Moldavie : l'opposition part à l'assaut du pouvoir communiste à l'occasion des élections parlementaires du 6 mars 2005
2013-12-09

Les élections parlementaires moldaves se tiendront le 6 mars prochain. Le Parlement moldave, qui compte 101 sièges, est élu au scrutin proportionnel. Les seuils électoraux pour obtenir des sièges sont très élevés : 6 % pour une formation isolée, 9 % dans le cas d'un bloc formé par deux partis, 12 % dans le cas de trois partis et plus.

L'enjeu de cette élection est d'autant plus grand qu'en Moldavie, le président de la République - qui joue un rôle politique assez comparable à son homologue français - est élu par le Parlement, dans les 45 jours qui suivent le scrutin législatif. L'opposition de centre gauche et de droite, confortée par les récents événements électoraux de Géorgie et d'Ukraine, croit en ses chances de chasser le Parti des communistes, revenu au pouvoir en 2001. Ce dernier n'a pas réussi à faire décoller un pays considéré comme le plus pauvre d'Europe, ni à résoudre le conflit avec la province dissidente de Transnistrie, et il est en délicatesse avec le Kremlin. Mais il reste solidement implanté dans le pays et a vigoureusement résisté à l'usure du pouvoir lors des élections locales de 2003, qu'il a largement remportées avec environ 40 % des suffrages.

Les principaux partis en lice



Trois formations se partagent actuellement la totalité des 101 sièges du Parlement, compte tenu des seuils électoraux élevés. Elles vont très probablement continuer à monopoliser la représentation nationale - sauf surprise venant du score de "Patria-Rodina" (cf. ci-après). Il s'agit des coalitions ou des partis suivants :
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Le Parti des Communistes de la République de Moldavie (PCRM).

Tête de liste : Vladimir Voronine, président de la République sortant, président du parti. 71 sièges dans le Parlement actuel (50,07 % des suffrages exprimés lors du scrutin de 2001).
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Le Bloc électoral "Moldavie démocratique" (BMD).

Cette coalition de centre gauche, menée par le maire de Chisinau, Serafim Urecheanu réunit trois partis : le parti démocratique de Moldavie (DPM), présidé par Dumitru Diacov, ancien président du Parlement ; l'Alliance « Notre Moldavie », co-présidée par Dumitru Braghis, ancien premier ministre, Veaceslas Untila et Serafim Urechean ; le Parti social-libéral, présidé par Oleg Serebrian. 19 sièges (13,36 % sous l'étiquette "Alliance Braghis").
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Le Parti populaire chrétien démocrate (CDPP)

, centre droit. Tête de liste : Jurie Rosca, président du parti. 11 sièges (8,24 %).

Tout dépendra du pourcentage obtenu par chacune des parties en présence. Il est probable que le bloc "Moldavie démocratique" et le CDPP, s'ils totalisent plus de la moitié des sièges au Parlement, s'entendront in fine pour proposer un candidat commun à la présidence de la République, face au président communiste sortant, Vladimir Voronine. Pour la constitution d'un gouvernement commun, l'affaire n'est pas acquise d'avance, car beaucoup de points divisent l'opposition : des problèmes de personnes et surtout, d'importantes divergences de vue. Le CDPP est considéré par ses partenaires comme étant « nationaliste », car pro-roumain. Il est marqué confessionnellement : il soutient l'église orthodoxe dissidente, qui a réussi avec son aide juirique et politique, à se faire reconnaître officiellement après un recours devant la Cour Européenne de Strasbourg. Il considère les dirigeants de "Moldavie démocratique" comme des "communistes reconvertis en sociaux-démocrates". Il est possible qu'il soutienne un gouvernement "du centre", sans participation, mais il pèsera de tout son poids sur le cabinet mis en place : il est familier des manifestations de rue et a fait reculer plusieurs fois le pouvoir sur un certain nombre de points. Son leader, Jurie Rosca, est un ami personnel de Victor Iouchtchenko, qu'il est allé soutenir à Kiev et le parti s'est empressé de porter la couleur orange de la "révolution" ukrainienne.

Les observateurs s'attendent à voir s'affronter, lors de l'élection présidentielle qui suivra, les deux poids lourds de la vie politique moldave : Vladimir Voronine, président sortant, et Serafim Urechean, dont le principal atout est d'avoir conquis en mai 2003 la mairie de Chisinau grâce à l'union, sur son nom, des principaux partis d'opposition.

Les autres partis



Le Bloc électoral Bloc "Patria-Rodina" (EBPR), mené par Boris Muravschii et composé du Parti socialiste de Moldavie (Victor Morev) et du Parti des socialistes de la république de Moldavie (Veronica Abramciuc et Eduard Smirnov), pourrait créer la surprise en rivalisant avec le parti au pouvoir, parce que, selon le journal moldave Flux « les courtiers électoraux du Kremlin sont derrière cette coalition de gauche, inspirée par Dmitri Rogozin, chef du "Bloc Rodina" de Russie, qui a eu assez d'habileté pour attaquer les positions des communistes de Ziouganov lors des élections pour la Douma d'État. Dans la mesure où le Kremlin laisserait tomber Voronine, "Patria-Rodina" pourrait gagner du terrain au détriment du Parti communiste au pouvoir, sur la base d'un vote ethnique des électeurs des minorités nationales » (mai 2004). En tout état de cause, s'il parvient au Parlement en dépassant la barre des 9 % (taux applicable en cas de coalition de deux partis), ce bloc votera pour Voronine à l'élection présidentielle. Mais comme pour le CDPP à droite, il pèsera lourdement à gauche sur le gouvernement communiste, si ce dernier conserve le pouvoir.

Les autres formations, compte tenu de leurs divisions, n'atteindront pas la barre des 6 %. Il s'agit des partis suivants :
- Parti social démocratique de Moldavie (SDPM). Social-démocrate. Ion Musuc.
- Mouvement républicain socio-politique "Ravnopravie" (RSPMR). Centre gauche/société civile. Valerii Climenco.
- Union travailliste "Patria-Rodina" (LUPR). Social-démocrate. Gheorghe Sima.
- Union centriste de Moldavie (CUM). Proche du PC (un de ses fondateurs, Ion Morei, a été nommé ministre de la Justice dans le gouvernement Tarlev). Mihai Petrache.
- Parti chrétien-démocrate des paysans de Moldavie PCDPM). Nicolae Andronic.
- Parti républicain de Moldavie (RPM)
- Parti de la justice socio-économique (PSEJM)

Candidats indépendants


- Kirillov Silvia
- Busmachiu Alexandru
- Laguta Maia
- Matei Stefan
- Ivantoc Andrei
- Arsenii Alexandru
- Busuioc Alexei
- Tataru Tudor
- Ghelici Fiodor
- Slivinschi Victor
- Soloviov Anatolii
- Tiron Mircea

Les élections se tiendront sous haute surveillance internationale. Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Terry Davis, a rendu visite aux différents acteurs politiques de Moldavie du 15 au 17 Janvier dernier. Les autorités officielles ont solennellement assuré qu'il "n'était pas dans leur intérêt de fausser le résultat des élections" et qu'ils "réservaient le meilleur accueil aux observateurs internationaux". Mais les représentants de l'opposition ont profité de cette visite pour faire part de leurs griefs, en dénonçant un certain nombre de violations de procédure, des actes d'intimidation de la part des forces de l'ordre et une couverture médiatique partisane de la campagne.

Hervé Collet/COLISEE