Katchka, le journal francophone de la communauté ukrainienne (2004)
2012-12-14

Il devait s'intituler Vesna [le printemps] il s'appellera Katchka, le canard ukrainien. Moins lyrique, plus tonique, un tel titre n'en illustre pas moins le renouveau et bourgeonne après quatre ans d'existence. Les années de tous les efforts pour muer une feuille de choux en mensuel francophone du monde ukrainien. Un pari hasardeux mais ô combien stimulant face à l'effritement de la communauté ukrainienne en France et l'assimilation de ses nouvelles générations. Pourtant, au-delà des irréductibles dépositaires de la culture ukrainienne en France, l'intérêt resurgit chez les oublieux, marqués du sceau indélébile d'une culture plus ou moins lointaine. Si la langue employée joue pour beaucoup dans ce réveil, Katchka est-t-il alors le canard de la "diaspora" ? Une étiquette d'une autre époque à vrai dire, tant la physionomie et l'identité de cette communauté restent aujourd'hui incertains en France.

Ajoutez l'intérêt grandissant suscité auprès des "Ukrainiens d'adoption" francophones, Katchka fait office de creuset destiné a satisfaire la curiosité et la passion communes d'un lectorat sans profil type, mais soucieux d'apprendre, voire d'agir. Car le canard ukrainien permet aujourd'hui de communiquer et de mettre fin a l'isolement de l'ukrainophile de la Creuse. Du regard idéalisé des uns, au manque de repères des autres, Katchka cherche à informer sur un pays en pleine mutation, pourtant éclipsée dans une presse française où pensée unique et manque de curiosité sont les maîtres mots. Katchka cherche a mettre en lumière l'histoire d'un peuple oublié dans une France russophile, où l'approche historique des pays de l'Est reste le plus souvent russo-centrique. Pétrie par deux cultures, la jeune rédaction du canard ukrainien se répartit alors entre la France et l'Ukraine pour produire un journal de caractère, vivant et original ; pour témoigner sur le pays de Chevtchenko, en utilisant au mieux le pouvoir des mots dans la langue de Victor Hugo. Une langue prisée en Ukraine même, où l'enseignement du français va bon train entre les 5 000 professeurs en exercice et un public estimé a plus de 500.000 élèves. Bien sûr, le canard ukrainien fait son nid en France et en Belgique, mais pénètre doucement le pays qui lui donne sa raison d'être. A cet égard, une telle publication peut jouer les ponts entre différentes mentalités et différents regards sur l'Ukraine, à travers une langue française aux effets alors innovants.

Autres temps autres mœurs, une telle entreprise intellectuelle se veut particulièrement séduisante et prometteuse face a l'évolution des rapports et des échanges depuis l'indépendance d'une Ukraine de plus en plus accessible. Mais si Katchka peut favoriser une telle communion d'esprits séparés par quelque deux mille kilomètres, sa rédaction affirme avant tout son engagement. Le canard ukrainien part en croisade pour affirmer l'identité d'un pays, où certaines cicatrices laissées par 70 années de tutelle soviétique restent malheureusement béantes. Après quatre ans d'existence, le concept moderne de Katchka s'affermit, son lectorat (près de 400 abonnés à ce jour) se dessine, la "Katchkattitude" prend corps. Katchka n'en reste pas moins un journal indépendant, financé par ses seuls abonnés. Bien que ce tour de force autorise une précieuse liberté de ton, l'aventure reste précaire sans le soutien d'un lectorat encore plus important. Alors Katchka, phénomène unique en son genre ? Une chose est sûre, le canard ukrainien, proposé par l'Union des Etudiants Ukrainiens en France, compte barboter encore longtemps dans la "grand'mare"…

Kyrylo Horiszny, Président de l'Union des Etudiants Ukrainiens en France
- Contacts : [URL : katchka@free.fr]