"Bâtir une Europe artistique…" par Olivier VARGIN
2012-02-01

Projet d'un Réseau Artistique Européen

Fort d'un nouvel élargissement, l'Europe des 15 puis des 25 doit aujourd'hui bâtir une multitude d'édifices et de dimensions (économique, sociale, politique, culturelle…) qui lui sont fondamentales. Devant définir une réelle politique culturelle et artistique européenne afin d'éviter toutes disparités, fractures ou scissions socioculturelles…, l'UE, en son âme et conscience, se doit d'agir et de passer ainsi d'une étape d'observation et de réflexion à une étape concrète, d'action et de réalisation. Arrêt sur image sur les besoins et les nécessités d'une grande politique artistique et culturelle européenne, et proposition.

Ne plus regarder, ne plus assister, ne plus observer, mais participer, construire, agir… Tel peut et devrait être, en cette fin d'année 2004, le nouveau credo de l'ensemble des acteurs culturels de la « Nouvelle et Grande Europe ». De l'institution à l'artiste, du politique à l'art, les professionnels, acteurs et protagonistes de l'art contemporain européen que nous sommes, devons, en cette époque de grand chantier, réviser voire re-définir les différentes logiques de réflexion et d'action qui ont pu et qui peuvent encore nourrir les nombreuses politiques et stratégies artistiques, culturelles issues de nos esprits. Révision pouvant s'accomplir de manière hétérogène et concertée par l'action et la création d'une synergie, d'une dynamique capable de fonder « une Europe des coopérations artistiques », de forger une réelle « Europe artistique », et d'enrayer ou du moins d'amoindrir une somme importante de problématiques et de difficultés dont peut éprouver, d'Est en Ouest, l'art contemporain européen depuis quelques années maintenant. D'ordre économique ou politique la plupart du temps, ces problèmes de nature et d'amplitude variable selon les régions ou les pays revêtent au sein de l'Union Européenne et de l'Europe un poids conséquent dans le quotidien de l'art contemporain. Du système au régime social des acteurs du domaine artistique à l'existence et l'opiniâtreté d'un phénomène épicentrique tels que l'Eurocentrisme, en passant par la prolifération de localismes, de communautarismes, de dissemblances de toutes sortes (économiques, médiatiques ou culturelles…), l'art contemporain européen dans son ensemble souffre d'un grand nombre de maux qu'il convient de traiter et d'abroger, à court ou long terme, définitivement.

D'un engourdissement général des politiques culturelles nationales aussi bien à l'Est qu'à l'Ouest à un marché de l'art capricieux, double (scission encore présente et visible entre l'Ouest et l'Est de l'Europe que je qualifierai non plus de « Rideau de Fer » mais de « Rideau d'Argent »), ou d'un manque évident et fort préjudiciable d'infrastructure et de réseau institutionnel (notamment dans la région Est-européenne) à une pullulation de phénomènes sérieux tels que les inégalités ou la précarité sur l'ensemble du continent, l'état des lieux (économique, social, politique, médiatique ou culturel…) que l'on pourrait dresser de l'art contemporain européen est plus qu'inquiétant.

Si les sphères institutionnelles et politiques s'attellent pour le moment à d'autres tâches - « plus importantes » -, il impute cependant aux acteurs, aux « citoyens », si je puis dire, de l'art contemporain européen de répondre de cela et de sauver la « nation » qui les nourrit - n'est-ce pas là le devoir de tout citoyen. Bien que l'idée « d'Union Européenne artistique » ou d'une « Europe des arts » peut sembler à première vue « folle », démesurée et paraître aux yeux de certains eurosceptiques se fondre dans le sillage de l'utopisme, elle demeure néanmoins, et au même titre que la construction d'une Europe sociale ou économique, importante et nécessaire pour ne pas dire vitale.

