Biélorussie : Forte dégradation de la liberté de la presse après les élections du 17 octobre 2004
2013-12-12

Lors des élections, puis au cours des manifestations organisées par l'opposition, plusieurs journalistes ont été interpellés ou agressés par les force de l'ordre. Certains correspondants de télévisions étrangères ont dénoncé par ailleurs l'impossibilité qui leur a été faite de transmettre leurs images à leurs médias.

Reporters sans frontières s'inquiète de cette nouvelle dégradation
des conditions de travail des journalistes et rappelle que le
président Loukachenko fait partie des prédateurs de la liberté de la
presse dénoncés par l'organisation.

Au soir du 19 octobre 2004, des manifestations ont réuni plusieurs
centaines d'opposants dénonçant les résultats des élections
législatives et du référendum constitutionnel, dans le centre-ville
de Minsk. Konstantin Morozov, cameraman de la chaîne de télévision
russe NTV, a été passé à tabac par la police anti-émeutes à
l'intérieur du bâtiment où les forces de l'ordre avaient conduit
Anatoly Lebedko, leader de l'opposition. Jeté à terre, il a reçu de
nombreux coups de pied et sa caméra a été détruite. Des témoins ont
déclaré que son visage était couvert de sang. Vladimir Koscin,
cameraman de la chaîne de télévision russe REN TV, aurait également
été violemment frappé.

Parmi la cinquantaine de personnes interpellées cette nuit-là,
figurait Sergueï Grits, photographe de l'agence Asssociated Press
(AP). Il a été relâché immédiatement après avoir déclaré être
journaliste. "On m'a dit que les reporters entravaient le travail de
la police, que j'aurais dû me tenir plus loin. J'ai répondu qu'en
restant à l'écart, je n'aurais pris aucune photo",
a-t-il déclaré.

Hanna Harasimowicz, journaliste polonaise pour le magazine Informator
Kulturalny, a été interpellée, le 16 octobre, à Bykhau (Est). Lors
d'une visite dans les bureaux de vote de la circonscription, elle a
demandé combien de personnes avaient pris part aux élections durant
la semaine. Selon elle, cette question a rendu les membres des
comités électoraux extrêmement nerveux. Interpellée plus d'une heure,
elle a été interrogée notamment sur les raisons de son intérêt pour
les procédures électorales.

Par ailleurs, plusieurs correspondants de chaînes de télévision
étrangères ont dénoncé, les 19 et 20 octobre, l'impossibilité de
transmettre leurs images.

L'équipe de la chaîne de télévision russe Perviy Kanal a déclaré, le
20 octobre au soir, que les images d'une nouvelle manifestation de
l'opposition n'avaient pas pu être transférées. La radio-télévision
bélarusse, qui prend habituellement en charge l'envoi des images, a
prétexté une impossibilité technique. Le groupe russo-bélarusse Mir,
qui s'occupe également des transferts d'images par satellite, les a
aussi refusées, après les manifestations durement réprimées du 19
octobre.

Dmitry Novozhilov, correspondant de Perviy Kanal, a déclaré : "Il est
impossible d'envoyer la moindre image depuis Minsk, même sans rapport
avec les élections et le référendum. Ils ne trouvent qu'une excuse à
ce refus : des problèmes techniques".


Dès le 19 octobre au soir, Elena Slav, correspondante de la chaîne de
télévision russe REN TV, a déclaré que le personnel de Mir prétextait
des problèmes techniques pour ne pas effectuer le transfert vers
Moscou. "A 21 h 30, nous devions envoyer les images du passage à
tabac d'Anatoly Lebedko, mais on nous a dit de ne pas nous rendre au
studio, car les cassettes pourraient être saisies",
a précisé la
journaliste. Selon elle, d'autres équipes ont rencontré le même
problème.

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