Slovénie : Les résultats des législatives d'octobre 2004
2004-10-21

La Coalition Slovénie qui regroupait la principale formation d'opposition, le Parti démocrate (SDS), et Nouvelle Slovénie (NSi), a remporté d'une courte tête les élections législatives qui se sont déroulées en Slovénie le 3 octobre.

Le Parti démocrate arrive en tête du scrutin, recueillant 29,13 % des suffrages, soit 13,3 points de plus que lors des dernières élections législatives du 15 octobre 2000. Son partenaire au sein de la coalition, NSi, obtient 8,90 % des voix. À elles deux, ces deux formations remportent trente huit sièges, soit un de plus que les trois partis de la coalition gouvernementale sortante. En effet, le Parti libéral démocrate (LDS) au pouvoir, et pourtant en tête dans toutes les enquêtes d'opinion pré-électorales, recueille 22,82 % des suffrages -13,5 points de moins qu'il y a quatre ans-, la Liste unie des sociaux-démocrates (ZLSD) obtient 10,20 % des voix et le Parti démocratique des retraités (DeSUS) passe tout juste la barre des 4 % de suffrages obligatoires pour être représenté au Parlement, 4,01 % des suffrages. À elles trois, les formations de la coalition gouvernementale, qui enregistrent toutes un recul par rapport aux précédentes élections législatives d'octobre 2000, remportent donc 37 sièges, soit un de moins que la Coalition Slovénie.

Avec 6,30 % des suffrages, le Parti national (SNS), progresse de 2,2 points et gagne, deux sièges supplémentaires (6) tandis que le Parti populaire (SLS) enregistre un recul, obtenant 6,82 % des voix (- 2,7 points) et perdant deux de ses neuf sièges. Enfin, le Parti de la jeunesse (SMS) ne parvient pas à atteindre la barre des 4 % de suffrages exprimés obligatoires pour être représenté au Parlement et perd les quatre sièges qu'il détenait dans le Parlement sortant.

La participation est en net recul par rapport à l'année 2000, s'élevant à 60,27 %, soit 9,63 points de moins qu'il y a quatre ans. Comme l'avaient prévu les analystes politiques avant le scrutin, il semble bien que cette faible participation ait profité aux forces d'opposition, dont les électeurs ont été plus motivés et plus disciplinés, permettant au Parti démocrate et à Nouvelle Slovénie de s'imposer.

« Ce soir, la Slovénie emprunte une nouvelle route. Nous sommes convaincus qu'à partir d'aujourd'hui, rien ne sera plus pareil » a déclaré le leader du Parti démocrate, Janez Jansa, à l'annonce des résultats. « Nous n'utiliserons pas la confiance des électeurs pour tout changer dans le pays. En devenant membre de l'Union européenne et de l'OTAN, la Slovénie a en quelque sorte passé un examen et ce nouveau passage exige une nouvelle politique. Nous allons transformer la politique d'exclusion ayant caractérisé les douze dernières années en politique englobant tous ceux qui souhaitent aider le pays » a-t-il ajouté.

Agé de quarante-six ans et président du Parti démocrate depuis 1993, Janez Jansa vit, en accédant au poste de Premier ministre, le couronnement de sa carrière politique. Sociologue de formation, le leader politique avait été exclu en 1988 des Jeunesses communistes pour avoir rédigé des articles contre le régime communiste et l'armée de l'ex-Yougoslavie. Arrêté et condamné à une peine de prison ferme, Janez Jansa et ses trois compagnons d'armes avaient été libérés en 1989 après de massives manifestations organisées par la population. Janez Jansa a également été en charge des forces de défense qui ont affronté avec succès l'armée yougoslave durant la courte guerre d'indépendance de la Slovénie en juin 1991.

Le Premier ministre sortant, Anton Rop, quarante-quatre ans, leader du Parti libéral démocrate, a reconnu sa défaite dès l'annonce des résultats. « Il est clair que le Parti démocrate a emporté la confiance de la majorité des électeurs et que le Parti libéral démocrate arrive en deuxième position. Le Parti libéral démocrate continuera sa mission dans l'opposition parlementaire et je peux déjà promettre que nous reviendrons, aux prochaines élections, plus forts et mieux préparés. Je voudrais assurer nos électeurs que, même si notre formation entre dans l'opposition, nous remplirons notre devoir de manière à nous assurer que les électeurs qui ont voté pour nous n'auront pas gâché leur voix » a t-il affirmé.

