Géorgie, "l'Etranger proche" de la Fédération de Russie (novembre 2004)
2013-12-11

Moscou ne veut pas de l'OTAN en Ossétie du Sud et en Abkhazie

Le tunnel de Roki entre Ossétie du Nord (Fédération de Russie) et Ossétie du Sud (Géorgie) conduit du Caucase Nord au Caucase Sud; l'armée russe y a fait passer récemment des dizaines de véhicules blindés destinés à la "force de paix" russe en Ossétie du Sud. La côte d'Abkhazie, le long de la Mer Noire, contourne le Caucase Nord et constitue un accès non moins stratégique au Caucase Sud.

La présence de deux bases militaires russes dans le Sud de la Géorgie, à Akhalkalaki, et dans le Sud Ouest, à Batoumi, celle des "forces de paix" russes en Ossétie du Sud et en Abkhazie, les difficultés à négocier leur départ, laissent penser que non seulement des intérêts stratégiques russes sont en jeu (bouclier militaire contre l'encerclement de la Fédération de Russie par l'OTAN), mais que des intérêts locaux russes le sont également (patrimoines de personnalités russes en Abkhazie, contrebande de marchandises en Ossétie du Sud).

- L'imbroglio des élections présidentielles abkhazes du 3 octobre 2004 conduit cette république autoproclamée de 300 000 habitants intérieurs (et de 300 000 habitants expatriés depuis 1993) à s'honorer de 3 présidents, le président sortant Vladislav Ardzinba, le candidat de l'opposition (à tendance nationaliste) proclamé vainqueur Sergueï Bagapsh et le candidat progouvernemental (à tendance prorusse) Raoul Khadjimba contestant le résultat. Vladimir Poutine nommait à mi-octobre un fonctionnaire d'un ministère russe, d'origine abkhaze, Nodar Khasba, au poste de premier ministre de l'Abkhazie ; il est "gardé au chaud" à l'extérieur de la capitale Soukhoumi par la "force de paix" russe.

Les Géorgiens attendent patiemment l'issue de cette partie afin de savoir avec qui ils négocieront le retour des 300 000 expatriés et la réintégration du territoire de l'Abkhazie dans celui de la Géorgie, en accord avec les dispositions de la communauté internationale. Les Abkhazes s'y opposent plus que jamais, malgré les humiliations subies de la part des différents groupes de pression russes, politiques, militaires ou maffieux.

Zourab Jvania, premier ministre géorgien, signait le 1er novembre avec Igor Lévitine, ministre russe des transports, un protocole d'accord pour le rétablissement des voies ferrées entre la Fédération de Russie et la Géorgie, par l'Abkhazie. Preuve que les solutions aux questions abkhazes passent par Moscou.

- En Ossétie du Sud, les escarmouches militaires entre l'armée géorgienne (puisque les troupes intérieures de maintien de l'ordre y ont été récemment intégrées), les groupes armés ossètes et la "force de paix" russe ont conduit à plusieurs dizaines de morts depuis mai 2004. Il est pratiquement établi que des mercenaires venus de la Fédération de Russie y ont participé. Cette région compte aujourd'hui moins de 100 000 habitants. Une commission quadripartie, Géorgie, Ossétie du Sud, Ossétie du Nord et Russie se réunit régulièrement, sans grand succès. L'Ossétie du Nord (650 00 habitants) ne semble pas très disposée à accueillir les Ossètes du Sud (de 50 à 70 000 selon les sources).

Zourab Jvania signait le 5 novembre avec Edouard Kokoev, président de la république autoproclamée d'Ossétie du Sud, un accord de démilitarisation de la zone de combat. Goga Khaindrava, ministre géorgien des conflits, proposait dans la foulée trois étapes, destruction des fortifications, évacuation des véhicules blindés et de l'artillerie lourde, désarmement des civils. Edouard Kokoev qualifiait ses deux interlocuteurs, l'un de mère arménienne et l'autre de mère russe, de membres du parti de la paix. La signature avait lieu en Russie, à Sotchi. Preuve que les solutions aux questions ossètes passent aussi par Moscou.

- Les politiques russes, comme Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères, déclarent à qui veut bien l'entendre que la Fédération de Russie soutient l'intégrité territoriale géorgienne en Abkhazie comme en Ossétie du Sud; ce fut le cas en particulier le 14 novembre à NTV.

Les militaires russes estiment que la chasse aux terroristes leur donne un droit de poursuite hors du territoire russe, à l'image des Etats-Unis. Ils n'ont peut-être pas tout à fait accompli le deuil du Caucase Sud. Les violations de l'espace aérien géorgien se multiplient, hélicoptères russes Mi-8 et Ka-52 en proximité de la Tchétchénie de 28 octobre, hélicoptères russes et avion non identifié les 13 et 15 novembre en proximité du Daguestan.

Les milieux d'affaires russes, officiels et officieux, ont non seulement des intérêts en Abkhazie et en Ossétie du Sud, mais prennent des intérêts supplémentaires en Géorgie dans le cadre des privatisations menées par le ministre de l'économie Kakha Bendoukidzé.

- "Le chacun chez soi et Dieu pour tous" ne sera pas de mise avant longtemps entre Moscou et Tbilissi. Une année après la Révolution des Roses, et quel que soit leur volontarisme, Washington et ses alliés ne semblent pas avoir réussi à faire progresser les solutions abkhazes et ossètes.