Travailler avec les Slovènes
2004-10-17

Avec ses 20.256 km2 et ses deux millions d'habitants, la Slovénie fait partie des dix plus petits pays de l'Europe géographique. Elle est pourtant le meilleur élève de la classe des dix nouveaux pays membres de l'Union. À l'agitation pressée des uns, les Slovènes préfèrent la tranquillité. Ils ont donc intégré les normes communautaires à leur économie en suivant un programme très progressif. Rien d'étonnant de la part de ces « latinos-germaniques ». Avec leur quatre frontières (Hongrie, Autriche, Italie et Croatie), les Slovènes ont une mentalité complexe, qui se ressent évidemment dans la vie professionnelle. « Au début, j'avais l'impression d'être avec des Allemands », raconte Nicolas Lekiwi, superviseur de chantier pendant un an pour une entreprise française à Maribor. « Les managers travaillent avec de la méthode. Les Français par exemple improvisent beaucoup, ils disent toujours « on verra » et puis ils oublient. Les Slovènes exigeront une réponse et ne te lâcheront pas », poursuit-il. Même impression pour Walter Drescig, un Belge installé à Ljubljana depuis 2 ans. Il y représente des entreprises wallonnes. « Dans une négociation, l'interlocuteur slovène est assez germanique dans son comportement, les débats sur les prix sont âpres par exemple. Mais cela reste toujours correct ». Méthodiques, les Slovènes sont rigoureux, respectueux de leur hiérarchie et des procédures à suivre. « Cela est parfois handicapant, car les lourdeurs administratives sont énormes ! », s'exaspère Nicolas Lekiwi, « c'est le plus gros problème en Slovénie. Si vous avez mis un tampon rond au lieu d'un tampon carré sur un papier, l'administration vous le renvoie et cela prend encore un temps fou ». « Mais j'étais à Maribor près de la frontière autrichienne, c'est sûrement très différent à la frontière italienne », précise-t-il. Slaves du sud, les Slovènes sont très fortement influencés par les cultures avoisinantes. « Au début, ils sont discrets et réservés et puis les premiers contacts passés, ils sont ouverts et chaleureux », ajoute Walter Drescig.

Trois langues, sinon rien !



La conséquence directe de ce multiculturalisme est le multilinguisme. « En plus du slovène, les gens parlent habituellement au minimum trois langues », explique Walter Drescig. Au choix : le serbo-croate, l'italien, le hongrois, l'autrichien et évidemment, l'anglais. Un bon niveau de langue qui facilite grandement les relations professionnelles avec les étrangers. En effet, ce multilinguisme concerne tous les milieux sociaux. « Sur une équipe de douze ouvriers de chantiers, seulement deux ne parlaient pas anglais, mais allemand », confirme Nicolas Lekiwi. Et de préciser : « Les relations humaines sont donc bien meilleures que lorsqu'il faut passer par un interprète. C'est une des raisons pour lesquelles travailler avec les Slovènes est vraiment sympathique ».

Toute nouvelle dans l'Union européenne, la Slovénie a été indépendante pour la première fois il y a dix ans. Ancien État membre de l'ex-Yougoslavie, l'influence de l'économie socialiste de Tito est encore présente dans le pays. Chez les Slovènes, la culture et l'éducation est en effet très importante. « Cela est dû au fait que la scolarisation a toujours été gratuite et accessible à tous », éclaircit Walter Drescig. En 1948, Tito a en outre autorisé, même de manière limitée, la libre entreprise. Ce qui explique la facilité avec laquelle les Slovènes sont entrés dans l'Europe par rapport aux autres pays de l'Est.

La journée commence tôt et finit… tôt ! S'il y a bien un élément vraiment symbolique de l'époque socialiste, ce sont les horaires de travail. Ouvriers ou employés de bureau, les différences ne sont pas grandes. Une journée de travail commence aux environs de 7 h 30 et se termine vers 16 heures. Pour un total de 40 heures par semaine. « Cette faible différence d'horaire entre le début du travail ouvrier et le début du travail salarié dérive d'une volonté politique de l'ancien régime où le chômage n'existait pas, pour permettre aux couples un horaire de début et de fin de travail assez rapproché. », raconte Walter Drescig. « Et puis, cela permettait aux gens d'avoir un deuxième travail pour arrondir les fins de mois, les salaires n'étant pas très élevés avant l'indépendance », ajoute Maja Meh, une interprète slovène. Mais si les Slovènes aiment parler de l'Europe, ils n'aiment pas tellement qu'on les « place dans le contexte de la désintégration de l'ex-Yougoslavie », affirme Walter Drescig.

Clémentine Forissier

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