Géorgie : échec renouvelé des négociations pour l'évacuation des bases russes (février 2005)
2013-12-11

Tbilissi, 10 février 2005

La Russie et la Géorgie ont signé à Istanbul en 1999, dans le cadre de l'OSCE, un protocole devant aboutir à un accord sur l'évacuation des bases militaires russes de Géorgie avant 2001. Chevardnadzé et Eltsine firent une partie du chemin, Saakachvili n'y parvient pas avec Poutine.

Quatre bases militaires russes initiales et une logistique associée



La base militaire de Vaziani, près de Tbilissi, a été évacuée en juin 2001, non sans dommage. Les produits radioactifs retrouvés (Césium 137) avaient irradié le personnel géorgien. Les victimes, longtemps traitées en France, ont connu pour la plupart une issue fatale.

La base militaire de Goudaouta, en Abkhazie, est supposée avoir été évacuée. Pourtant les observateurs occidentaux, notamment ceux de l'OSCE, ont constaté qu'elle est utilisée comme soutien logistique par la "force de paix" de la CEI, composée exclusivement de régiments russes.

La base militaire de Batoumi, en Adjarie, est toujours occupée. La tentation avait été grande pour Aslan Abachidzé, ancien président de cette région, d'entraîner les militaires russes dans un appui à la sédition vis-à-vis de Tbilissi : les intérêts privés russes, dont ceux du maire de Moscou, y étaient forts.

La base militaire d'Akhalkalaki, en Samtskhé-Djavakhétie, est toujours occupée. L'un des arguments parfois utilisé est celui de la protection de la minorité arménienne : cette dernière compose la plupart du personnel civil de la base militaire russe et une bonne part de ses soldats.

L'armée soviétique possèdait également en Géorgie maisons de repos et établissements de bains (Tbilissi), sanatoriums (Kobouleti), camps militaires (Samtskhé-Djavakhétie) et usines d'armes lourdes. La plupart de ces sites sont restés propriété de l'armée russe.

Les autorités géorgiennes dénoncent régulièrement cet héritage, avec les dérives de l'époque post-soviétique : mafia, trafics et blanchiments. Selon certains observateurs, l'armée russe compterait 3.000 hommes en Géorgie, selon d'autres 10.000, incluant les "forces de paix" en Abkhazie et Ossétie du Sud, les forces régulières et les forces spéciales, notamment aux frontières tchéchènes et ingouches. La vérité se situe certainement entre les deux, c'est-à-dire au niveau de l'armée professionnelle géorgienne formée par les Américains.

Tentatives de négociation, sans suite



Le ministre géorgien des affaires étrangères, Irakli Ménagarachvili, a déclaré après les négociations des 18 et 19 février 2003 à Moscou, que "la Russie acceptait de ramener de 14 à 11 ans le délai nécessaire à l'évacuation des bases militaires russes de Géorgie et qu'en contrepartie elle demandait 400 millions de dollars". Cette dernière information a été démentie par les autorités russes.

Le ministre russe de la défense, Sergueï Lavrov, a déclaré le 14 janvier 2004, suite aux contacts diplomatiques russo-géorgiens à Moscou "ne pas vouloir renouveler l'expérience de l'évacuation des bases militaires soviétiques d'Allemagne de l'Est (1) et vouloir prendre le temps et l'argent pour construire les casernes qui accueilleront les régiments russes stationnés en Géorgie". Le ministre géorgien des affaires étrangères, Tédo Djaparidzé, a répondu de Tbilissi que "jusqu'à présent, toutes les négociations sont restées sans résultat. La Russie demande 500 millions de dollars à la Géorgie". Cette dernière information a été une nouvelle fois démentie par les autorités russes.

Le 10 février 2005, à Tbilissi, les négociations ont échoué une nouvelle fois : Igor Savolsky conduisait la délégation russe et Mérab Antadzé, vice-ministre des affaires étrangères, la délégation géorgienne.

Un tête-à-tête russo-géorgien au sommet, ou presque, le 18 février 2005



La visite à Tbilissi, le 18 février, du ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov (après changement de poste ministériel), risque de tourner au dialogue de sourds. Les points de désaccord sont nombreux :
- évacuation des bases militaires russes,
- questions abkhazes et ossètes,
- présence d'observateurs de l'OSCE (non-armés) à la frontière russo-géorgienne pour les parties tchétchénes, ingouches et du Daguestan,
- accord-cadre entre les deux pays ("framework agreement"), comme la Russie l'a obtenu avec les autres pays de la C.E.I.,
- question des visas et des passeports.

Condoleezza Rice, la nouvelle secrétaire d'Etat des Etats-Unis, en a ajouté un, le 11 février à Luxembourg, en déclarant : "Le temps est venu pour l'Ukraine et pour la Géorgie de rejoindre l'OTAN, après avoir réalisé les étapes pratiques indispensables".

Il est probable que ce soit le seul qui tienne à l'analyse. Sur ce point, comme sur les autres, le silence de l'Union Européenne est assourdissant.

Mirian Méloua.
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(1). Edouard Chevardnadzé a déclaré, il y a quelques années, lors d'un reportage effectué par un journaliste allemand, diffusé sur la chaîne de télévision ARTE, que "le lobby militaro-industriel soviétique ne lui a pas pardonné sa participation à la perestroika et à la réunification de l'Allemagne, mais qu'il fallait chercher dans l'humiliation provoquée par l'évacuation des bases militaires en RDA, la raison des attentats qui faillirent lui coûter la vie".