Moldavie : le système éducatif en Transnistrie (octobre 2004)
2011-12-06

De façon générale, les écoles sont russes. Les enfants, qu'ils soient russophones ou non, doivent apprendre au choix le moldave ou l'ukrainien. Par la suite, ils peuvent apprendre une langue étrangère (au choix) : l'anglais, l'allemand ou le français. Il existe aussi des écoles ukrainiennes et des écoles moldaves. Néanmoins, plus de 11.000 enfants, sur une population totale de 79.000 écoliers, seraient admis dans des écoles moldaves.

Conformément à la réglementation locale, l'utilisation de l'alphabet latin dans tout document ou toute publication est rigoureusement interdite et sévèrement punie. Une loi adoptée en 1992 par le régime prévoit l'utilisation exclusive de caractères cyrilliques pour transcrire le moldave (roumain). En 1994, l'enseignement utilisant l'alphabet latin a été interdit. Cette politique réduisait néanmoins le droit reconnu de la population moldave d'apprendre sa langue maternelle et d'utiliser l'alphabet latin. C'est un peu comme si on obligeait des enfants francophones à apprendre et à écrire leur langue en alphabet cyrillique ou arabe! Du point de vue moldave, plus de 35.000 enfants se sont ainsi vu refuser le droit de faire leurs études en moldave en utilisant l'alphabet latin, et selon les programmes élaborés en république de Moldavie. Mais plusieurs écoles ont «triché» et ont enseigné l'alphabet latin à leurs élèves. C'est que les fonctionnaires chargés de vérifier l'enseignement dans les écoles moldaves ont découvert aussi qu'on aurait appris aux élèves à «haïr les Russes» et, dans une moindre mesure, les Ukrainiens; les Slaves seraient alors considérés par les Moldaves comme des «peuples de peu d'importance qu'on doit éliminer». Le mot russe doit être compris «comme créature vile qui n'a pas le droit d'existence». Il semble qu'on apprenait dans les écoles moldaves de Transnistrie l'histoire de la «Grande Roumanie» et qu'on s'apitoyait sur le régime d'Ion Antonescu (1940-1944), le Conducator qui a fait entrer l'armée nazie en Roumanie. Cet «ultranationalisme autochtone» fut mal perçu par les Russes transnistriens. À l'été 2004, le gouvernement a sévi : les six écoles moldaves récalcitrantes, qui ont fonctionné sans permis, ont été fermées (pour 3400 écoliers). Selon les russophones, il s'agit encore d'une occasion pour les Moldaves de «pleurnicher une fois de plus sur leurs droits». Le ministère de l'Éducation nationale de la République moldave de Transnistrie a déclaré que le gouvernement ferait tout qu'il peut pour intégrer ces établissements d'enseignement dans le dispositif légal de la République.

Il n'en demeure pas moins que la plupart des élèves moldaves n'ont pas la possibilité d'apprendre la langue officielle du pays; il faut dire que pour les russophones, la Moldavie n'est pas considéré comme leur «pays» : la Transnistrie, oui. Les enfants moldaves de Transnistrie n'apprennent partiellement le moldave que dans huit établissements scolaires sur près de 80. De plus, les maternelles, les écoles, les collèges et les lycées manquent de matériels pédagogiques adéquats. La Russie a offert de fournir gratuitement des manuels russes aux élèves moldaves : il s'agit d'anciens volumes publiés avant l'effondrement de l'URSS et destinés à l'origine aux Roumains !

Les élèves moldaves qui terminent leurs études secondaires de la Transnistrie se heurtent à de sérieux obstacles lorsqu'ils désirent ensuite être admis dans des établissements d'enseignement supérieur, car l'enseignement dispensé en moldave dans les rares écoles transnistriennes ne peut leur permettre d'atteindre un niveau de connaissances comparable à celui qui est donné sur le territoire administré par les autorités constitutionnelles de la république de Moldavie.

Néanmoins, certains parents ont réussi à déjouer ce qu'ils appellent la «répression slave» (expression consacrée pour désigner la propagande russe) dans un petit nombre d'écoles primaires où la langue moldave basée sur l'alphabet latin est enseignée. Évidemment, la plupart des élèves moldaves ne peuvent exercer leurs droits en matière de langue d'enseignement.

Enfin, il existe une université russe en Transnistrie : la Pridnestrovskii Universitet (l'Université étatique de Transnistrie). Dans la langue courante, elle est simplement appelée l'«Université». Elle offre des cours de russe, d'ukrainien, de moldave et d'anglais.

Source : Université de Laval (Québec) : [URL : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/EtatsNsouverains/Transnistrie.htm]