Les conditions carcérales en Géorgie : loi de voleur, loi de geôlier (2005)
2012-04-09

Enquête de Nestan Nijaradzé sur les prisons géorgiennes

Dossier publié en mars 2005 dans le revue francophone de Tbilissi, Géorgie+

Début mars, avant de se faire clouer les mains et les pieds sur le sol de sa cellule, Besso Avsadjanichvili, détenu de la prison numéro un de Tbilissi envoie un message à sa soeur. Dans le texte enregistré sur cassette, il la prévient du danger qui le menace. Des criminels préparent son assassinat au sein même de la prison. "Il ne me reste que quelques jours à vivre. Soit je serai assassiné, soit je me suiciderai mardi prochain" ont été les derniers mots du détenu.

Le scandale explose. Les médias dénoncent une fois de plus le système pénitentiaire géorgien demeuré le même depuis l'époque stalienne. Les représentants du ministère de la Justice reprennent le leitmotiv des réformes toujours promises et jamais mises en oeuvre : l'ombudsman Sozar Soubari rend visite au détenu cloué sur le sol de sa cellule. Les institutions internationales veillant sur la défense des droits des prisonniers et le respect des standards internationaux en Géorgie dressent des rapports critiques. Les ministres se succèdent à la tête du ministère de la Justice. Et tout cela pour ça ?

Rien ne change. Rien ne peut changer tant que le système reste axé sur la corruption, sur les arrangements financiers entre l'administration pénitentiaire et le milieu criminel. Rien ne peut changer tant que les autorités officielles profitent du système. Rien ne peut changer tant que le système demeure dominé par les lois non écrites des vor v zakonié.

Vor v zakonié, difficile de rendre le sens de cette expression venue du russe qui littéralement signifie voleur dans la loi. Les vor v zakonié sont la loi dans l'univers pénitencier, et soumettent de gré ou de force et les détenus et l'administration.

La prison appartient aux voleurs dit-on dans le milieu criminel. Ce n'est ni faux, ni exagéré. En attendant les réformes du secteur pénitencier qui se font trop attendre, la justice à l'intérieur ou bien à l'extérieur même des lieux de détention est souvent administrée par le milieu criminel lui-même.

Nestan Nijaradzé est directrice de la publication de la revue Géorgie+, journaliste au quotidien géorgien "Vingt-quatre heures", après des études de journalisme et de cinéma à Tbilissi et à Paris.

Voir aussi :
- 26.07.2004 [URL : 1361]
- 10.03.2005 [URL : 1739]