Le leader du Parti libéral démocrate avait succédé en 2002 à Janez Drnovsek, élu à la Présidence de la République le 1er décembre de cette même année. Au reproche de ne pas avoir tenu ses promesses que lui avait adressé Janez Jansa durant la campagne électorale, Anton Rop répondait en mettant en avant son bilan à la tête du gouvernement ainsi que les résultats économiques de la République alpine dont le PIB par habitant représente 72% de celui de la moyenne européenne, soit un niveau égal à celui de la Grèce ou du Portugal. Mais, dirigeant le pays depuis presque treize ans, le Parti libéral démocrate a sans aucun doute été victime de l'usure du pouvoir. Le LDS a probablement pâti de l'absence sur ses listes de Janez Drnovsek, actuel Président de la République et fondateur du parti, tout comme de celle de Dimitri Rupel, ancien ministre des Affaires étrangères passé dans l'opposition.

Enfin, le peu d'intérêt qu'il manifestait pour la politique étrangère a beaucoup été reproché à Anton Rop et ce alors même que la Slovénie connaît actuellement quelques difficultés avec la Croatie voisine. Les rapports entre les deux pays se sont récemment envenimés après que la Croatie eut décidé d'instituer, avant d'y renoncer, une zone de pêche controversée dans la baie de Piran, zone de la mer Adriatique où les deux Etats s'opposent sur une question de frontières maritimes. Il y a deux semaines, un incident a éclaté à la frontière lorsque douze personnes ont été arrêtées sur une bande de terre de la péninsule d'Istrie disputée entre les deux pays pour ne pas avoir été en mesure de présenter leurs papiers d'identité à la police slovène. De l'avis général, cet incident a profité aux forces de droite et particulièrement à Janez Jansa dont la détermination et la fermeté s'avèrent plus rassurantes et convaincantes aux yeux de la population à un moment où les Slovènes manifestent une inquiétude de plus en plus vive quant à leur identité et à leur avenir au sein de l'Union européenne.

Si les analystes politiques ne jugent pas impossible une alliance entre la Coalition Slovénie et la Liste unie des sociaux-démocrates, le Parti national et le Parti populaire pourraient également faire figure d'arbitres dans les négociations entre les différentes formations politiques qui se sont ouvertes dès le lendemain des élections.

Résultats des élections législatives du 3 octobre 2004 en Slovénie


- Source : Agence France Presse.

Participation : 60,27 %

- Parti démocrate slovène (SDS) : 29,13 %, 29 sièges
- Parti libéral démocrate de Slovénie (LDS) : 22,82 %, 23 sièges
- Liste unie des sociaux démocrates (ZLSD) : 10,20 %, 10 sièges
- Nouvelle Slovénie (NsI) : 8,90 %, 9 sièges
- Parti populaire slovène (SLS) : 6,82 %, 7 sièges
- Parti national slovène (SNS) : 6,30 %, 6 sièges
- Parti démocratique des retraités (DeSUS) : 4,01 %, 4 sièges
- Minorités hongroise et italienne* : 2 sièges
- Slovénie active (AS) : 2,97 %
- Notre Slovénie (SJN) : 2,63 %
- Parti de la jeunesse slovène (SMS) : 2,10 %
- Liste de Juin : 0,90 %
- Verts (ZZ) : 0,69 %
- Voix des femmes (GZZ) : 0,57 %
- Liste des entrepreneurs : 0,57 %
- Mouvements écologiques (SEG) : 0,43 %
- Parti démocratique de Slovénie (DSS) : 0,27 %
- Parti de la nation slovène (SNN) : 0,27 %
- Liste unie pour une Slovénie juste : 0,16 %
- En avant Slovénie : 0,10 %
- Parti social et libéral (LS) : 0,07 %
- Indépendants : 0,07 %

* : Elles disposent automatiquement de deux sièges


Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman

[URL : http://www.robert-schuman.fr/oee/slovenie/legislatives/resultats.htm]