Élections législatives en Moldavie : victoire mitigée du Parti des Communistes (6 mars 2005)
2013-12-09

Les électeurs de la république de Moldavie se sont rendus aux urnes dimanche 6 mars pour élire à la représentation proportionnelle les 101 députés composant le Parlement. La participation électorale a été de 63,71 % (environ 1,5 million de votants). Selon les résultats proclamés par la Commission électorale centrale, le Parti des Communistes de Moldave, arrivé en tête des législatives, obtient la majorité des sièges du Parlement, mais ne dispose pas d'un potentiel suffisant pour réélire à lui seul le président sortant, Vladimir Voronine.

Trois formations vont continuer à monopoliser la représentation nationale en se partagent la totalité des sièges du Parlement, compte tenu des seuils électoraux élevés (1) :
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Le Parti des Communistes de la République de Moldavie (PCRM)

garde la majorité des sièges (55 sièges au lieu de 71 dans le Parlement sortant, élu en 2001), malgré une érosion sensible de son électorat (46,1 % au lieu de 50,07 %). Sous la conduite de Vladimir Voronine, président de la République sortant et président du parti, le PCRM reste solidement implanté dans le pays. Le virage en faveur de l'Union Européenne, l'annonce d'une évolution vers une formation de type social-démocrate et le conflit avec Moscou à propos de la Transnistrie ont limité l'érosion du pouvoir de l'équipe sortante. Celle-ci avait déjà vigoureusement résisté lors des élections locales de 2003, remportées avec environ 40 % des suffrages.
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Le Bloc électoral "Moldavie démocratique" (BMD)

tire profit de ses efforts de rassemblement des démocrates du centre et de la gauche social-démocrate, en obtenant un score de 29, 41 % et 35 députés (contre 13,36 % et 19 sièges dans le Parlement sortant, sous l'étiquette "Alliance Braghis"). Cette coalition, menée par le maire de Chisinau, Serafim Urecheanu réunit trois partis : le parti démocratique de Moldavie (DPM), présidé par Dumitru Diacov, ancien président du Parlement ; l'Alliance "Notre Moldavie", co-présidée par Dumitru Braghis, ancien premier ministre, Veaceslas Untila et Serafim Urechean ; le Parti social-libéral, présidé par Oleg Serebrian.
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Le Parti populaire chrétien démocrate (CDPP)

, formation de centre droit, augmente son score en pourcentage (9,7 % au lieu de 8,24 %), mais ne progresse pas en termes d'effectifs : il conserve ses 11 députés. Tête de liste : Jurie Rosca, président du parti.

Le Bloc électoral "Patria-Rodina" (EBPR) n'a pas réussi son pari de concurrencer le Parti des Communistes : son score de 5,21 % est inférieur au quorum électoral de 6 % exigé pour obtenir des sièges au Parlement. Cette coalition, menée par Boris Muravschii et composée du Parti socialiste de Moldavie (Victor Morev) et du Parti des socialistes de la république de Moldavie (Veronica Abramciuc et Eduard Smirnov) était considérée par les observateurs comme une tentative de Moscou de déstabiliser le Parti des communistes : selon le journal moldave Flux « les courtiers électoraux du Kremlin sont derrière cette coalition de gauche, inspirée par Dmitri Rogozin, chef du "Bloc Rodina" de Russie, qui a eu assez d'habileté pour attaquer les positions des communistes de Ziouganov lors des élections pour la Douma d'État. Dans la mesure où le Kremlin laisserait tomber Voronine, "Patria-Rodina" pourrait gagner du terrain au détriment du Parti communiste au pouvoir, sur la base d'un vote ethnique des électeurs des minorités nationales » (mai 2004). Cette éventualité ne s'est pas produite, ce qui souligne l'impuissance de Moscou à influencer d'une manière notable la vie politique moldave.

Les autres formations sont victimes de leur division et obtiennent moins de 3 % :
- Parti social démocratique de Moldavie (SDPM). Social-démocrate (Ion Musuc) : 2,93 %.
- Mouvement républicain socio-politique "Ravnopravie" (RSPMR). Centre gauche/société civile (Valerii Climenco) : 2,85 %.
- Parti de la justice socio-économique (PSEJM) : 1,69 %
- Parti chrétien-démocrate des paysans de Moldavie (PCDPM/ Nicolae Andronic) : 1,47 %.
- Union travailliste "Patria-Rodina" (LUPR). Social-démocrate (Gheorghe Sima) : 0,91 %
- Union centriste de Moldavie (CUM). Proche du PC (un de ses fondateurs, Ion Morei, a été nommé ministre de la Justice dans le gouvernement Tarlev. Président : Mihai Petrache) : 0,8 %
- Parti républicain de Moldavie (RPM) : 0,04 %

Les candidats indépendants

ont obtenu moins de 1 % des suffrages :
- Kirillov Silvia : 0,2 %
- Busmachiu Alexandru : 0,06 %
- Laguta Maia : 0,06 %
- Matei Stefan : 0,13 %
- Ivantoc Andrei : 0,09 %
- Arsenii Alexandru : 0,03 %
- Busuioc Alexei : 0,07 %
- Tataru Tudor : 0,15 %
- Ghelici Fiodor : 0,06 %
- Slivinschi Victor : 0,03 %
- Soloviov Anatolii : 0,02 %
- Tiron Mircea : 0,02 %

L'enjeu de cette élection était d'autant plus élevé qu'en Moldavie, le président de la République - qui joue un rôle politique assez comparable à son homologue français - est élu par le Parlement, dans les 45 jours qui suivent le scrutin législatif. Or, il faut une majorité de 61 sièges sur 101 pour élire le chef de l'Etat. Sinon, de nouvelles élections législatives doivent être organisées. On se trouve donc devant une impasse, car il est peu probable que se produisent des défections dans les rangs de l'opposition pour réélire Voronine. Les deux partis centristes, qui ne peuvent prétendre réunir les 61 voix nécessaires, ont fait savoir qu'ils tenteraient d'empêcher la réélection de Vladimir Voronine et d'obtenir la tenue d'un nouveau scrutin. Il est vraisemblable qu'une nouvelle élection donnerait des résultats voisins. Seule une réforme constitutionnelle pourrait, à terme, remédier à l'impuissance récurrente de la république de Moldavie à élire un président dans des conditions satisfaisantes.

Hervé Collet.

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Note
(1) 3 % pour les candidats indépendants, 6 % pour les partis politiques, 9 % pour une coalition de deux partis et 12 % pour une coalition de trois partis.