Les Lezghins, enjeu de la pression russe sur l'Azerbaïdjan
2004-07-08

Plus les autorités de Bakou avancent dans le renforcement de leur indépendance et réussissent à se dégager de l'influence russe, plus la pression politique, diplomatique et économique de leur grand voisin du nord s'alourdit. Cette pression s'est particulièrement faite sentir après la signature du projet d'oléoduc Bakou - Ceyhan lors du sommet d'Istamboul de l'OSCE et après les initiatives prises par les Américains en vue du règlement du conflit du Haut-Karabagh. Mais, en dépit des efforts déployés par l'Azerbaïdjan pour se dégager de la Russie et se rapprocher de l'Ouest, Moscou dispose encore de beaucoup de leviers de pression, qui peuvent avoir des effets indésirables pour l'Azerbaïdjan, au gré de la volonté des Russes. Le plus importants de ces leviers est certainement la question des nationalités, qui saperait les fondements de n'importe quel État, à plus forte raison l'Azerbaïdjan.
Au milieu de 1999, en pleine négociation sur l'oléoduc Bakou - Ceyhan, s'est tenue au Daghestan une réunion de préparation du congrès du Sadval, une des deux organisations représentatives des Lezghins, minorité nationale qui vit de part et d'autre de la frontière entre la Russie et l'Azerbaïdjan. Cette organisation, fondée dans les premières années de la Perestroïka, à la différence de sa rivale, le Samur - qui se satisferait d'une région autonome sur le territoire des deux Etats - vise la création d'un Etat Lezghin. Mais la tenue du congrès du Sadval a été repoussée à une date indéterminée, à cause de contradictions internes au sein de l'organisation entre son dirigeant, Rouslan Ashuraliev (un citoyen russe) et un des habitanys du village daghestanais Magerramkend, Piriev. Après la venue à Bakou du ministre russe de l'énergie, Kaliuny, les pressions russes ont redoublé d'intensité.
Alors que la question des visas entre l'Azerbaïdjan et la Russie commençait à être agitée par les dirigeants russes, est tombée l'information selon laquelle le Sadval allait bientôt tenir son congrès. Comme naguère, les militants du Sadval ont l'intention, au cours de ce congrès, de prendre une initiative en vue de la création d'un Etat souverain du Leghistan sur les territoires historiquement habités par les Lezghins, à savoir le nord de l'Azerbaïdjan et le sud du Daghestan russe. Au-delà de ce projet, ils visent à mettre en place une zone franche dans le futur Etat. La guerre de Tchétchénie a gelé temporairement le processus ainsi engagé, ce qui donne à la Russie le temps de préparer des conditions favorables au retour de son influence dans le Caucase du sud, tout en poussant ses intérêts dans le Caucase du nord.

(The Azeri Times du 13/20/2000, sous la signature de Namig Husseinov. Traduit de l'anglais)