Le décès de Zourab Jvania modifie l'équilibre interne du gouvernement de la Géorgie (février 2005)
2012-11-14

Il gérait en priorité les affaires intérieures

À titre officiel, lors du conseil des ministres extraordinaire qui s'est tenu le 3 février au matin, Mikhaïl Saakachvili a présenté ses condoléances à la mère, à l'épouse et aux enfants de Zourab Jvania retrouvé mort, asphyxié par une émanation d'oxyde de carbone.

À titre personnel, le président de la Géorgie a exprimé son émotion devant la perte brutale d'un ami, et a rappelé "la nécessité de rester fort afin de continuer à servir le pays".

Le président de la Fédération de Russie,

Vladimir Poutine

, avait été le premier à envoyer ses condoléances au président Saakachvili, suivi du président de la république auto-proclamée d'Abkhazie,

Sergueï Bagapsh

. Ce dernier a estimé que ce décès ne changerait en rien les relations entre Tbilissi et Soukhoumi.

L'ex-président

Edouard Chevarnadzé

, sortant de sa réserve, a déclaré que "la Géorgie avait perdu un grand homme d'Etat" et que lui même "avait perdu un ami et son élève le plus doué".

Zourab Jvania

est né à Tbilissi le 9 décembre 1963. Diplômé de la faculté de biologie en 1985, il oeuvre au département de physiologie humaine et animale de l'Université d'Etat de Tbilissi comme technicien de laboratoire et comme chercheur scientifique, de 1985 à 1992.

De 1988 à 1993, il appartient au comité de direction du Parti des Verts de Géorgie et à celui de l'association des Partis des Verts d'Europe.

En 1992, il est nommé co-président de la commission d'écologie du Conseil d'Etat de la Géorgie.

De 1992 à 1995, il est élu membre du Parlement de Géorgie, président du Parti des Verts et vice-président de la Commission des Affaires Etrangères.

De 1995 à 2001, il est élu président du Parlement, avec l'appui du président de la République, Edouard Chevardnadzé. À ce titre, il conduit plusieurs délégations en France, notamment au Sénat.

En 2002, ses relations avec la majorité présidentielle se dégradent. Zourab Jvania crée un nouveau parti, l'Union des Démocrates.

En 2003, les intérêts de l'Union des Démocrates et ceux du mouvement politique de Nino Bourdjanadzé, nouvelle présidente du Parlement, convergent : ils s'allient dans une coalition pour les élections parlementaires de novembre.

Ces élections, et les conditions de non transparence, déclenchent la Révolution des Roses. Une nouvelle alliance se noue entre l'Union des Démocrates de Zourab Jvania, le mouvement politique de Nino Bourdjanadzé et le Mouvement National de Mikhaïl Saakachvili. Après la démission d'Edouard Chevardnadzé, les trois jeunes leaders se partagent le pouvoir : Saakachvili à la présidence de la République en janvier 2004, Bourdjanadzé à la présidence du Parlement en février (après avoir assuré la présidence de la République par intérim durant deux mois) et Jvania au poste de Premier Ministre également en février (après l'avoir assuré par intérim durant 3 mois).

L'équilibre politique entre les trois tendances est mis à mal, lors des candidatures aux élections parlementaires de mars 2004, de l'élection des commissions parlementaires, des trois remaniements ministériels et des différents votes budgétaires. Si, marginalement, quelques députés quittent cette nouvelle majorité présidentielle pour fonder une opposition de "droite", si Nino Bourdjanadzé exprime parfois sa mauvaise humeur, Zourab Jvania travaille en collaboration étroite avec le bouillant Mikhaïl Saakachvili.

Homme tempéré, pragmatique, formé aux arcanes de la politique à 29 ans par l'équipe d'Edouard Chevardnadzé, Zourab Jvania était le gestionnaire des affaires intérieures de la Géorgie depuis 14 mois. Son ascendance maternelle arménienne lui donnait une sensibilité personnelle à la question des minorités en Géorgie, qui représentent 30 % de la population, à l'inverse de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan où elles représentent entre 1 et 2 %.

Le ministre d'Etat

Guiorgui Baramidzé

, récemment en conflit avec le nouveau ministre de la défense, assure les affaires courantes. Constitutionnellement, le décès du Premier Ministre nécessite un vote parlementaire pour la désignation de son successeur, mais aussi pour la re-nomiation de tous les ministres. Il est probable que l'équilibre au sein du gouvernement entre les trois tendances s'en trouvera modifié.

Aucun indice, aucune information particulière ne permettent de penser que le décès de Zourab Jvania ne soit pas accidentel. Après expertise médicale, le Procureur Général de Géorgie,

Guiorgui Janachia

, a indiqué le 3 février 2005 à 14 heures (heure locale), que les décès de Raoul Youssoupov, vice-gouverneur de Kvémo-Kartlie, qui hébergeait le Premier Ministre, et celui de Zourab Jvania, étaient dûs à une intoxication par l'oxyde de carbone.

Mirian Méloua/Colisée.