Les femmes en situation d'inégalité croissante en Europe centrale et orientale (2004)
2012-12-18

Au cours de la transformation de l'économie dans les pays en transition post-communiste, de très nombreuses femmes ont été exclues du marché du travail et contraintes de rester chez elles, sans rémunération, ou de prendre une retraite anticipée. Leur représentation politique a considérablement diminué, en comparaison de l'époque du "féminisme d'Etat", pendant laquelle cette représentation était régie par des quotas.

La situation des femmes s'est détériorée dans la plupart des pays d'Europe centrale et orientale, depuis l'effondrement du communisme. En fait, cette situation se caractérise aujourd'hui par des inégalités croissantes et l'absence d'actions gouvernementales pour combattre cette tendance.

L'introduction de l'économie de marché, les progrès technologiques et la disparition d'institutions sociales sont à l'origine de nombreuses difficultés rencontrées par les femmes, notamment la hausse du chômage, les bas revenus, l'insécurité économique et la réduction des services de garde d'enfants. La discrimination à l'égard des femmes sur le lieu de travail n'est pas rare et la plupart des femmes travaillent dans des secteurs peu rémunérés (ce qui s'accompagne d'un faible statut social), comme la santé et les services sociaux. En moyenne, elles gagnent seulement 70 à 90 % du salaire des hommes.


Pourtant, tous les pays de la région ont ratifié la Convention de l'ONU sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Le Protocole facultatif de la Convention a également été ratifié par un grand nombre d'entre eux.
La violence envers les femmes, en particulier la violence domestique et la traite des femmes, est devenue, dans les pays d'Europe centrale et orientale, l'un des phénomènes les plus alarmants. Beaucoup de gouvernements continuent à négliger le problème et ne le traitent pas assez sérieusement. Si la loi reconnaît aux femmes le droit de vivre sans être victimes de violences, dans la pratique, il est fréquent que leurs droits fondamentaux ne soient pas dûment protégés au cours du processus judiciaire.

Des femmes moins représentée mais plus actives




La participation des femmes à la vie publique et politique s'est également détériorée. Elles sont gravement sous-représentées dans l'activité politique et aux postes de responsabilité.
D'après une étude de l'UNIFEM, l'Europe orientale est la région qui a connu la diminution la plus spectaculaire du nombre de femmes parlementaires, diminution liée à la détérioration des conditions économiques et à la suppression des systèmes de quotas. La proportion des femmes au parlement est d'environ 10 %. La Slovénie a été le premier des ex-pays socialistes à instituer un mécanisme national pour l'amélioration de la situation des femmes, à la suite de pressions de groupes féministes.


Néanmoins, les femmes ont contribué à l'élargissement de la démocratie et de l'économie de marché par des activités dans la société civile et le développement de petites entreprises. Ces expériences soulignent la nécessité de tenir compte des problèmes d'égalité entre les sexes dans les politiques de transition, afin d'assurer une large base sociale à la réforme démocratique. Le nombre d'organisations féminines augmente rapidement et les femmes s'engagent de plus en plus, à tous les niveaux, pour définir et défendre leurs intérêts dans la société.


La participation politique augmente considérablement parmi les femmes qui ont fait des études supérieures, et elle représente un facteur très important pour les sociétés postcommunistes, car elle n'est plus motivée par la nécessité de démontrer sa loyauté au parti ou la volonté de faire carrière, mais par le désir d'influencer les décisions gouvernementales.
Dans les pays d'Europe centrale (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Roumanie et Bulgarie), le nombre de femmes ayant fait des études supérieures, qui manifestent un intérêt pour la politique, est égal à celui de leurs homologues masculins, alors qu'il y est inférieur de moitié dans les Etats baltes et ceux de la CEI.


Malgré les facteurs qui viennent d'être mentionnés, de nombreuses organisations féminines ont fait leur apparition en Europe centrale et orientale au cours de la dernière décennie. Depuis 1989, plus de trois cents organisations de ce type ont été créées en Pologne, bien qu'elles exercent encore une influence limitée sur la politique de l'Etat. En Slovaquie, plus de 70 organisations se sont constituées après 1989. Elles orientent leurs activités vers les besoins les plus immédiats des femmes, comme la famille, l'éducation, les activités sociales. Peu d'organisations féminines se sont directement engagées dans la politique ou ont tenté d'y faire participer davantage les femmes.


L'expérience des mouvements féminins montre qu'ils sont beaucoup plus actifs au niveau local, où les résultats dépendent dans une plus grande mesure des échanges personnels et d'informations précises sur les demandes et les solidarités. Les femmes semblent donc particulièrement intéressées par la décentralisation politique, notamment par une autonomie aussi grande que possible des municipalités. Dès lors qu'elles assumeront des responsabilités au niveau local il deviendra plus probable qu'elles parviennent ultérieurement à des degrés supérieurs de l'administration.
Dans les pays en transition postcommuniste, de nombreuses organisations féminines nouvelles œuvrent à l'amélioration de la situation des femmes. Grâce à ces activités et au rôle important des mouvements féminins (même s'ils n'ont pas atteint une pleine maturité politique ou ne sont pas encore assez influents), de nouveaux mécanismes qui vont dans le sens de l'égalité des sexes sont créés.

L'avortement, interdit dans la seule Pologne




La Pologne est actuellement le seul pays de la région des PECO/NEI où une femme n'a pas le droit de recourir à l'avortement. En Russie, l'avortement est légal à tout moment de la grossesse pour des raisons médicales et jusqu'à 22 semaines pour des raisons sociales. Dans tous les pays de la région, une femme peut obtenir en toute légalité un avortement à tout moment si sa vie ou sa santé est menacée. En Pologne, l'avortement n'est autorisé que pour protéger la santé physique des femmes ou bien dans les cas de viol ou de malformation du fœtus. Certaines lois récentes de la région font référence au droit du fœtus à la protection. La législation polonaise déclare que le "droit à la vie doit être protégé, y compris dans la phase prénatale". Les lois de la Hongrie et de l'Albanie, bien que moins restrictives, utilisent un langage analogue.


L'égalité des droits de femmes peut être considérée comme un droit fondamental. Le statut social des femmes, leur place sur le marché du travail et leur santé, de même que leur aptitude à exercer l'autodétermination et à faire valoir leurs droits sont autant de garants de la démocratie.

Synthèse du rapport de la Commission sur "l'égalité des chances pour les femmes et les hommes" au Conseil de l'Europe, 9 juin 2004
_ Rapporteuse: Mme Magdolna Kósá-Kovács, Hongrie, groupe socialiste

L'intégralité du rapport :
_ [http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/Doc04/FDOC9997.html
->http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/Doc04/FDOC9997.html
]


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- [URL : art920]
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Article publié dans le numéro 49 de [la Lettre du Colisée->art322]