Ukraine : les tensions entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe (2003)
2013-11-19

À l'occasion d'un voyage à Rome, le cardinal Lubomyr Husar s'est exprimé dans l'hebdomadaire Famiglia Cristiana : "La thèse de l'Église orthodoxe russe est que, pour être de bons Russes, il faut être orthodoxe. Et ils tiennent le même discours pour l'Ukraine qui, disent-ils, 'a toujours été orthodoxe'. Mais nous, gréco-catholiques, nous sommes plus de 4,5 millions de personnes et nul ne peut nier que nous soyons de bons Ukrainiens".

Pour le cardinal, la seule existence des Gréco-catholiques "fait tomber la prétention d'identification culturelle et confessionnelle" et l'objectif de Moscou est d'éliminer "tout ce qui fait obstacle à la réunification politique ou religieuse de l'Ukraine à la Russie". Selon lui, "la Russie ne parvient pas à se considérer comme une grande nation, comme un 'empire', sans l'Ukraine. Il en va de même pour l'Église orthodoxe russe", souligne-t-il, en précisant que sur les 19.000 paroisses qui dépendent du patriarcat de Moscou, plus de 9.000 se trouvent sur le territoire ukrainien.

Le cardinal Lubomyr Husar précise enfin qu'une partie de son rôle consiste à "tenter d'apporter de la moralité dans la vie sociale et politique avec des documents, des actions et des prédications". Il affirme cependant avoir «refusé» de signer un document présenté par le gouvernement et qui dénonçait l'opposition politique. Cette dernière est accusée de vouloir renverser le système. Aucun autre représentant religieux aurait refusé de signer cette déclaration.

Réactions orthodoxes



Après le passage du cardinal Husar, des informations avaient circulé sur une nouvelle demande du cardinal ukrainien d'être élevé au rang de patriarche et de transférer son siège de Lviv à Kiev, à l'est du pays.
Pour Kirill de Smolensk, "s'ils créent un tel patriarcat, cela voudrait dire que l'Église catholique installe un patriarcat contre celui qui existe déjà". C'est à Kiev qu'est en effet installé le siège du métropolite Vladimir, représentant du patriarcat orthodoxe de Moscou en Ukraine. C'est aussi le siège de Philarète qui est à la tête de la juridiction ukrainienne orthodoxe du patriarcat de Kiev, indépendante de Moscou.

Tout en affirmant que le fait d'ériger un tel patriarcat "remettrait en question la légitimité du patriarcat orthodoxe", le métropolite Kirill a ainsi souligné que "cette structure absolument nouvelle entrerait en confrontation directe avec l'Église orthodoxe".

Interrogé par l'agence KNA sur une issue éventuelle du conflit entre les deux Églises, Kirill de Smolensk a souligné "qu'à Rome, on saisit très bien l'état de la situation actuelle. Je crois donc que nous allons trouver une solution et que nous pourrons délier les nœuds qui se sont malheureusement liés".

Nouveaux obstacles



Ils sont apparus depuis le début de l'année 2003. D'abord, des dirigeants orthodoxes d'Ukraine ont mis en garde le Vatican sur les conséquences négatives qu'aurait le déplacement du siège de l'Église catholique d'Ukraine de Lviv à Kiev. Ces orthodoxes y voient une provocation, Kiev étant pour eux la "mère des villes russes".

Le projet de déplacer le siège de l'Église catholique ukrainienne dans la capitale, ce qui implique la construction d'une cathédrale sur les rives du Dniepr, est pour les responsables orthodoxes "l'évidence que l'expansion catholique à l'est continue". Le père Georgy Kovalenko, porte-parole d'une Église orthodoxe, associe l'initiative des catholiques au phénomène des uniates, ces Églises orientales catholiques mal perçues par le reste de l'orthodoxie.

Les Églises orthodoxes locales estiment que leur territoire canonique et historique va de la mer Baltique à l'océan Pacifique. Le surnom de "mère des villes russes" attribué à Kiev vient qu'elle fut le lieu ou en 988 celui qui deviendra saint Vladimir acceptait le christianisme. Cette ville occupe ainsi une place privilégiée dans l'histoire de l'orthodoxie.

Ensuite, le pape Jean-Paul II a donné son accord à la création de l'exarchat archiépiscopal d'Odessa-Krym, en Ukraine, et a nommé à sa tête le père Vastyl Ivasiuk, 43 ans. Le nouvel exarchat (administration territoriale) regroupe cinq régions du sud-est de l'Ukraine avec une population de 8,7 millions d'habitants dont près de 700.000 catholiques. Son siège se trouve à Odessa.

Sans plus attendre, l'Église orthodoxe dépendant du patriarcat de Moscou a qualifié de "provocation" la décision du pape Jean-Paul II.
"Le Vatican se comporte de façon provocante", a dit le porte-parole de cette Église, Vassili Anissimov. Il souligne que l'Église orthodoxe est "inquiète" de l' "expansion uniate" en Ukraine.

Selon lui, l'Église catholique "n'aurait pas dû créer cet exarchat sur les territoires canoniques de l'Église orthodoxe sans mener au préalable des consultations avec la confession dominante" orthodoxe.

(AFP, 28 et 29/07/2003 ; APIC, 27 et 28/11/2002, 15/04/2003 ; 28 et 29/07/2003 ; SOP, 01/2003)

Source : AED - Info

Pour aller plus loin :[URL : http://www.aed-france.org/observatoire/pays.php?id=35]