karabagh tombent aux mains des forces arméniennes, opérant ainsi la jonction avec l'Arménie.

Juin - septembre.

Discussions sous l'égide du "groupe de Minsk" créé par le CSCE (Conseil de Sécurité Commune en Europe) pour trouver une solution au conflit.

Juin - octobre.

Une contre - offensive des forces armées de l'Azerbaïdjan leur assure le contrôle d'une grande partie du territoire du Haut Karabagh. A partir du 18 août, elles exercent une pression militaire intense sur les positions arméniennes (notamment bombardements aériens massifs et constants) et un blocus alimentaire qui dureront jusqu'au cessez-le-feu du 12 mai 1994.

Août.

Robert Kotcharian devient le président du Comité d'Etat à la Défense (instance suprême) de la "République du Haut Karabagh".

Octobre.

Le Congrès américain, sur pression de la diaspora arménienne, adopte la résolution 907 de l'Acte de la Liberté interdisant toute aide publique à l'Azerbaïdjan.

1993



21 Janvier.

Le Parlement européen vote une résolution caractérisant le blocus exercé par l'Azerbaïdjan sur l'Arménie et le Haut Karabagh de "violation des droits de l'Homme".

3 février.

Les forces militaires russes lancent une attaque sur la partie Nord du front.

3 avril.

La région de Kelbadjar tombe aux mains des forces du Haut-Karabagh qui, de ce fait, contrôle entièrement la bande de territoire entre l'Arménie et le Karabagh.

30 avril.

Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 822 exigeant le retrait par la partie arménienne des territoires occupés.

Eté.

Les forces du Haut Karabagh prennent le contrôle d'un certain nombre de zones autour du territoire, dans le but "d'établir un cordon de sécurité". Plusieurs centaines de milliers d'azerbaïdjanais sont chassés de leurs foyers.

29 juin.

2ème résolution du Conseil de sécurité de l'ONU (n° 853)

21-28 septembre.

Négociations à Paris, dans le cadre du groupe de Minsk du CSCE.

Octobre.

Election de Heydar Aliev comme président de la République d'Azerbaïdjan.

11 novembre.

Résolution n° 884 du Conseil de sécurité exigeant un cessez-le-feu et le retrait unilatéral des forces du Haut Karabagh du territoire azerbaïdjanais.

10 décembre.

Les forces arméniennes lancent un assaut sur le district azerbaïdjanais de Beylagan (qui sera repris par la suite)

1994



4-12 mai.

Les accords de Bichkek entérinent le cessez-le-feu entre Azéris, Arméniens et représentants Karabaghsis, avec la médiation du CSCE et de la Russie.

5-6 décembre.

Sommet de Budapest, qui transforme le CSCE en OSCE. Il établit un système de co-présidence du "groupe de Minsk" : Etats-Unis, Russie.

22 décembre.

Robert Kotcharian est élu pour deux ans président de la "République du Haut-Karabagh" par le Parlement de Stepanakert.

1995



Mai-décembre.

Série de négociations dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE.

1996



Juin - novembre.

Poursuite des négociations.

2-3 décembre.

Sommet de Lisbonne de l'OSCE. Trois principes sont adoptés par 53 états participants, à l'exclusion de l'Arménie :
- L'intégrité territoriale de la République arménienne et de la République azerbaïdjanaise
- La définition d'un statut légal du Haut Karabagh lui conférant le plus haut degré possible d'autonomie dans le cadre de l'Etat Azerbaïdjanais
- Des garanties de sécurité pour le Haut Karabagh et sa population

1997



Les négociations se poursuivent toute l'année. Elles butent notamment sur le refus par la partie arménienne de la résolution du sommet de Lisbonne.

14 février.

La France devient le troisième co-président du Groupe de Minsk de l'OSCE.

20 mars.

Robert Kotcharian devient premier ministre d'Arménie. L'intérim de la présidence de la "République du Haut Karabagh" est assuré par Léonard Petrossian.

1er septembre.

Arkadi Ghougassian est élu président de la "République du Haut-Karabagh".

23-24 septembre.

Au cours d'une visite des co-présidents du Groupe de Minsk à Bakou, est présentée la proposition d'un règlement du conflit "étape par étape". Les autorités de Bakou acceptent cette proposition, ainsi que le président de l'Arménie, Lévon Ter Petrossian, ce qui lui vaudra de démissionner quelques mois plus tard.

1998



2-3 février.

Démission du président d'Arménie, Levon Ter Petrossian, sous la pression des ultra-nationalistes. Il est remplacé par Robert Kotcharian, lors de l'élection présidentielle du 30 mars.

13-17 mai.

Visite des co-présidents du Groupe de Minsk dans la région. L'Arménie confirme officiellement son désaveu de la position prise par le président précédent et appuie l'idée d'un règlement global sans conditions préliminaires.

8-10 novembre.

Les co-présidents du Groupe de Minsk présentent, sur proposition de la Russie, un nouveau plan de règlement du conflit, fondé sur le principe d'un "État commun" entre l'Azerbaïdjan et le Haut-Karabagh. Ce concept, qui ne correspond, pour le moment, à aucune réalité concrète dans le monde se rapproche de la notion de confédération. Il a été accepté par la partie arménienne, dans la mesure où il confère au Haut-Karabagh un statut proche de l'indépendance et a été rejeté, pour cette même raison, par l'Azerbaïdjan. Bakou continue de s'appuyer sur les propositions des coprésidents du Groupe de Minsk du 19 septembre 1997, prévoyant un réglement "étape par étape".