Un grand Réseau Artistique Européen pour une Europe Artistique



La création d'un organisme et réseau pouvant fédérer, coordonner, favoriser tout échange, développer des perspectives ou des idées et préserver (« voire défendre ») l'ensemble des acteurs (physiques ou morales) du domaine artistique européen pourrait se porter, à cet égard, comme une des réponses possibles aux diverses situations parfois dramatiques mis en exergue. Cet organisme, si important soit-il, s'inscrirait dans un entre-deux politique à mi-parcours entre une véritable politique culturelle (artistique) européenne et une stratégie ou une politique culturelle (artistique) communautaire. Ce réseau ferait le lien entre l'UE et les divers organismes (ou autres) de toutes natures d'un pays membre ou candidat (voire voisin dans le cadre d'une politique européenne de voisinage), entre chaque organisme, entre « l'Europe de l'art », « l'Europe de la culture » et l'Union Européenne.

Sous l'appellation de Réseau Artistique Européen (R.A.E.), cet organisme couvrant l'Europe à l'image du réseau des structures E.I.C (Euro Info Centres) pourrait être le premier instrument de réponse aux besoins et nécessités auxquels l'art contemporain européen se voit continuellement confronter depuis quelques années maintenant. Bien que l'entreprise s'avère fort complexe du fait d'un certain paupérisme théorique et pragmatique dans ce domaine-ci en Europe comme en France - comme nous le fait remarquer dans une de ses allocutions la Présidente du CIPAC, Madame Victoire Dubruel -, elle ne s'annonce pas pour autant impossible si l'on prend le temps de regarder autour de soi. L'exemple du Réseau Soros ou de l'ICAN (son successeur) en Europe Centrale et Orientale, ainsi que d'associations, organisations, programmes ou institutions tels que Apollonia, l'AFAA, le NMAC, le CIPAC, l'INVA, le Ludwig Museum, le Modern Museum de Stockholm, les programmes Tranzit, CULTURE 2000, l'EIPCP, les événements tels que Manifesta, la Documenta… peuvent être un début de piste voire de réponse dans la mise en place et la réalisation d'un grand Réseau Artistique Européen.

Structuré, organisé, cet organisme pourrait être une véritable plate-forme artistique européenne, il permettrait non-seulement de faciliter les échanges, les idées ou projets de petites ou grandes dimensions, mais aussi et surtout de développer considérablement ces mêmes desseins par un appui logistique ou financier. Matérialisé physiquement en un centre ou un institut en un lieu X et dans/par une multitude de points-contacts ou de centre (voir structure du réseau EIC) de stature identique ou plus petite partout en Europe et plus particulièrement dans les capitales et les grands foyers artistiques du pays, ce Réseau Artistique Européen ferait office de Banques de données (pouvant mettre en contact tout acteur artistique le désirant avec un autre acteur), de centre de documentation et d'information (bibliothèque, médiathèque, artothèque…), de centre d'exposition (exposition permanente et temporaire…), d'organisateur évènementiel (organisation ou co-organisation d'évènements tels que des colloques, conférences, rencontres mais aussi et surtout des manifestations de grande ampleur…), de centre d'études et de recherches sur les arts européens, d'organisme d'aide aux financements européens ( aider les organisations d'évènements (ou autres) dans leur demande de financements ou de subventions à l'UE et offrir une assistance technique à ces mêmes organisations, si besoin est). Utopique ou pas, ce type d'organisation ou de centre offrirait à l'Europe et l'Union Européenne la dimension et le visage artistique qu'elle se doit d'avoir ou auquel elle aspire. Elle effacerait ou du moins amenuiserait, de par son esprit d'initiative, de solidarité et d'union, les profondes disparités qu'il peut subsister sur le continent - notamment en Europe de l'Est.

Comme il en est fait état dans la lettre d'information n° 6 de KEA European Affairs de mars 2004 et dans une récente déclaration d'un commissaire européen responsable du commerce et porte-parole d'une vision offensive de la culture, il est temps aujourd'hui d'agir et de remplacer la logique du repli ou du « on va y réfléchir » par une logique de l'initiative, du mouvement, du « agir maintenant » pour une Grande Europe artistique.

Olivier Vargin, doctorant en Esthétique et sciences de l'art
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