Les Bulgares de Macédoine tiennent à faire entendre leur voix
2004-10-16

Pour Ljubco Kurtelov, libraire à Ohrid, {« dans la Yougoslavie de Tito, on pouvait être tsigane et valaque, mais pas bulgare »}. Les Macédoniens se définissant Bulgares demandent un engagement plus soutenu de Sofia, alors que la perspective de l'adhésion européenne rend le passeport bulgare terriblement attractif...

S : Les Bulgares en Macédoine sont-ils unis ?



LK : Goce Delcev a écrit dans une lettre à son compagnon Malesevski que notre faiblesse héréditaire, à nous autres Bulgares, c'est que nous nous unissons difficilement autour d'une idée commune. Il y a déjà beaucoup d'organisations bulgares en Macédoine. Mais chacune déploie ses activités à sa manière et va son propre chemin. Or, c'est dommage, car les Bulgares en Macédoine, à la condition de s'unir, pourraient devenir une force douée d'une sérieuse influence sur le développement politique, culturel et économique du pays.

S : Êtes-vous satisfait de la politique de la Bulgarie vis-à-vis du problème des Bulgares en Macédoine ?



LK : Je ne dirais pas que je suis particulièrement satisfait. Les gouvernements bulgares n'ont pas de politique envers la Macédoine et plus particulièrement en vue de la défense et de l'aide aux gens qui se sont déclarés bulgares, et qui sont désormais des dizaines de milliers. À Sofia, des personnalités politiques à hautes responsabilités me disent que le principal but stratégique de la Bulgarie jusqu'au début de 2007, c'est l'UE. Or, une des conditions posées par l'Union Européenne, c'est qu'il n'y ait pas de différends fondamentaux avec les pays voisins. Tout renforcement des activités de la Bulgarie en Macédoine pourrait soi-disant se transformer en problème fondamental. Mais il y a des choses qui peuvent être faites dès maintenant, et sans que cela génère de problèmes.

S : Lesquelles par exemple ?



LK : Prenons la question de l'obtention plus facile et rapide de la nationalité bulgare. En ce moment, les déposants des demandes attendent entre 15 et 16 mois. Cela pourrait se faire plus rapidement si au lieu d'octroyer la nationalité bulgare, on réintégrait les personnes dans leur nationalité d'origine. Les pères et grands-pères des jeunes générations en Macédoine ont été citoyens bulgares entre 1941 et 1944. Cette nationalité leur a été enlevée de manière peu démocratique après la restitution de la Macédoine à la Yougoslavie.

Nous voudrions que le nombre de bourses pour les étudiants de Macédoine dans des universités bulgares soit augmenté, et qu'ils n'aient pas à verser les frais d'inscription exigés de la part des étudiants étrangers. Il n'est pas logique que la Bulgarie et nous-même affirmions que "« Macédonien » est un synonyme de « Bulgare », et que pourtant vous demandiez les même frais d'inscription que pour un Grec ou un Africain. Il est nécessaire que la Bulgarie consacre plus d'efforts à la construction du Corridor 8, avec un chemin de fer et une autoroute. Ce couloir, outre qu'il développera les relations économiques, contribuera au renforcement des contacts proprement humains. Sofia et Skopje se trouvent à 200 km l'une de l'autre, c'est-à-dire autant qu'entre Sofia et Stara Zagora, mais le voyage est extrêmement pénible. La Bulgarie doit faire tout le nécessaire pour que la radio et la télévision nationales puissent être écoutée et regardée en Macédoine : pour le moment, on ne reçoit que jusqu'à Gjuesevo. De même qu'il faudrait que des journaux bulgares soient vendus ne serait-ce que dans les grandes villes de Macédoine. Rien de ce que je viens d'énumérer ne pourrait susciter de problème fondamental avec le pouvoir à Skopje, qui puisse entraver l'entrée de la Bulgarie dans l'UE. (...)

S : Quel est votre plus grand rêve ?



LK : Une Macédoine libre et indépendante, un État pour la population majoritairement bulgare. Je suis persuadé que sinon moi, du moins mes enfants connaîtront cet État un jour.


Propos recueillis par Virginia Stoyanova

- Extraits d'un article du journal Standart, publié le 22 septembre 2004
- Traduction Athanase Popov
- Mis en ligne le 3 octobre 2004 par Courrier des Balkans

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[URL : http://www.balkans.eu.org/article4629.html]