Russie : le calendrier des fêtes légales malmené (2004)
2013-10-20

Tribune libre

L'Eglise orthodoxe russe, le parti "Unité" et les députés à la Douma viennent d'offrir aux Russes une fête supplémentaire, la Journée de l'unité populaire, qui sera célébrée (si le projet de loi est définitivement adopté) le 4 novembre. L'ancienne Journée de la concorde et de la réconciliation fêtée le 7 novembre - jadis Journée de la Grande révolution socialiste d'octobre - a été annulée pour avoir "perdu tout fondement idéologique". La Journée de la Constitution (12 décembre) a elle aussi été supprimée car elle doublait en fait la Journée de la Russie (12 juin). Les députés ont donc modifié le Code du travail et les Russes auront désormais moins de fêtes à célébrer tout en bénéficiant d'un jour chômé supplémentaire. A l'occasion du Nouvel An, en effet, les Russes chômeront du 1er au 5 janvier (et non plus seulement le 1er et le 2) . Les députés ont expliqué leur décision par la volonté que les parents puissent passer les congés scolaires avec leurs enfants.

S'agit-il vraiment d'un "cadeau" ou, plutôt, de l'ignorance de l'histoire du pays et de la situation réelle ? Pour la plupart des Russes, le 4 novembre, proposé initialement par l'Eglise orthodoxe en tant que Journée de l'unité parce qu'à l'époque du Temps des Troubles les Russes avaient pris d'assaut un secteur de Moscou occupé par les envahisseurs polonais, est plutôt mal choisi. Tout d'abord, cette date ne rappelle que fort indistinctement des événements qui remontent quand même au début du XVIIe siècle (1612) et, après le fameux assaut, le Temps des Troubles ne s'est pas dissipé et la Russie ne s'est pas unie. Il faut dire aussi que la garnison polonaise du Kremlin, qui mourait de faim selon des témoignages de l'époque, avait déposé les armes de son plein gré. Enfin, après le 4 novembre les cosaques ont continué de vouloir installer un Polonais sur le trône, Novgorod proposait un Suédois, le prince Pojarski, chef de l'armée populaire, se voyait porter la couronne tandis que le patriarche Filaret songeait à son fils, Mikhaïl Romanov. L'unité ne devait être retrouvée qu'après l'intronisation de ce dernier. Sans compter les autres dates où l'unité des Russes s'est manifestée avec bien plus d'éclat : les batailles de Koulikovo et de Borodino, pour ne citer qu'elles.

Le désir des députés d'effacer le 7 novembre de l'histoire russe suscite bien des questions. Premièrement, pour de très nombreux Russes, cette date n'a rien perdu de sa valeur idéologique, ce qui signifie que la décision des parlementaires n'apporte rien à l'unité de la société, bien au contraire. Deuxièmement, les députés auraient pu s'inspirer de l'exemple français. C'est dans la plus grande sérénité que la France bourgeoise entonne la Marseillaise et commémore la prise de la Bastille en dépit de tous les guillotinés de la Révolution française. Les révolutions française et russe sont qualifiées de Grandes parce qu'elles annonçaient quelque chose de nouveau à l'humanité. Pourquoi donc se défaire de la grandeur avec autant d'insouciance ?

Piotr Romanov

RIA - Novosti