Manipulations présidentielles à l'approche des élections législatives du 27 février au Kirghizstan (2005)
2011-10-28

À l'approche des élections législatives du 27 février 2005, le président Askar Akaiev a mis en place une véritable stratégie médiatique de discrédit de l'opposition, afin d'écarter tout risque de révolution douce, à l'image de celles qui se sont déroulées en Géorgie (2003) et en Ukraine (2004).

Reporters sans frontières demande au président Askar Akaiev de respecter le pluralisme de l'information, garant du déroulement démocratique des élections législatives. "Nous alertons les membres de la mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), actuellement présente au Kirghizistan, sur le risque de manipulation des médias par les autorités, en cette période électorale cruciale".

Le site Internet du mouvement étudiant d'opposition Kel-Kel (www.kelkel.kg) a été bloqué par le fournisseur d'accès Asiainfo. Le nom de cette organisation, analogue aux mouvements ukrainien Pora, géorgien Kmara ou serbe Otpor, a par ailleurs été usurpé par une association clone qui revendique le nom de domaine kelkel.kg. Cette dernière aurait réussi à s'enregistrer en un temps record auprès du ministère de la Justice (en une journée, alors qu'un mois est généralement nécessaire).

En outre, le 8 janvier 2005, des e-mails visant à discréditer certaines personnalités politiques hostiles au gouvernement ont été envoyés à partir d'adresses appartenant aux sites d'opposition gazeta.kg et centrasia.ru, à l'insu des responsables de publication.

L'autre volet de la stratégie médiatique du président Akaiev vise à confisquer la parole et à censurer étroitement les médias. Aucun candidat, en dehors des 25 qui font partie des proches de la famille du chef de l'Etat, n'a pu s'exprimer dans les médias avant le 2 février, période de fin d'enregistrement de tous les candidats.
Les médias, qu'ils soient indépendants ou progouvernementaux ont reçu des instructions précises sur la façon de couvrir les élections parlementaires. Il leur est vivement conseillé de se concentrer sur la couverture des candidats du parti au pouvoir.

Par ailleurs, la majorité des médias est désormais contrôlée par des proches du pouvoir, ce qui a permis au président Akaiev de développer une rhétorique très offensive, contre "une contamination étrangère qui attaquerait les traditions du peuple kirghiz". La première chaîne, KTR, est contrôlée par l'Etat. Le gendre du président possède Koort TV et Love Radio. Quant à la chaîne indépendante Piramida-TV, elle est désormais contrôlée par le groupe Areopag, proche du pouvoir.

En outre, l'hebdomadaire MSN, l'un des plus importants journaux indépendants du pays, est une fois de plus dans la ligne de mire des autorités. Le quotidien Vetchernii Bichkek lui demande environ
120.000 euros de dommages et intérêts, à la suite d'un article précisant que le gendre du président Akaiev, Adil Toigonbaev, contrôle financièrement ce journal. Le verdict devrait tomber le 16 mars.

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