Croatie : victoire de la droite aux élections législatives du 23 novembre 2003
2005-01-02

Le HDZ devra composer avec les centristes et les libéraux pour gouverner

Arrivés en tête mais handicapés par le revers de leurs alliés libéraux et centristes du HSLS-DC, les conservateurs du HDZ (Union démocratique croate) s'efforcent de réunir les soutiens nécessaires à la mise sur pied d'une majorité stable au Sabor. Leur président, Ivo Sanader, est le mieux placé pour se voir confier la formation du prochain gouvernement. Présidée par Stipe Mesic, issu du HNS (gauche), la Croatie devrait connaître sa première véritable cohabitation à la tête de l'Etat depuis l'indépendance.

Ivo Sanader, le président du HDZ, devrait être nommé Premier ministre.

Selon les résultats définitifs rendus publics le 2 décembre par la Commission électorale nationale, l'Union démocratique croate (HDZ) de Ivo Sanader est arrivée en tête du scrutin législatif du 23 novembre 2003 en remportant à elle seule 66 des 152 sièges au Sabor, contre 64 aux partis de la majorité sortante. Les conservateurs reviennent aujourd'hui au pouvoir après quatre années passées dans l'opposition. Entre-temps la plus importante formation politique croate s'est réformée, revendiquant un programme de centre-droit. De fait, elle a rejoint le Parti populaire européen (PPE) en 2002. Recentrant son discours sur le thème de l'adhésion de la Croatie à l'UE, le HDZ a d'ores et déjà fait connaître sa volonté de donner un coup d'accélérateur au processus d'intégration européenne.

Prenant acte du revers essuyé par la coalition rassemblée autour des sociaux-démocrates du SDP, le Premier ministre sortant, Ivica Racan, a félicité son adversaire dès l'annonce des premiers résultats. La gauche avait été portée au pouvoir en 2000, lors de la première alternance depuis l'indépendance, après dix années de suprématie de la droite. Toutefois, une analyse plus fine des résultats du scrutin, les accords que devra passer le HDZ pour former sa majorité, l'émiettement au centre, amènent à des conclusions plus nuancées tant il apparaît au vu des chiffres que jamais auparavant le rapport des forces n'avait été aussi serré entre droite et gauche, signe que la Croatie est désormais entrée dans une nouvelle phase de maturité démocratique.

La nouvelle majorité



A droite, le HDZ est sans conteste le grand vainqueur. A lui seul, il remporte 62 sièges dans les dix circonscriptions de la Croatie métropolitaine, auxquels s'ajoutent quatre députés élus par les Croates résidant à l'étranger. S'il manque de onze sièges la majorité absolue, le parti de Ivo Sanader enregistre néanmoins un franc succès, le nombre de ses élus passant de 31 à 66. Un électeur sur trois lui a accordé sa confiance, puisqu'il recueille 33,23 % des 2 409 240 suffrages exprimés en métropole (34,91 % si l'on ajoute les voix obtenues parmi les 69 727 suffrages des Croates à l'étranger). En tête dans huit circonscriptions sur dix, son score est particulièrement élevé dans ses fiefs traditionnels, en Slavonie et surtout en Dalmatie, où il est parvenu à convaincre jusqu'à près d'un électeur sur deux (48,6 % dans la 9e circonscription - régions de Zadar et de Sibenik).

Jamais auparavant le rapport des forces n'avait été aussi serré entre droite et gauche, signe que la Croatie est désormais entrée dans une nouvelle phase de maturité démocratique.

Du côté de la coalition des libéraux du HSLS et des centristes du DC, en revanche, c'est la déception. Ni Drazen Budisa, leader des libéraux, ni Mate Granic, chef des centristes, pourtant arrivés respectivement en deuxième et troisième place de la course à la présidence en 2000, n'ont été réélus. Grands perdants du scrutin, leur liste commune n'a recueilli que 4,13 % des suffrages au plan national et ils ne parviennent ensemble à conserver que trois députés : deux pour le HSLS, contre quatorze auparavant, et un seul pour le DC, contre trois précédemment. Conséquence de cet échec, et privé du renfort attendu de ses principaux alliés, le HDZ se voit désormais obligé de rechercher d'autres partenaires disposés à lui apporter leur soutien.

A droite du HDZ, le parti du Droit (HSP) de Anto Djapic recueille quant à lui 6,46 % des suffrages au plan national (6,38 % si l'on inclut la diaspora), soit un point de plus qu'aux dernières législatives où il avait obtenu 5,17 % des voix. Mais c'est surtout en sièges qu'il enregistre un succès puisqu'il double l'effectif de sa représentation au Sabor, passant de 4 à 8 sièges. Cependant, le HSP, qui a d'ores et déjà fait savoir qu'il entend rester dans l'opposition, ne parvient pas à se départir d'une image de parti nationaliste, malgré son récent aggiornamento pro-européen et le ralliement d'une personnalité modérée comme Slaven Letica.

