Oléoduc Bakou - Tbilissi - Ceyhan : grandes manoeuvres (2004)
2012-04-02

Mise en exploitation dans quelques mois

La désaprobation des autorités russes a été réelle en décembre 2002 lorsque l'accord sur l'oléoduc B-T-C fut signé. Il détournait de la Russie les flux de pétrole de l'Azerbaïdjan et risquait de détourner ceux des pays de l'ex-URSS situés au Nord de la mer Caspienne. Il rangeait au rang des souvenirs les projets d'oléoduc de la mer Caspienne à la mer Noire par le Nord Caucase. Les intérêts russes étaient lésés par les intérêts américains, et la Géorgie de Chevardnadzé s'en rendait complice. Les autorités iraniennes restaient plus discrètes, pourtant l'Azerbaïdjan, ancienne province de la Perse, se situe à proximité et une évacuation du pétrole par le Sud eut été économiquement plus rentable.

Le 2 décembre 2002

le président Edouard Chevardnadzé a donné l'accord des autorités géorgiennes à la construction d'un oléoduc qui allait permettre l'évacuation du pétrole de la mer Caspienne vers la mer Méditerranée, de Bakou en Azerbaïdjan à Ceyhan en Turquie, par Tbilissi en Géorgie.

L'ouvrage devait compter 1700 kilomètres de long et offrir un débit d'un million de barils par jour, pour un coût de 3 milliards de dollars et une perspective de mise en exploitation courant 2005.

Quelques jours auparavant, le 24 novembre, la présidence des Etats-Unis avait envoyé à Tbilissi un ambassadeur spécial, Steven E. Mann, afin d'aplanir les réticences soulevées par le tracé empruntant la vallée de Borjomi. Cette région du Sud de la Géorgie abrite non seulement un parc national, avec forêts, stations estivales et hivernales, mais une source d'eaux minérales exportées vers 25 pays. Le ministre de l'environnement de l'époque, Mme Nino Tchokhobadzé, mettait en balance son portefeuille et refusait de signer l'accord.

Après son élection de

janvier 2004

, le président Saakachvili a approuvé de facto la poursuite des travaux engagés.

Le 22 juillet

, après la lettre ouverte d'une cinquantaine d'experts géologues et environnementaux (dont Manana Kochladzé, de l'ONG Alternative Verte), le ministre de l'environnement, Mme Tamar Lébanidzé, a demandé et obtenu de British Petroleum (chef de file du consortium pétrolier) l'interruption du chantier : les protestataires soulevaient une nouvelle fois les risques sismiques et de glissement de terrain dans la vallée de Borjomi.

Le 28 juillet

, le président de BP, Lord Browne, est intervenu auprès du président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili. Quelques heures plus tard, le secrétaire d'état américain à la défense, Donald Rumsfeld, a appelé le président géorgien.

Le 7 août

, la construction a repris, après l'avis d'experts internationaux. La compagnie britannique s'est s'engagée à soumettre au Conseil National de Sécurité géorgien des dispositions sécuritaires renforcées. Plus globalement, le coût des travaux a été réévalué à 3,6 milliards de dollars.

Le 20 août

, le ministère de l'intérieur de la Géorgie a annoncé que des policiers avaient été blessés à Borjomi, lors d'une manifestation demandant un changement de tracé.

Le 17 novembre

, la presse a fait état d'une défectuosité constatée sur les joints de l'oléoduc. De Londres, où il était en visite, le premier ministre géorgien, Zourab Jvania, a affirmé qu'aucune raison n'existait pour suspendre les travaux.

Le 29 novembre

, le président de la compagnie nationale azérie SOCAR, Natik Aliyev, a déclaré que le coût de l'oléoduc B-T-C serait réévalué à 4 milliards de dollars. Il avait précisé, le 17 novembre, que 98 % de la construction était achevée.

Suite à ces augmentations de coûts,

la compagnie pétrolifère américaine Exon Mobil

a annoncé qu'elle n'utiliserait pas l'oléoduc B-T-C, mais plutôt la voie ferrée entre Bakou et Borjomi. Un contrat de transport de 10 millions de tonnes sur cinq années serait en cours de finalisation.

En conformité avec la position initiale des autorités russes,

la compagnie pétrolifère russe Lukoil

a critiqué le coût prohibitif du projet.

Les intérêts français

sont représentés par la compagnie Total dans le consortium pétrolier, et par BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natexi Banques Populaires au sein du groupe de banques commerciales internationales qui financent le projet, en complément à la Banque Mondiale et à la BERD. Ils sont également représentés par la filiale française du groupe britannique AMEC-SPIE, maître d'oeuvre de la construction.

La Russie cherche à devenir l'acteur majeur des ressources pétrolifères. Les Etats-Unis, et dans une certaine mesure l'Union Européenne, en sont les principaux consommateurs. Les retombées financières dont bénéficieront l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie - si importantes qu'elles soient pour ces trois pays - ne sont qu'un enjeu secondaire dans la partie d'échecs que se livrent dans ce domaine Washington et Moscou.




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