La coalition sortante battue



A gauche, malgré le revers électoral, les sociaux-démocrates (SDP) du Premier ministre sortant demeurent la principale force politique autour de laquelle devrait se rassembler la nouvelle opposition. Bien qu'accusant un recul de dix sièges, le parti d'Ivica Racan obtiennent néanmoins 34 députés sous leur étiquette. A cela s'ajoutent encore dix sièges pour leurs partenaires (Libéraux de gauche - LS et Libra - et régionalistes istriens de l'IDS) avec lesquels ils ont fait liste commune dans six circonscriptions. De ce fait, on ne peut connaître précisément le nombre de suffrages dont a été crédité le SDP à lui tout seul. La liste conduite par le SDP arrive en tête dans deux circonscriptions : à Zagreb, dans la 1ere circonscription, où il s'est présenté seul, et en Istrie, fief de l'IDS d'Ivan Jakovcic, avec lequel il a fait alliance dans la 8e circonscription. Parmi ses partenaires, les libéraux de gauche ne conservent que cinq sièges sur quatorze, dont deux pour le LS d'Ivo Banac (contre quatre auparavant) et trois pour Libra de Jozo Rados (contre dix). Seul à se maintenir, le parti istrien préserve quant à lui ses quatre députés. Au total, la coalition SDP-LS-Libra-IDS recueille 23,27 % des suffrages, soit près d'une voix sur quatre.

S'affirmant désormais comme le deuxième pilier de la majorité sortante, ancré sur l'échiquier politique à la gauche des sociaux-démocrates, le parti populaire (HNS) enregistre, contrairement au SDP, un très large succès : alors qu'il ne disposait précédemment que de deux modestes sièges au Sabor, il en obtient dix, onze si l'on ajoute son partenaire régionaliste du PGS. Avec 8,25 % des suffrages, le parti de Vesna Pusic, dont est issu le président de la République, Stipe Mesic, arrive même en troisième position, immédiatement après le HDZ et le SDP. Il obtient d'ailleurs 15,3 % des voix dans le Zagorje (3e circonscription), fief de Radimir Cacic, le populaire ministre de la Reconstruction et des Travaux publics.

Membre de la majorité sortante quoique de d'obédience centriste, le parti paysan (HSS) fait également les frais de l'usure du pouvoir puisqu'il perd six sièges pour n'en conserver que dix (y compris la députée HSS élue par la minorité tchèque et slovaque), ce qui le ramène à son score de 1995. Quatrième force politique avec 7,26 % des voix, le HSS s'est dès l'issue du scrutin vu proposer l'idée de rallier la coalition du HDZ, lequel cherche à combler le vide laissé par le revers de ses alliés du HSLS-DC. Cependant, alors qu'un accord semblait acquis, le leader du HSS et président sortant du Sabor, Zlatko Tomcic, a finalement décliné l'offre du HDZ. Plus exactement, il s'est dit prêt à soutenir la nouvelle majorité, au cas par cas, mais a refusé de participer au gouvernement, perspective qui, semble-t-il, n'avait pas les faveurs d'une partie des élus du HSS, demeurés fidèles à la majorité sortante.

En revanche, Ivo Loncar, seul député du parti démocrate-paysan (HDSS), né d'une scission au sein du HSS, a d'ores et déjà fait savoir qu'il rejoignait la nouvelle majorité. C'est aussi le cas du parti des retraités (HSU) de Vladimir Jordan, qui a créé la surprise en faisant son entrée au Sabor avec trois députés en recueillant 4,08 % des suffrages en moyenne, et jusqu'à 6,14 % dans la 3e circonscription.

Les représentants des minorités



Enfin, parmi les huit députés élus par les minorités nationales, trois ont déjà fait savoir qu'ils soutiendraient la coalition formée par le HDZ : Semso Tankovic, représentant notamment la minorité bosniaque, Jene Adam, élu de la minorité hongroise, et Nikola Mak, représentant, entre autres, les minorités autrichienne et allemande. Tout récemment, Furio Radin, représentant de la minorité italienne, s'est également dit prêt à rejoindre la coalition du HDZ, ce qui porterait leur nombre à quatre. Les négociations se poursuivent avec les trois députés de la minorité serbe, élus du SDSS, Vojislav Stanimirovic, Milorad Pupovac et Ratko Gajica. Enfin, Zdenka Cuhnil, élue représentante des minorités tchèque et slovaque, mais en même temps député du HSS, s'est alignée sur la décision du parti paysan de soutenir au cas par cas le HDZ sans rejoindre son alliance. Bien que 331.000 citoyens croates (soit 7,5 % de la population) s'identifient à une des minorités nationales, seuls 65.750 électeurs ont choisi de donner leur voix pour l'une des six listes représentant les minorités. Illustration de leur bonne intégration, la grande majorité a, quant à elle, préféré voter pour la circonscription de leur lieu de résidence, à l'instar des autres citoyens croates.

Laborieuse majorité



Ainsi, il apparaît que, pour s'assurer une majorité parlementaire, le HDZ sera nécessairement amené à composer avec des formations politiques plus modestes, et c'est là une nouveauté par rapport à la période 1990-1999, où il avait bénéficié d'une confortable majorité lui permettant de gouverner seul. Jusqu'à présent, les tractations avec ses partenaires potentiels ont abouti au ralliement de dix députés hors de ses rangs (3 HSU, 2 HSLS, 1 DC, 1 HDSS et 3 députés représentant les minorités), ce qui porte sa coalition parlementaire à 76 sièges, c'est-à-dire exactement à la moitié des 152 sièges du Sabor, voire à 77 si l'on ajoute Furio Radin. Il apparaît dans cette situation, que chaque soutien se révèle indispensable et, avant tout, celui promis par les centristes du HSS, mais qui n'ira pas sans concessions.

Source : Ambassade de Croatie à Paris